Critiques

Dans les marges du festival Montréal complètement cirque

© Caroline Thibault

Il y a ceux à grand déploiement, en intérieur ou en extérieur, à la TOHU ou dans le Quartier des spectacles. Mais le festival Montréal complètement cirque présente aussi des spectacles plus marginaux, sur de plus petites scènes, décentrées, décalées, et qui font tout autant courir les foules.

Le Cabaret du Jugement dernier

© Caroline Thibault

Cette sympathique compétition, sur le très beau site du Monastère au Centre St Jax, dans l’ouest du centre-ville montréalais, accueille 11 artistes en duo ou en solo. Ils et elles présentent leurs numéros uniques, empreints de poésie et d’inventivité, sur une scène carrée disposée en plein milieu de la salle, là où l’on peut profiter de la plus haute verticalité du bâtiment.

Animé par un maître de cérémonie clownesque, surexcité et, disons-le, parfois tonitruant, le cabaret participatif fait la part belle aux disciplines aériennes et à la jonglerie. Voilà donc une série de numéros offerts dans une ambiance jubilatoire par des artistes très en forme, prêt·es à casser la baraque.

Difficile de faire un choix dans toutes ces performances très énergiques et dont on regrette la concision. La plus impressionnante du point de vue de la prouesse technique est certainement la dernière; un numéro de bascule dans lequel Maxim Laurin et Guillaume Larouche pétillent d’entrain et font frissonner l’assistance de la première à la dernière seconde.

Le prix de l’originalité reviendrait sûrement à Ess Hödlmoser aux sangles aériennes. L’artiste entraîne le public dans une véritable bulle temporelle lors d’un hommage aux revues burlesques des années 1920. Son envol dans sa robe blanche à panier n’est pas sans rappeler le mouvement d’une cloche d’église, bien à propos dans ce lieu saint, et son effeuillage propose un contraste… bien à propos, lui aussi !

Les numéros de jonglerie, quant à eux, laissent un peu sur sa faim un public dopé à l’adrénaline. On ne peut, enfin, passer sous silence la touchante performance de Karel Chevalier, au tissu aérien, et la fougue communicative de Charlie Wheeller à la roue Cyr, accompagné de surcroît par Joey Mallat à la guitare et au chant.

Cabaret du Jugement dernier

Maître de cérémonie : Philippe Thibodeau. Ambiance sonore : Olipage. Musique additionnelle : Joey Mallat. Cerceau aérien : Jenny Tufts. Roue Cyr : Charlie Wheeller. Tissu aérien : Karel Chevalier. Jonglerie de ballons : Isabella Majzun. Prisme aérien : Arthur Morel Van Hyfte. Sangles aériennes : Ess Hödlmoser. Jonglerie de quilles : Merlin Matthewson. Bascule : Maxim Laurin et Guillaume Larouche. Une production du Monastère présentée au Centre St Jax du 5 au 13 juillet 2024 dans le cadre du festival Montréal complètement cirque.

L’Autre Cirque (Programme A)

© Agustina Isidori

Comme tous les ans, le festival s’associe à La Chapelle Scènes Contemporaines pour présenter des numéros de cirque non seulement hybrides, mais qui remettent aussi en question les disciplines circassiennes. Le public est invité à s’y rendre deux fois plutôt qu’une puisque, sur les quatre soirées, les programmes varient.

Le premier, auquel nous avons assisté, consistait en deux performances, l’une aux quilles et l’autre au trapèze. Loin de l’énergie explosive du cabaret, elles proposaient plutôt des espaces réflexifs laissant place à la réflexion et à la méditation.

Sam Hollis présente une exploration intéressante et sympathique dans lequel la jonglerie de quilles s’effectue avec tout sauf les mains. L’artiste doit donc utiliser tout son corps – ses anfractuosités, les plis de ses membres, la tension de ses vêtements –, pour saisir, manipuler et déplacer ces objets sur la scène.

Paloma Leyton, quant à elle, offre une performance à la fois physique et conceptuelle sur un trapèze instable, jouant ainsi avec l’équilibre, l’horizontalité et les diagonales, entre la suspension et le plancher, dans une réflexion plus globale sur le contrôle et le lâcher-prise. La fin, un peu grandiloquente, où des phrases dites en espagnol sont aussi projetées en anglais et en français sur l’écran d’arrière-scène, laisse un peu de glace à cause de sa longueur.

Le programme B, quant à lui, proposera également deux numéros : Les Os et les Angles de Christophe Bétournay et Looper de la compagnie Le Radeau.

Navel

Création et performance : Sam Hollis. Conseil artistique : Alain Francoeur et Nico Boivin-Gravel. Photo : Brin Schoellkopf. Vidéo : Charlotte Fallu.

Variations sur le corps, la suspension et la précarité (extrait)

Création et interprétation : Paloma Leyton. Programmation, son et audiovisuel : Marc-André Cossette. Éclairage : Bastian A. Miranda. Regard extérieur : Johanne Pelletier. Captation : Agustina Isidori. Photographie : Agustina Isidori, Gaëlle Scali et Kitiya Phouthonesy.

Une production de La Chapelle Scènes Contemporaines présentée à La Chapelle Scènes Contemporaines du 8 au 12 juillet 2024 dans le cadre du festival Montréal complètement cirque.

Philippe Mangerel

À propos de

Membre du comité de rédaction de JEU depuis 2019 et vice-président de l’Association québécoise des critiques de théâtre depuis 2021, Philippe Mangerel est un artiste pluridisciplinaire dont les instruments privilégiés sont l’écriture et le corps, le théâtre et la danse. Intéressé par l’hybridité des formes, l’avant-garde et les questions touchant à l’identité, au pouvoir et à la sexualité, il adapte et met en scène Hamlet-machine de Müller (Paris, 2005), écrit et interprète L’Archange (Montréal, 2010) et danse pour différents projets.