Entrevues JEU des 5 questions

Port-au-Prince et sa douce nuit : 5 questions à Gaëlle Bien-Aimé

Lawrence Davis et Sonia Bonny dans Port-au-Prince et sa douce nuit © Alban Van Wassenhove

Comédienne, humoriste, auteure, metteure en scène, journaliste et militante, Gaëlle Bien-Aimé connaît bien Montréal où elle présentera sa pièce Port-au-Prince et sa douce nuit. Entre les rires et les pleurs, Haïti vibre au centre de son œuvre.

Votre pièce Port-au-Prince et sa douce nuit a reçu le prix RFI Théâtre 2022 et a été présentée, notamment, à Paris l’an dernier. Dans cette lettre d’amour à la ville et à ses habitants, il est aussi question de la situation sociopolitique actuelle, non ? 

Port-au-Prince et sa douce nuit est effectivement une lettre d’amour à cette ville qui m’a vu naître. Au départ, je voulais simplement écrire un dialogue entre deux amoureux. Mais la ville s’est invitée dans cette chambre comme un troisième personnage. La conjoncture en Haïti impacte les vies, y compris les vies amoureuses: les familles explosent, les pertes humaines se multiplient et l’exil devient imminent.

Gaelle Bien-Aimé © Julien Chauvet

Vous êtes une artiste extrêmement polyvalente et engagée. Croyez-vous que l’art peut, sinon « changer le monde », nous conscientiser du moins aux trop nombreuses crises de par le monde ?  

Je ne sais pas si l’art va, ou pourra changer le monde. Mais il a changé ma vie, ainsi que celle de mes ami·es artistes en Haïti. Nous avons pris conscience que nous faisions partie d’un projet collectif: celui d’« être heureux et heureuses » un peu souvent, en dépit du chaos qui nous entoure. Sous prétexte de faire du théâtre, nous avons en réalité fait communauté.

Comme artiste et comme femme, comment vivez-vous ce qui arrive en Haïti ?

En tant que militante, donc « artiviste », je passe par mon travail pour dire des choses. J’observe ce qui se passe autour de moi, mais je vis aussi le désastre dans ma chair. Heureusement que j’ai de l’humour, sinon ce serait insoutenable. Je bouge beaucoup pour aller créer ailleurs puisque c’est difficile en Haïti. Donc, la situation me met dans une errance perpétuelle du fait que je refuse de migrer vraiment.

Lawrence Davis et Sonia Bonny © Samuel Kirszenbaum

À voir votre c.v., on peut se demander comment vous trouvez du temps pour tout faire, incluant votre militantisme. Quelle est la recette ?

Aucune. C’est juste qu’on est sept dans ma tête… et il y en a six qui ne dorment jamais. L’autre danse de la salsa !

On peut dire que vous êtes une habituée de Montréal, puisque vous y avez étudié. Comment voyez-vous cette relation particulière avec la ville et ses habitants parmi les membres de la diaspora haïtienne ?

Je suis passée par l’École nationale de l’humour à Montréal pour un stage intensif destiné aux professionnel·les en 2015. Je trouve que la communauté haïtienne est très bien ancrée ici, jusque dans la langue. Je me sens un peu chez moi à Montréal et, comme presque tout.es mes ami.es ont migré ici, je ressens moins le dépaysement.

Port-au-Prince et sa douce nuit est présenté à Québec au Théâtre de la Cité universitaire le 19 mars, puis Montréal le 21 mars à la 5e salle de la Place des Arts et finalement Ottawa au Centre des arts Harold Shenkman le 22 mars 2026.

 

Mario Cloutier

À propos de

En 35 ans de journalisme, Mario Cloutier a œuvré à Radio-Canada, au Devoir et à La Presse. Il collabore avec la revue Jeu depuis 2019 comme membre de la rédaction, chef de pupitre et rédacteur en chef (jusqu’en 2025). Il est membre des conseils d’administration des revues Séquences et Les écrits, ainsi que de l’Association des journalistes indépendants du Québec.