Pierre MacDuff, figure marquante du théâtre et de la culture au Québec, est mort le 25 août 2026, à l’âge de 74 ans, des suites d’une maladie qui l’avait peu à peu dépossédé de ses forces. Il a annoncé lui-même son départ sur ses réseaux sociaux, quelques minutes avant de recevoir l’aide médicale à mourir, entouré des siens. Regard sur sa vie et retour sur les articles à son sujet dans les archives de JEU.
« J’aime croire qu’à la place du supposé corridor au bout duquel apparaît présumément la lumière se substituera, semblable à une peinture de Riopelle, un univers de couleurs, traversé de forces vives où chaque éclat sera à l’image des personnes et des œuvres d’art qui ont fait celui que j’ai été et envers lesquels je me sens une gratitude infinie », a-t-il écrit sur Facebook à 18h30 en ce mardi 25 août 2026.
Né le 11 juin 1952, Pierre MacDuff aura consacré plus d’un demi-siècle aux arts de la scène, d’abord comme comédien issu du théâtre étudiant et de la création collective, puis comme gestionnaire, organisateur et rassembleur. Formé à l’Option-théâtre du cégep Lionel-Groulx, il fait ses premières armes au sein de l’Organisation Ô au début des années 1970, avant de diriger le Centre des auteurs dramatiques (CEAD) à partir de 1978.

C’est sous son mandat au CEAD que germe l’idée des États généraux du théâtre professionnel, tenus en 1981 devant 400 personnes au Théâtre Port-Royal. De ces assises naît le Conseil québécois du théâtre, dont MacDuff devient le premier secrétaire. Une instance qu’il aura contribué à ériger en modèle de solidarité pour tout le milieu artistique québécois.
Codirecteur artistique du Carrefour international de théâtre de Québec à sa relance, puis directeur de la Salle Fred-Barry, il devient en 1991 directeur général de la compagnie Les Deux Mondes (auparavant Théâtre de la Marmaille), poste qu’il occupera pendant près de 25 ans. Il y pilote l’acquisition et la transformation d’un bâtiment industriel du quartier Villeray en centre de production, un lieu qui accueillera notamment, en 2011, le Théâtre Aux Écuries. En 2015, il cofonde Rappels, portail numérique voué à la mémoire du théâtre québécois, dont la mission de recension se poursuivra au-delà de sa mort.
Homme d’équipe avant tout, il se décrivait lui-même, dans un entretien accordé à la revue en 1997, comme quelqu’un qui aime bien qu’on lui dise quoi faire : pudeur caractéristique d’un homme qui aura pourtant dirigé, fondé et bâti tant de structures collectives.
JEU transmet ses condoléances à ses proches et à tous ceux et celles qui l’ont connu et aimé.

Jeu et Pierre MacDuff partagent une longue histoire : il y aura été à la fois sujet et signataire. Nous republions ici quatre extraits qui témoignent de son parcours et de sa pensée.
1. « Théâtre et collégialité — Deux passions, un itinéraire » — entretien avec Louise Vigeant (Jeu 82, 1997)
Dans ce long entretien, MacDuff revient sur ses débuts de comédien à l’Organisation Ô, son passage au CEAD où naît l’idée des États généraux du théâtre professionnel de 1981, et sur son rôle à la direction des Deux Mondes, compagnie qu’il définit par sa culture de la collégialité et de la réflexion critique écrite. Il y développe aussi une réflexion comparative sur la place du Québec dans les grands festivals internationaux — un sujet qui reviendra tout au long de sa carrière.
[Lien vers l’entretien complet, Érudit]

2. « Favoriser le travail collectif et intergénérationnel » (Jeu 189, 2024, dossier Médiation théâtrale)
Signé de sa propre plume, cet article revient sur près de 20 ans de travail de médiation culturelle mené par Monique Rioux aux Deux Mondes — de l’ancrage de la compagnie dans le quartier Villeray jusqu’à la transformation d’un bâtiment industriel en centre de production. MacDuff y témoigne, de l’intérieur, d’un projet auquel il a lui-même donné ses assises matérielles.
[Lien vers l’article complet]
3. « Réclamer des états généraux sur la culture n’est pas une bonne idée » (opinion, 28 octobre 2024)
Publié sur revuejeu.org, ce texte d’opinion, l’un des derniers que MacDuff aura signés dans nos pages, s’oppose à la tenue d’états généraux sur la culture réclamés par une pétition, plaidant plutôt pour un règlement ciblé des iniquités par le Conseil des arts et des lettres du Québec et les 17 associations du Front commun des arts. On y retrouve intacte sa conviction, forgée au CQT quarante ans plus tôt, que les changements structurels se bâtissent par la concertation sectorielle.
[Lien vers le texte complet]
4. « Tenir compte de tout le monde » — entretien avec Jean-Luc Bastien (Jeu 25, 1982)
Menée par MacDuff lui-même dès 1982, à l’époque où il dirige le CEAD, cette rencontre avec le metteur en scène Jean-Luc Bastien fait dialoguer deux générations sur le métier encore jeune de la mise en scène au Québec. On y retrouve déjà, dans les questions posées, le souci de MacDuff pour le travail d’équipe et la circulation de la parole — des préoccupations qui traverseront toute sa carrière.
[Lien vers l’entretien complet, Érudit]




