Critiques

Elle danse avec les lourds : Éclatante légèreté

C’est à une bien bonne fournée que le spectateur goûte dans le hall de l’Église au Toit Rouge, véritable four par ces temps de canicule. Avec Elle danse avec les lourds, Le Théâtre Sur la Coche mise sur une comédie musicale qui emprunte aux clichés propres au genre et s’en joue, avec un plaisir sans équivoque. 

La prémisse est fort simple: avec l’armée de dépressifs qu’il recrute grâce aux réseaux sociaux, un lourd veut que la déprime et la noirceur règnent. Face à eux se trouve Krystelle, une réceptionniste-rayon-de-soleil qui se jette fortuitement dans la gueule des lourds.  Alors même que «l’indice de lourdeur atmosphérique» est à son plus haut, la très dynamique Krystelle saura-t-elle renverser la vapeur et vaincre l’alourdisation de la province ? La chaude lutte se livrera à coup de pas de danse et de bonne humeur. L’auteure, Véronique Pascal, offre ici un texte aux résonnances contemporaines et aux forts accents comiques. Comment ne pas penser aux carrés rouge et carrés verts alors que les lourds et les légers s’affrontent, le tout sous l’œil des médias?

La mise en scène précise et les chorégraphies de groupe assurées par Jean Belzil-Gascon empruntent aux classiques des comédies musicales et servent admirablement la douce folie du texte. L’insertion de différentes techniques allant du ralenti au mime et les corps agiles, qui à eux seuls occupent admirablement la scène, donnent le ton. 

Cette pièce repose en bonne partie sur la distribution impeccable et généreuse ainsi que sur la facilité des huit comédiens à incarner les différents personnages de cette fresque. Les voix sont puissantes, les chants, inspirés et les mouvements, on ne peut plus précis. 

La musique a également la part belle dans le spectacle. Composées et interprétées par Gaël Lane-Lépine, les mélodies au piano sont enlevantes et apportent sans conteste du ludisme au spectacle. Certains airs deviennent de véritables vers d’oreilles qu’on fredonne longtemps après la représentation. Sur scène, peu ou pas d’accessoires, si ce n’est ces lunettes noires à grosses montures, qui permettent instantanément d’identifier les lourds parmi les multiples personnages interprétés par les comédiens, tous vêtus de noir. 

 Les quelques longueurs et les enjeux qui mériteraient d’être plus clairement définis en première partie du spectacle sont vites oubliés, tout comme les divers bruits provenant de l’extérieur et les planchers qui craquent sous les pas des quelques retardataires. La morale de cette fable? Elle est livrée à la fin de ce spectacle où on ne boude pas notre plaisir : «Fuck off, faisons tous l’amour!». Voilà un beau programme en attendant L’amour au temps du cholestérol, troisième volet de cette trilogie du Théâtre Sur la Coche. 

 

Elle danse avec les lourds
Texte de Véronique Pascal
Mise en scène par Jean-Belzil Gascon
Une production Sur la Coche, présentée dans le cadre du Zoofest
Représentations terminées

 

Emilie Jobin

À propos de

Émilie Jobin est professeure au département de littérature et de français du Cégep Édouard-Montpetit.

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