Critiques

Furieux et désespérés : Furieusement décevant

L’exil est pour Olivier Kemeid un sujet d’écriture récurrent. En 2007, sa relecture de l’épopée de Virgile, L’Énéide, lui servait de prétexte pour aborder l’émigration de son grand-père, ayant quitté l’Égypte en 1952. L’an dernier, dans Moi, dans les ruines rouges du siècle, il dépeignait la vie de son ami Sasha Samar, un exilé ukrainien vivant désormais au Québec.

Sa nouvelle création, Furieux et désespérés, évoque son voyage en Égypte sur la trace de ses ancêtres et, avec lui, son immersion dans la ville qui a vu grandir ses ancêtres (jamais nommée), ses chocs culturels, et la prise de conscience, doublée d’un sentiment de culpabilité diffus, que ceux qui sont restés ne cesseront jamais tout à fait d’en vouloir à ceux qui sont partis. Contrairement aux deux premiers opus, qui donnaient la parole à l’exilé, il place ici au centre de la pièce ceux qui sont restés, qui ont choisi de lutter pour leur terre natale et qui continuent de le faire au quotidien. Kemeid a ainsi dépassé ses souvenirs personnels pour y greffer des éléments du printemps arabe (qui a eu lieu trois ans après son périple), lui donnant une place prépondérante dans la pièce.

Malheureusement, il ne parvient pas à faire résonner en nous la portée capitale et universelle de cette révolution orientale, les drames humains qu’elle a engendrés, la rage et l’espoir de changement qui la sous-tendaient, la complexité de la situation politique en arrière-plan (même s’il évoque les dissensions religieuses). On a beau savoir, pour les avoir suivis dans les médias, que les événements dépeints sont véridiques, on ne peut se départir de l’impression qu’ils sont plaqués, sans émotion, un peu comme une revue de presse justement.

Plusieurs éléments de la pièce paraissent mal exploités ou mal emboîtés, voire carrément inutiles, comme la scène du commissariat, où Maxim Gaudette en vient à tirer sur un policier, événement qui le bouleverse tout au plus deux minutes. L’emploi, à de multiples occasions, d’une langue teintée de lyrisme est artificiel et malhabile et la mise en scène ne parvient pas à nous faire dépasser l’ici et le maintenant – une poignée de comédiens sur une scène de théâtre – pour nous plonger dans une foule en colère, risquant tout, même sa vie, pour défendre ses idées. C’est surprenant, car Kemeid fait habituellement preuve d’un doigté remarquable en la matière; L’Énéide et Moi, dans les ruines rouges du siècle étaient d’ailleurs des réussites sur le plan de la mise en scène.

Côté interprétation, le bât blesse. Considérant le talent habituel des comédiens de la distribution, il semble évident qu’ils ont été mal dirigés, peinant à camper leur personnage, mal à l’aise dans les ruptures de ton, manquant globalement de conviction. En fait, il n’y a guère que le début et la fin de la pièce, avec des scènes plus personnelles, qui sonnent vraiment juste.

Furieux et désespérés

Texte et mise en scène: Olivier Kemeid

Une coproduction du Théâtre d’Aujourd’hui et de Trois Tristes Tigres, au Théâtre d’Aujourd’hui jusqu’au 16 mars 2013

 

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