Petite ville universitaire de 93 000 habitants, située à 60 km de Bruxelles, en plein cœur de la Wallonie, Mons est en 2015 la capitale européenne de la culture. L’occasion était belle d’explorer les liens et les échanges artistiques entre la Belgique francophone et le Québec, deux communautés frangines qui partagent, toutes royales considérations délibérement mises à part, une langue minoritaire et les problématiques qui s’y rattachent, une crise économique et culturelle, ainsi qu’un goût immodéré pour… la bière et les frites !

Mons et merveilles

Dans ce dossier, nous ne parlerons pas de L’Autre Hiver, un opéra fantasmagorique composé par le Flamand Dominique Pauwels sur un livret de Normand Chaurette, mis en scène par Denis Marleau et Stéphanie Jasmin au Manège de Mons. L’œuvre s’inspire de la relation explosive entre Paul Verlaine et Arthur Rimbaud, qui culminera par un coup de feu dont Verlaine paiera le tribut dans la prison de Mons. Notez qu’un compte rendu d’une visite dans les coulisses de cette création sera publié dans Jeu 156. Nous ne parlerons pas non plus de Wajdi Mouawad, le plus français des metteurs en scène québécois, qui présentera à Mons l’intégrale des sept tragédies de Sophocle et une rétrospective de son projet de médiation culturelle, Avoir 20 ans en 2015.

Mais nous allons partir à la découverte des MixOFF, ces duos de créateurs imaginés par Jasmine Catudal, la pétillante directrice du OFFTA. Elle qui a « marié » cinq artistes belges et québécois, qui ne se seraient peut-être jamais rencontrés autrement. À lire Sarah Berthiaume et Florence Minder, ou Emmanuel Schwartz et Salvatore Calcagno, on se dit que ç’aurait été dommage. Ces courtes formes seront montrées à Montréal en mai et à Mons en septembre.

Parmi la programmation foisonnante de Mons 2015, la Maison Folie, un des six sites du Manège de Mons, a invité huit villes (Tokyo, Casablanca, Milan, Lille, Londres, Melbourne, Pilsen et Montréal/Québec) à présenter une série de spectacles, d’expositions, de concerts et de performances, chacune pendant 10 jours. L’Ailleurs en Folie québécois se déroule du 17 au 27 septembre et réunit, entre autres, le Bureau de l’APA avec La Jeune-Fille et la mort, la chorégraphe Catherine Gaudet avec Au sein des plus raides vertus, Frédérick Gravel et Étienne Lepage avec Ainsi parlait…, Félix-Antoine Boutin avec Orphée Karaoké et la compagnie L’eau du bain avec Impatience.

Autre projet international, celui de l’Association québécoise des marionnettistes qui, avec un partenaire belge, a monté une exposition de photographies de marionnettistes du Québec, dont nous présentons quelques clichés. Ces Portraits de familles, signés Michael Abril et Christina Alonso, vont se promener dans plusieurs villes du Hainaut durant le printemps et l’été, avant d’être présentés à Mons en septembre et de faire partie de la programmation d’Épouvantails, marionnettes et géants, un événement organisé à l’occasion du Grand Huit, en octobre, à Nimy-Maisières.

Wallonie-en-Québec

Comment être artiste et belge au Québec ? C’est la question que nous avons posée à sept comédiens, comédiennes et metteurs en scène établis à Montréal. Ces exilés volontaires font part de leurs rêves et de leurs désillusions, mais partagent tous ce même bonheur : celui de vivre au Québec. Pour travailler, ils ont dû conjuguer créativité et débrouillardise.

Le modèle belge a séduit Jasmine Catudal et Vincent de Repentigny, qui proposent, à travers différents exemples en création, en production et en diffusion, des idées inspirantes pour notre système bien fatigué. L’auteure belge Layla Nabulsi présente le fameux « statut d’artiste ». Parce que, tant qu’à faire des réformes, autant qu’elles soient bonnes !

Les échanges culturels entre la Belgique et le Québec remontent aux années 70, avec la programmation de spectacles québécois dans des festivals belges, des coproductions entre compagnies de théâtre jeunes publics et, entre autres manifestations, la mise en place de résidences d’écriture. Pascale Joubert et Paul Lefebvre, du CEAD, reviennent sur les bienfaits de l’accueil d’auteurs étrangers. D’ailleurs, l’édition de septembre 2015 de Dramaturgies en dialogue, festival organisé par le CEAD, met la Belgique à l’honneur.

Il était impossible (impensable !) de fouiller les relations entre la Wallonie et le Québec sans donner la parole à Émile Lansman, fidèle passeur, célèbre éditeur, amoureux inconditionnel du Québec, et ardent défenseur de la dramaturgie québécoise et francophone en Europe.

Enfin, Gilles Abel et Érik Bordeleau, tous deux philosophes, l’un à Bruxelles et l’autre à Montréal, proposent une « philosophie appliquée » pour, d’un côté, émanciper le jeune spectateur et, de l’autre, démonter les idées reçues.

 

Michelle Chanonat

À propos de

Rédactrice indépendante, membre de la rédaction de JEU de 2009 à 2019, rédactrice en chef de la publication Marionnettes, elle collabore avec diverses entreprises culturelles du grand Montréal.

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