Critiques

Solitudes duo : Beauté baroque

Denis Farley

Prolongement naturel de Solitudes solo, le précédent spectacle de Daniel Léveillé présenté au FTA en 2014, Solitudes duo se révèle une proposition véritablement baroque. Déjà, elle s’articule largement autour de l’intériorité sublimée des adagios des concertos pour piano de Bach et de l’effervescence de pièces pour clavecin de Pancrace Royer, dont la magnifique utilisation de La marche des Scythes.

Pourtant, c’est surtout la beauté des lignes, l’exagération du mouvement, les effets dramatiques, les contrastes, la fragmentation des gestes, les points de tension démultipliés et les aspérités qui rejoignent l’essence même de cette esthétique. Le baroque ne fait-il pas d’abord référence aux irrégularités de la perle?

Avec une maîtrise admirable, Daniel Léveillé signe ici une chorégraphie volontairement dépouillée, mais jamais simpliste, qui s’articule autour d’un vocabulaire immédiatement intelligible. Enroulements, déhanchements, déséquilibres contrôlés, sauts groupés, gestes reproduits à l’unisson, corps tendus dans un prolongement commun deviennent motifs d’une partition aux rhétoriques aussi limpides que celles des pièces musicales choisies.

L’univers du lien avec l’autre, des relations amicales, amoureuses, souvent tendres, parfois violentes, entre hommes, entre femmes, se dessine par petites touches, jusqu’à l’apothéose finale, moins subtile que tout ce qui avait précédé (les doigts levés dans les airs et l’agitation propre aux concerts rock y jouent un rôle clé), sur I Want You des Beatles.

À l’étalage d’une sexualité dévorante entre homme et femme, menant au coït animal, j’ai de beaucoup préféré les duos entre hommes, qui misaient sur les antagonismes entre fragilité et puissance, attitudes de défi et reddition, contrôle total et relatif abandon, les regards se fuyant dans les premiers tableaux pour s’ancrer l’un dans l’autre de plus en plus au fil de la progression.

Autant de solitudes qui se croisent, comme sujet et contresujet d’une fugue, en apparence opposés, pourtant complémentaires. Autant de variations sur un même thème.

Solitudes duo

Chorégraphie: Daniel Léveillé. Avec Mathieu Campeau, Ellen Furey, Esther Gaudette, Justin Gionet, Brianna Lombardo, Emmanuel Proulx et Simon Renaud. Éclairages: Marc Parent. Costumes: Geneviève Lizotte. Une production de Daniel Léveillé Danse. À l’Agora de la danse, à l’occasion du Festival TransAmériques, jusqu’au 28 mai 2015. Au Théâtre Lionel-Groulx (Sainte-Thérèse) le 16 janvier 2018. Au Théâtre de la Ville (Longueuil) le 1er février 2018. Au Centre national des Arts (Ottawa) du 15 au 17 février 2018. À la Rotonde du 19 au 20 avril 2018.

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