Critiques

Slumberland : Voyage au bout de la nuit

Dries Segers

La super Lune enjolivant le ciel montréalais lundi soir a semblé avoir percé l’enceinte de la grande salle de l’Usine C pour célébrer avec le milieu du théâtre jeunes publics l’ouverture de la 14e édition du festival biennal les Coups de théâtre. En effet, le spectacle Slumberland (littéralement « le pays du sommeil »), de la compagnie belge flamande Zonzo, œuvre artistique fort singulière, offre une exploration onirique et poétique du monde de la nuit, où la Lune, pleine, marque de sa présence le voyage proposé aux jeunes de 6 à 12 ans et à leurs adultes.

slumberland-2-dries-segersDries Segers

Sur scène, deux musiciens, An Pierlé et Fulco Ottervanger, la première passant du piano à queue au clavier électronique, le second à son propre clavier, apparaissent entourés de cinq écrans de télévision et d’un grand écran en fond de scène, une scène encombrée de fils, de micros et autres bidules techniques. La pièce, sensible, quelque peu insaisissable, qu’ils ont concoctée avec la metteure en scène et cinéaste Nathalie Teirlinck, se révèle multidisciplinaire : les interprètes enchaînent les chansons, de leurs belles voix, douces ou indisciplinées, alors que défilent des images de villes, où les lumières des buildings et des monuments s’éteignent ou s’allument pour la nuit.

Puis, des voix d’enfants se font entendre dans la pénombre, des visages surgissent dans les téléviseurs, commentant l’état de sommeil, dans lequel on plonge ou auquel on résiste, qui pour l’un ressemble à la mort, pour une autre se peuplent de monstres… Progressivement, nous pénétrons dans la vie nocturne, avec ses créatures, ses aventures, ses craintes et ses peurs qui font du bien, excitent les sens et préparent au rêve, puis au réveil. Les chansons, livrées dans un français au léger accent néerlandais, enveloppent, créent l’écrin des songes, dans une étrangeté toute propice à l’abandon.

Poème scénique

slumberland-4-dries-segersDries Segers

En l’absence d’une véritable fable, sans l’ombre de personnages autres que les musiciens-chanteurs et les enfants qui habitent cette nuit pleine de surprises, on cède lentement, à son tour, à la rêverie, puis au plaisir de retrouver ses joies d’enfant, protégé par le cocon de son pyjama, de son lit, de ses draps et couvertures, de ses éclats de rire. Ayant peu d’éléments rationnels auxquels se raccrocher, les paroles des chants ne nous parvenant pas toujours très clairement, on se réjouit, dans un rare passage en « extérieur jour », de voir les enfants s’enfouir, s’extraire, puis se rouler dans le sable doux d’une plage.

Avec eux, on s’émeut devant une éclipse solaire, en cette nuit de super pleine Lune, alors que leurs « oh ! » d’émerveillement se transforment en « ah… » de bâillements dans la bouche des deux charmants interprètes, qui closent ainsi le cycle du Soleil et de la Lune. Si, au début, on pouvait être un peu dubitatif devant cette proposition hors normes, à la fin le public, adultes et enfants mélangés, en est ressorti avec des étoiles au fond des yeux.

Slumberland

Texte : An Pierlé, Fulco Ottervanger et Nathalie Teirlinck. Mise en scène : Nathalie Teirlinck. Musique : An Pierlé et Fulco Ottervanger. Scénographie : De Ruimtevaarders. Costumes : Vanessa Evrard. Une production Zonzo Compagnie. À l’Usine C, à l’occasion des Coups de théâtre, jusqu’au 16 novembre 2016.

Un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *