Entrevues

D. Kimm et la fébrilité des premiers gestes

Rolline Laporte

Pour sa 6e édition, le Festival Phénomena mise à nouveau sur la formule du cabaret, permettant à des voix artistiques plurielles de s’illustrer en scène dans un rapport intimiste avec le public. Commissariée par D. Kimm, la soirée bilingue Body & Soul permettra de découvrir des démarches performatives liées aux corps atypiques.

Vo Thien Viet

«Ce sont des individus qui ne sont pas nécessairement standards et qui ont des présences scéniques très puissantes, explique la directrice artistique. Grâce à leurs physiques parfois atypiques, ils développent une façon d’être et une pensée de leur présence en scène.» Constatant que certaines appropriations récentes du cabaret continuent de s’apparenter à des pièces de théâtre très construites, D. Kimm a souhaité revenir à l’essence même du spectacle populaire. Il s’agissait de renouer avec son côté impertinent et transgressif, «où les numéros montés ne sont pas toujours parfaits et où il y a un aspect encore fragile et un peu improvisé».

Dans ce cadre, deux éléments importants sont à prendre en compte: le contact avec le public et la présence d’un maître ou d’une maîtresse de cérémonie. En l’occurrence, pour Body & Soul, c’est Kama La Mackerel, artiste et performeuse transgenre qui tiendra ce rôle-clé: «Kama va permettre les transitions, explique l’organisatrice. Il s’agit surtout de balayer l’atmosphère du numéro qui vient de se terminer pour ouvrir l’espace et accueillir l’univers de l’artiste suivant. Pour cela, il lui faut chercher une unité entre les différentes performances.»

Abattre les cloisons et se détacher des étiquettes

Pour Julie McInnes, artiste circassienne australienne et collaboratrice de longue date du Cirque du Soleil, c’est l’occasion de se distancer de la création en collectivité et à grande échelle pour s’illustrer en solo avec ce qu’elle décrit comme une «autobiographie absurdiste» au langage et à l’imagerie colorés: «Je voulais explorer mon expérience en tant qu’artiste musicale multi-instrumentiste, compositrice, interprète et chanteuse dans le monde du cirque. Je suis heureuse de revenir à une forme intimiste, de retourner à mes racines pour raconter comment je suis tombée dans l’univers du cirque, évoquer mon cheminement.» Pour ce faire, elle conjuguera le storytelling, la performance et la composition musicale en direct.

Le cabaret Body & Soul réunit des artistes aux parcours singuliers, des créateurs qui abolissent les cloisons entre les disciplines. Nina Segalowitz, conteuse inuite adoptée et élevée par une famille juive, renoue avec la tradition du chant de gorge. La jeune performeuse innue Marly Fontaine effectue un travail de réappropriation culturelle orienté vers l’art relationnel. On retrouvera aussi le duo musical et carnavalesque de Rouyn-Noranda, Geneviève et Matthieu, et deux fortes têtes, les iconoclastes Gaétan Nadeau et Pascal Angelo-Fioramore.

En offrant une tribune à ces artistes, D. Kimm prend parti pour l’interdisciplinarité, le ludisme et la fantaisie qui font la marque du Festival Phénonema depuis 6 ans. En toute modestie, cette dernière encourage la prise de risque – chose qu’elle estime rare – en présentant des spectacles tout frais, pas encore rodés et d’où se dégage la fébrilité des premiers gestes.

Body & Soul

Cabaret performance animé par Kama La Mackerel. Direction artistique: D. Kimm. Avec Pascal-Angelo Fioramore, Julie McInnes, Nina Segalowitz, Marly Fontaine, Gaétan Nadeau et Geneviève et Matthieu. À la Sala Rossa, à l’occasion du festival Phénomena, le 15 octobre 2017.

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