Critiques

Tout ce qui tombe : Tout n’est pas perdu

«Tout n’est pas perdu». Cette dernière phrase de la pièce de Véronique Côté aurait pu tout aussi lui donner son titre car «tout ce qui tombe» ne peut que rebondir. C’est ce que font les personnages ici, qui vivent d’espérance malgré les obstacles qui se dressent dans leur vie, chacun à sa manière, avec son tempérament, son passé, ses blessures et appréhensions.

Aucun cynisme (en dépit de la mode) dans ce spectacle qui montre des existences marquées par des moments de choix. Tous les personnages sont à la croisée des chemins: quitter ou non l’Est pour l’Ouest; faire un enfant ou non; persévérer dans l’amour ou aller voir ailleurs. Véronique Côté crée des personnages attachants, fragiles, certains courageux, d’autres moins. Ils ont en commun de vivre à Berlin. L’auteure surprend par sa maîtrise d’un texte où s’enlacent des histoires d’amour et d’exil vécues à trois périodes.

En 1989, le Mur va bientôt tomber, Rosa et Morritz s’aiment, mais… En 1999, Christophe, un luthier québécois, et Charlotte, une chanteuse d’opéra allemande, s’aiment, mais… En 2009, Sophie, en stage à Berlin, a entraîné avec elle Marco, ils s’aiment, mais… Ce sont les hésitations, nourries de peurs et d’espoir, qui tissent la trame de ce spectacle très réussi où le spectateur reconnaît les tourments quotidiens de quiconque aime, a aimé ou rêve d’aimer. Car il y a aussi Marie, cette jeune femme, alter ego semble-t-il de l’auteure, dont les réflexions où pointent l’insatisfaction, la solitude et un fort désir de l’autre, ouvrent et closent le spectacle. Toujours prête à agripper son sac à dos, elle carbure autant à la peur de l’échec qu’au rêve de voir enfin «quelque chose d’extraordinaire» lui arriver.

La mise en scène de Frédéric Dubois est nerveuse et efficace. Le choix de laisser tous les personnages vaquer à des occupations familières pendant que les scènes dialoguées, échelonnées sur trois décennies, témoignent de bouleversements profonds, montre bien comment la vie  est faite à la fois de banalité et de grands moments décisifs. Le spectateur a toujours devant les yeux ces personnages qu’il relie les uns aux autres, qu’il compare, comprend, et se met même à vouloir encourager.

C’est avec une grande sensibilité, et manifestement du vécu, que l’auteure parle des relations amoureuses, mais aussi d’un drame aussi profondément intime que celui de perdre l’ouïe – ce qui arrive au personnage de Marco – ou encore du politique (communisme, rapport au pays). Humour et intelligence se côtoient dans ce premier texte prometteur de Véronique Côté et, comme tous les interprètes jouent avec conviction et chaleur, ce spectacle  est un beau moment de théâtre.

 

Tout ce qui tombe
Texte de Véronique Côté
Mise en scène de Frédéric Dubois
Une coproduction du Théâtre des Fonds de Tiroirs et du Théâtre du Trident
Au Théâtre d’Aujourd’hui jusqu’au 17 novembre 2012

 

 

À propos de

Docteure en sémiologie théâtrale, elle a été professeure de 1979 à 2011. Membre de la rédaction de JEU (puis rédactrice en chef et directrice) de 1988 à 2003, elle a présidé l’Association québécoise des critiques de théâtre de 1996 à 1999 et, de 2004 à 2007, travaillé à la Délégation générale du Québec à Paris.

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