Présentée en lecture à Dramaturgies en dialogues l’automne dernier, la pièce Les Champs pétrolifères a valu à Guillaume Lagarde, son auteur, une mention spéciale au prix Gratien-Gélinas 2012, une reconnaissance plutôt flatteuse pour un auteur signant son premier texte.
À l’image de ces zones recelant du pétrole auxquelles il est fait mention dans le titre, cette pièce où flotte un écœurant parfum de malaise pose une question essentielle: quel prix est-on prêt à payer pour jouir d’un certain confort matériel?
Dans cette famille aisée où règne le mépris ordinaire, on parle sans dialoguer, on s’exprime comme un rapport annuel de compagnie d’assurance et on passe son temps libre à épier les voisins. Cet équilibre précaire est bouleversé le jour où le fils, Bruno (Guillaume Cyr), ramène à la maison une punk itinérante qu’il a prise sous son aile, Blanche (Marilyn Castonguay). Aussitôt, la mère, Barbara (Annette Garant), prend la jeune fille en grippe, déversant sur elle son snobisme, ses préjugés et son persiflage haineux, tandis que le père, Bernard (Jacques Girard), la regarde d’un œil libidineux.
Quand elle réalise que la jeune fille de 15 ans n’est encore qu’une enfant, la maîtresse de maison cesse de voir en elle une menace à son statut social: soudainement, son besoin de domination trouve un nouveau terrain de jeu et elle s’évertue à transformer Blanche en une jolie petite poupée parfaite. Quand au père et au fils, c’est sexuellement qu’ils vont la posséder; tout est permis dès lors que la matriarche a donné son aval.
L’arrivée de l’étrangère est le moteur de la pièce: elle est celle qui va à la fois faire ressortir et catalyser les obsessions et les perversions qui se dissimulent derrière la façade cossue de cette maison de banlieue. Victime, la jeune fille l’est assurément, mais c’est une victime consentante, qui accepte volontiers d’être objectivée tant qu’elle reçoit une compensation matérielle: chambre peinte en rose, téléphone cellulaire, argent de poche, voiture de sport. Ainsi, ceux qui possédaient le confort matériel et étaient confrontés au vide de leur existence ont trouvé de quoi se distraire: ils ont désormais une fille, comme ces voisins d’en face qu’ils envient. Et celle qui était privée de tout accède au confort matériel au prix de sa propre aliénation. De l’amour et de la bonté? Il n’y en avait point au départ, il n’y en aura point à la fin. On est loin ici de l’univers de Walt Disney.
Malheureusement, la mise en scène de Patrice Dubois, avec ses longs noirs entre chaque tableau, est trop lisse et légère pour mettre en valeur le côté glauque du texte et l’originalité de l’écriture. On se demande pourquoi il a pris le parti de traiter cette pièce comme une sorte de comédie noire, en dirigeant les comédiens dans un registre manquant de perversité, comme s’il voulait épargner le public en refusant de le plonger entièrement au coeur de la vilénie des personnages de Lagarde.
Les champs pétrolifères. Texte de Guillaume Lagarde. Mise en scène de Patrice Dubois. Une production du Théâtre PÀP. À l’Espace Go jusqu’au 14 décembre 2013.
Présentée en lecture à Dramaturgies en dialogues l’automne dernier, la pièce Les Champs pétrolifères a valu à Guillaume Lagarde, son auteur, une mention spéciale au prix Gratien-Gélinas 2012, une reconnaissance plutôt flatteuse pour un auteur signant son premier texte.
À l’image de ces zones recelant du pétrole auxquelles il est fait mention dans le titre, cette pièce où flotte un écœurant parfum de malaise pose une question essentielle: quel prix est-on prêt à payer pour jouir d’un certain confort matériel?
Dans cette famille aisée où règne le mépris ordinaire, on parle sans dialoguer, on s’exprime comme un rapport annuel de compagnie d’assurance et on passe son temps libre à épier les voisins. Cet équilibre précaire est bouleversé le jour où le fils, Bruno (Guillaume Cyr), ramène à la maison une punk itinérante qu’il a prise sous son aile, Blanche (Marilyn Castonguay). Aussitôt, la mère, Barbara (Annette Garant), prend la jeune fille en grippe, déversant sur elle son snobisme, ses préjugés et son persiflage haineux, tandis que le père, Bernard (Jacques Girard), la regarde d’un œil libidineux.
Quand elle réalise que la jeune fille de 15 ans n’est encore qu’une enfant, la maîtresse de maison cesse de voir en elle une menace à son statut social: soudainement, son besoin de domination trouve un nouveau terrain de jeu et elle s’évertue à transformer Blanche en une jolie petite poupée parfaite. Quand au père et au fils, c’est sexuellement qu’ils vont la posséder; tout est permis dès lors que la matriarche a donné son aval.
L’arrivée de l’étrangère est le moteur de la pièce: elle est celle qui va à la fois faire ressortir et catalyser les obsessions et les perversions qui se dissimulent derrière la façade cossue de cette maison de banlieue. Victime, la jeune fille l’est assurément, mais c’est une victime consentante, qui accepte volontiers d’être objectivée tant qu’elle reçoit une compensation matérielle: chambre peinte en rose, téléphone cellulaire, argent de poche, voiture de sport. Ainsi, ceux qui possédaient le confort matériel et étaient confrontés au vide de leur existence ont trouvé de quoi se distraire: ils ont désormais une fille, comme ces voisins d’en face qu’ils envient. Et celle qui était privée de tout accède au confort matériel au prix de sa propre aliénation. De l’amour et de la bonté? Il n’y en avait point au départ, il n’y en aura point à la fin. On est loin ici de l’univers de Walt Disney.
Malheureusement, la mise en scène de Patrice Dubois, avec ses longs noirs entre chaque tableau, est trop lisse et légère pour mettre en valeur le côté glauque du texte et l’originalité de l’écriture. On se demande pourquoi il a pris le parti de traiter cette pièce comme une sorte de comédie noire, en dirigeant les comédiens dans un registre manquant de perversité, comme s’il voulait épargner le public en refusant de le plonger entièrement au coeur de la vilénie des personnages de Lagarde.
Les champs pétrolifères. Texte de Guillaume Lagarde. Mise en scène de Patrice Dubois. Une production du Théâtre PÀP. À l’Espace Go jusqu’au 14 décembre 2013.