Chroniques

Dissection d’une métamorphose : Premières impressions

Depuis le 11 décembre, le Bureau de l’APA présente Les Oiseaux mécaniques à Espace Libre. J’ai été invité à m’insérer dans la production en tant que critique et performeur. J’aurais donc le privilège d’assister à la genèse du spectacle et d’en suivre l’évolution. J’ai accepté spontanément cette incroyable chose qui est à la fois un défi et un immense plaisir, parce que l’APA me donne une zone de liberté totale.

En effet, Laurence Brunelle-Côté et Simon Drouin, directeurs et concepteurs du Bureau de l’APA ne sont jamais intervenus dans mes textes. Nous discutons des moments d’intervention, et c’est tout. Le reste repose sur quelque chose d’étrange pour moi qui ressemble à un processus de métamorphose lente et profondément organique.

Comment expliquer cela? Je n’ai jamais vu le spectacle avant l’enchaînement du 11 décembre en après-midi, le jour même de la première. Et encore, c’est beaucoup dire parce qu’à ce moment-là, j’étais déjà dans le spectacle. Je n’ai donc pas eu la possibilité, jamais, d’avoir un regard extérieur. Je ne peux ni être tout à fait spectateur, ni tout à fait critique-performeur.

Les stratégies de création de l’APA fonctionnent comme dans le monde de la performance d’où je viens. Il y a d’abord un concept général qui se ramifie ensuite dans une myriade de propositions, toutes travaillées et développées selon les artistes de talent conviés à la fête collective. Nous sommes dans une production multidisciplinaire ou interdisciplinaire qui embrasse le vaste spectre de l’expérience humaine. Le son et l’oreille, le texte et la sémantique, le visuel et les émotions, les ruptures et enchaînements, les propositions d’art audio, la musique, la présence non convenue des corps en action… Les sens sont sollicités dans une espèce de maelström radical. On y trouve l’amour et la haine de la musique, des tableaux magnifiques, des moments magiques.

Et je fais partie de l’équation. Je dois tenter de poser un discours critique sur quelque chose de très éclaté, mais sans avoir une vision intégrale de la performance. Je me transforme en cours de spectacle parce que je suis ému, parce que ma propre raison est déroutée. Parce que je suis aussi envoûté par la force de la création et parce que en cours de route je suis subjugué par le désir d’y être totalement.

Lorsque j’annonce ma métamorphose dans la première intervention, ce n’est pas une figure de style, c’est réel. Comme si mon cœur basculait entre les joies de la raison discursive et l’envoûtement de la déraison. Il y a alors beaucoup d’indicible et étrangement une complicité qui s’installe à la fois avec le public et avec les performeurs. Au troisième jour de représentation, je sais que je vais complètement moduler mes interventions. L’effet de balancier entre le critique et le performeur sera plus prononcé. À suivre.

Les Oiseaux mécaniques

Texte et mise en scène: Laurence Brunelle-Côté et Simon Drouin. Une production du Bureau de l’APA. À Espace libre jusqu’au 21 décembre 2013.

Un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *