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Critiques

Forever Plaid : Quarte juste

Après l’immense succès remporté par Belles-sœurs : The Musical à l’automne (qui sera présenté à Toronto la saison prochaine, a-t-on appris hier), le Centre Segal frappe de nouveau très fort avec Forever Plaid, un hommage délicieux aux groupes d’harmonies des années 50, dans la lignée de Jersey Boys.

L’histoire se révèle loufoque à souhait. Un quatuor vocal fictif, les Plaids, s’apprête à donner son premier grand concert quand un autobus scolaire rempli d’écolières en route vers l’Ed Sullivan Show – qui accueille ce jour-là les Beatles! – fauche leur Mercury décapotable. Pour une raison non expliquée, cinquante ans plus tard, les chanteurs ont enfin la possibilité de montrer au public ce dont ils sont capables.

La production aurait pu se transformer en véritable chausse-trappe : répertoire que seuls les plus âgés connaissent, espace scénique pas toujours facile à gérer, succession de numéros non liés en apparence, ce qui peut susciter une impression d’assister à un tour de chant… Toutes ces réticences s’avèrent absolument infondées. À la seconde même où Chris Barillaro, Gab Desmond, Jonathan Patterson et Michael Daniel Murphy mettent le pied sur scène, le contact s’établit d’emblée.

Même s’ils semblent d’abord dépassés par la technologie des micros sans fil, puis craignent de ne pas se rappeler les pas, les quatre Plaids se lancent avec une bonhommie contagieuse. Gestuelle stéréotypée, mais jamais dépourvue d’humour (chapeau à Gab Desmond qui a bien su transmettre les chorégraphies originales), interludes de présentation suscitant à certains moments le rire et à d’autres une nostalgie certaine, utilisation astucieuse de l’espace, participation du public (une volontaire ira par exemple jouer la partie supérieure de l’indémodable Heart and Soul), clin d’œil hilarant à l’Ed Sullivan Show (où les quatre compères endossent de multiples rôles), trio de musiciens alerte mené par le pianiste David Terriault, harmonies vocales irréprochables : tout est absolument impeccable dans cette mouture du spectacle créé off-Broadway en 1990, mise en scène ici par le vétéran Roger Peace – ayant lui-même pris part au Ed Sullivan Show.

Si chacun des membres de la distribution dispose de plusieurs moments pour briller comme soliste, impossible de ne pas souligner ici la superbe interprétation de Cry de Chris Barillaro (également directeur musical de la production), qui peut sans l’ombre d’un doute compter sur ses « money notes ». Pourtant, la magie de cette production ne réside pas dans les numéros de bravoure, mais dans l’attention portée aux détails, la candeur qui se dégage du tout et la complicité parfaite entre les Plaids et leur public qui, en sortant du Centre Segal, affronte le froid polaire de février sans broncher et même avec un franc sourire.

Forever Plaid

Texte, mise en scène et chorégraphie originale de Stuart Ross. Mise en scène de Roger Peace. Une coproduction de Copa de Oro et du Centre Segal. Au Centre Segal jusqu’au 22 février 2015.

Lucie Renaud

À propos de

Décédée en 2016, elle était professeure, journaliste et rédactrice spécialisée en musique classique, en théâtre et en nouvelle littérature québécoise.

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