Critiques

Victor Hugo mon amour : La muse derrière le grand homme

« Si mon nom vit, ton nom vivra… » Victor Hugo restait persuadé que Juliette Drouet, sa maîtresse, mais surtout sa muse, connaîtrait elle aussi une certaine reconnaissance. Pourtant, si Hugo continue d’être salué en tant que dramaturge, poète, romancier et pamphlétaire, bien peu se souviennent le nom de cette femme qui a vécu pendant près de 50 ans dans l’ombre de son « Toto ».

Avec Victor Hugo mon amour, monté pour la première fois à l’automne 2008, présenté en France plus de 650 fois depuis, Anthéa Sogno a voulu rendre hommage à cette comédienne qui a tout abandonné, mais surtout à un amour qui a défié le temps et a été moteur de plus de 23 000 lettres, principalement signées de la main de Juliette.

Le collage de textes, qui permet aux deux amants d’établir un dialogue sur scène, mais qui fait aussi la part belle à des extraits de pièces (Marie Tudor, Ruy Blas) et de textes politiques (dont « Détruire la misère »), se révèle soigneux et couvre une vaste gamme d’émotions. Il est monté pour la première fois au Québec, grâce à la complicité de Catherine Bütikofer qui, sitôt après avoir vu la pièce à Paris en 2010, a souhaité en obtenir les droits.

La scénographie de Sylvianne Binette, avec son large éventail ajouré en arrière-scène, tire avantage de la salle Fred-Barry et favorise trois aires de jeu distinctes : côté jardin le bureau de Juliette, côté cour celui d’Hugo, entre les deux la chambre des amants, qui se transforme aussi en tribune politique. Les déplacements entre les scènes sont accompagnés par une partition évocatrice signée Benoît Groulx, dans laquelle dialogue le plus souvent violoncelle et piano.

Le comédien pressenti pour jouer le rôle de Victor Hugo s’étant cassé la jambe, il a été remplacé par Sylvain Massé qui, dès les premiers instants, démontre une présence indéniable et une facilité à entrer directement en contact avec les spectateurs. On a immédiatement l’impression de se fondre dans l’ombre du grand homme. Catherine Bütikofer campe une Juliette parfois trop fragile, presque à bout de souffle, et peine à s’extraire du rôle de la femme qui attend. Il faudra attendre la mort de sa fille pour qu’une émotion autre, plus dense, se manifeste.

La mise en scène de Léo Munger se veut dynamique, maximise les déplacements, intègre adroitement les jeux d’éclairage de Cynthia Bouchard Gosselin, mais se révèle par moments inutilement vulgaire. Avait-on absolument besoin de ces arrêts sur image de positions sexuelles pour comprendre que l’amour qui unissait les deux amants n’était pas qu’épistolaire ou de superposer les feux d’artifice au premier coït (même si l’acte aurait été consommé un soir de Mardi gras)? Une simple suggestion aurait sans doute été largement suffisante.

« Derrière chaque grand homme se cache une femme. » Cette pièce nous rappelle qu’Hugo ne fait pas exception à la règle.

Victor Hugo mon amour

Texte d’Anthéa Sogno. Mise en scène de Léo Monger. Une production du Théâtre de la Tartigou et des Productions Mistral. Au Théâtre Denise-Pelletier jusqu’au 28 février 2015.

À propos de

Décédée en 2016, elle était professeure, journaliste et rédactrice spécialisée en musique classique, en théâtre et en nouvelle littérature québécoise.

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