Critiques

DTC (On est bien) : Personne n’est parfait

Fondée en 2001, à Bruxelles, par Ludovic Barth et Mathylde Demarez, la Clinic Orgasm Society n’est pas une compagnie de théâtre mais un «groupe artistique transdisciplinaire », un « lieu virtuel d’expérimentation » où performance et bricolage technologique sont de mise. Faisant éclater les codes de la représentation avec une créativité à l’épreuve des balles, le collectif s’interroge sur la fonction du spectateur.

Créée en 2009 au Manège de Mons, DTC (On est bien) est, aux dires de ses créateurs un « mélodrame mécanique ». Le spectacle a notamment été présenté au Festival d’Avignon en 2012 et en tournée, en France et en Belgique.

Au commencement, il y a Dieu. Enfin, une sorte de dieu, Blaise Ludik, un créateur cosmogonique régnant sur un bordel indescriptible, qui donne vie à une première créature monstrueuse. Puis, il en fabrique une autre, une sorte de poupée gonflable qui semble belle et prometteuse, mais se révèle décevante, incapable de se tenir debout. Zut, encore raté. Pourtant, il ne perd pas courage, se répétant que « c’est magnifique d’avoir des enfants, ils ont toujours quelque chose à nous apprendre». La troisième sera mieux réussie, un Adam bancal à qui il donne une Ève qui est, selon lui, une « merveille».  Tout devrait donc bien aller pour la prospérité future, mais non. Ces deux-là ne sont pas foutus de copuler pour se reproduire.

On l’a compris, on est dans un univers complètement déjanté. Les quatre comédiens portent sur eux un haut-parleur duquel sortent des voix de GPS, monocordes et déshumanisées (pour le service en français faites le 1) sur lesquelles ils accordent (plus ou moins) les mouvements de leurs lèvres. Le décalage créé une distorsion intéressante, qui vient pervertir le message énoncé, particulièrement quand la machine se dérègle. Les dialogues, qui semblent tirés d’un roman Harlequin, se vident de leur sens (mais en avaient-ils vraiment un ?).

Dans ce monde foutraque, le paradis est un carré de terre planté d’un yucca malade et les moutons se chassent à la fourchette. Plus absurde que franchement désopilant, porteur d’une esthétique trash assumée, DTC (on est bien) – et ne cherchez pas de lien entre le titre et le spectacle, il n’y en a pas – nous emporte, joyeusement consentants, dans cette Genèse revisitée et réglée au quart de tour, avec tout ce qu’elle peut comporter de maladresses et de loupés savamment orchestrés.

Mais, derrière cette loufoquerie réjouissante, cette apologie de l’imperfection, se cachent des questions existentielles sur la beauté des choses et ce que l’homme en a fait…

DTC (On est bien)

Texte de Ludovic Barth, Mathylde Demarez, Blaise Ludik et Mélanie Zucconi. Mise en scène de Ludovic Barth et Mathylde Demarez. Une production de la Clinic Orgasm Society. Au Théâtre La Chapelle jusqu’au 28 février 2015.

À propos de

Rédactrice indépendante, membre de la rédaction de JEU de 2009 à 2019, rédactrice en chef de la publication Marionnettes, elle collabore avec diverses entreprises culturelles du grand Montréal.

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