Critiques

Les Trois Mousquetaires : L’union fait la force

Alors que Juste pour rire et le TNM cherchent à obtenir avec leur nouvelle coproduction autant de succès que l’été dernier, il faut commencer par reconnaître que Les Trois Mousquetaires, ce n’est pas tout à fait Cyrano de Bergerac. Affirmer qu’on regrette la langue souveraine de Rostand, la grandeur d’âme de ses personnages et l’efficacité redoutable de son intrigue tient de l’euphémisme.

Cela dit, soyons clairs, les aventures d’Athos, Porthos, Aramis et D’Artagnan, mousquetaires du roi Louis XIII, publiées en feuilleton de mars à juillet 1844, ne sont pas ennuyantes. Disons simplement que les héros du roman d’Alexandre Dumas sont plus habiles avec l’épée qu’avec le verbe. Ce qui les rend moins attachants, du moins aux yeux de votre humble serviteur, que les protagonistes pleins d’esprit imaginés par Rostand en 1897.

Les grands moyens

Serge Denoncourt, metteur en scène, et Pierre Yves Lemieux, auteur de l’adaptation, ont eu la bonne idée de démarrer le spectacle dans la chambre d’un enfant du 21e siècle qui, plutôt que de trouver le sommeil, préfère se plonger dans le roman de Dumas et s’identifier à D’Artagnan, ce jeune Gascon venu à Paris pour joindre le corps des mousquetaires. Les créateurs semblent ainsi nous rappeler que la littérature n’a pas encore perdu tout son attrait au profit du sacro-saint téléphone.

Pour raconter la juste lutte des quatre compères aux prises, à Paris, en 1625, avec les plans machiavéliques du cardinal de Richelieu, du compte de Rochefort et de la perfide Milady de Winter, rien n’a été ménagé. Voir 18 comédiens sur scène, c’est un bonheur en soit. Sans parler des nombreux concepteurs, producteurs et collaborateurs dont le talent et le savoir-faire ont été mis à contribution. La chose est trop rare pour qu’on la passe sous silence.

Guillaume Lord a donné naissance à une grande structure étagée, une architecture pivotante qui, grâce à de subtils ajouts, et aux éclairages d’Anne-Marie Rodrigue Lecours, évoque auberges et palais, ville et campagne, hauts lieux et bas-fonds. Les costumes de François Barbeau, somptueux, et les combats à l’épée, réglés au quart de tour, sont aussi pour beaucoup dans l’émerveillement que suscite la représentation.

Mais, à vrai dire, ce qui fait que la première partie du spectacle, la plus longue, passe en un éclair, c’est l’humour que le metteur en scène instille ici et là. Quand on porte à la scène une pareille histoire de cape et d’épée, pas toujours subtile, il faut employer la caricature, le ridicule et les clins d’œil avec parcimonie, un exercice périlleux que Denoncourt accomplit avec brio. Dans le registre comique, il faut avouer que Guillaume Cyr (Porthos), Benoît McGinnis (Aramis), Luc Bourgeois (Richelieu), Benoît Landry (Le Roi) et Mani Soleymanlou (Planchet) font excellente figure.

Deux parties

On ressent toutefois un certain malaise en ce qui concerne la deuxième partie du spectacle, celle qui s’attache tout particulièrement à la quête diabolique de Milady. Est-ce le ton plus grave qui est difficile à instaurer après une première partie plus légère? Est-ce que quelques resserrements dramaturgiques pourraient améliorer le rythme de cette portion qui, on ne se le cachera pas, est une pièce en soit? La situation ne suffit pas à miner la deuxième partie, mais il reste qu’un déséquilibre opère, quelques grains de sable dans l’engrenage qui nous empêchent de quitter la salle avec un enthousiasme comparable à celui qu’on éprouvait à l’entracte.

Sorti du Conservatoire de Montréal en 2012, passé chez Dave St-Pierre avant de devenir le protégé de Denoncourt, Philippe Thibault-Denis s’empare du rôle athlétique de D’Artagan avec un aplomb remarquable, une énergie contagieuse. La vive jeunesse du personnage, sa naïveté, son impétuosité, sa soif de justice, d’ailleurs tout aussi insatiable que sa soif de sexe et de romance, tout cela passe joliment la rampe. Pas de doute, le comédien a un bel avenir devant lui.

Les Trois Mousquetaires

Texte : Pierre Yves Lemieux, d’après l’œuvre d’Alexandre Dumas. Mise en scène : Serge Denoncourt. Une coproduction de Juste pour rire et du Théâtre du Nouveau Monde. Au TNM jusqu’au 20 août 2015.

Critique de théâtre, on peut également le lire dans Le Devoir et Lettres québécoises. Il a été rédacteur en chef et directeur de JEU de 2011 à 2017.

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