Entrevues

Dominique Leclerc : rencontre avec le posthumanisme

À l’occasion du OFFTA, Dominique Leclerc présente Phase 3, un parcours composé d’éléments visuels, immersifs et performatifs. Les réactions du public serviront à nourrir la création de Post Humains, un spectacle qui sera présenté à Espace Libre en octobre.

Jérémie Battaglia

Vous vous intéressez depuis 2013 aux technologies qui s’invitent dans le corps humain. Qu’est-ce qui a jusqu’ici nourri votre création?

Les ouvrages théoriques et les œuvres de science-fiction m’apportent beaucoup, mais ce sont les rencontres avec des gens qui se définissent comme cyborgs, biohackers ou transhumanistes qui me nourrissent le plus. C’est par l’échange en personne, le face-à-face que j’arrive à mieux saisir ce qui les pousse à agir et les fait rêver. Je suis persuadée que pour plonger dans ce sujet complexe lié à notre augmentation (d’autres diront plutôt notre régression), la rencontre de l’autre dans toute sa complexité est essentielle. C’est pourquoi j’ai décidé de faire du théâtre avec toutes les entrevues que j’ai accumulé, plutôt qu’un film documentaire, parce que la rencontre est ici trop importante.

Où est-ce que Phase 3 s’inscrit dans votre processus de création?

On vient tout juste de terminer une année d’incubation aux Écuries, où s’est tenu en septembre dernier notre deuxième laboratoire. Nous avons été extrêmement chanceux, dans le contexte de création actuel, d’avoir accès à une salle pour tester un premier tricot des différentes trames du spectacle et la présence de vidéo générative sur scène. La résidence nous a aussi permis de rencontrer un public stimulant, généreux de ses commentaires. Phase 3 est notre troisième et dernier laboratoire, mais c’est aussi et surtout un objet à part entière. Ces deux soirées généreront des morceaux importants, qui compléteront à la fois la trame documentaire, la trame autofictionnelle et l’aspect performatif du spectacle à venir, Post Humains.

Parlez-nous un peu de l’installation réalisée par Patrice Charbonneau-Brunelle.

C’est une sorte de parcours muséal qui met en contexte les thèmes abordés et qui offre aux visiteurs la possibilité d’ajouter leurs propres réflexions à la trame documentaire, principalement composée jusqu’à maintenant de points de vue provenant de milieux technophiles. Après avoir découvert cette installation, les visiteurs de Phase 3 assisteront à une performance très significative, qui fera écho à l’absence actuelle de débat public au Québec en ce qui concerne l’éthique et les augmentations du corps par la technologie.

Quel est l’apport de l’auteur et philosophe Pierre Bertrand à la création?

Pierre est pour moi un interlocuteur très important depuis 3 ans. À un certain moment de mes recherches, où je sondais constamment un seul et même milieu, plus technophile, son œil neuf et son apport philosophique me sont maintes fois apparus comme une grosse bouffée d’air frais. Je suis ravie qu’il ait accepté mon invitation pour Phase 3. Tout à fait à l’image de nos échanges, sa prestation viendra parfaitement contrebalancer la performance.

Phase 3

Conception : Dominique Leclerc et Patrice Charbonneau-Brunelle. Collaboration à la conception : Édith Patenaude. Éclairages : Cédric Delorme-Bouchard. Vidéo : Push 1 Stop. Avec Pierre Bertrand, Dominique Leclerc et un journaliste. À l’Espace Dena Davida de l’Édifice Wilder, à l’occasion du OFFTA, les 4 et 5 juin 2017. En programme double avec Faille de Jessica Serli.

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