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Critiques

Inaudible : Drôles d’oiseaux

Le chorégraphe belge d’origine suisse Thomas Hauer compare ses danseurs, avec qui il partage d’ailleurs le plateau, à des abeilles dans un essaim, des poissons dans un banc ou encore des oiseaux dans un vol. C’est que les six corps en scène donnent bien souvent l’impression de ne faire qu’un. On croirait qu’ils répondent à la même cadence, aux mêmes pulsions et impulsions, aux mêmes injonctions et stimulus. Serait-ce qu’ils perçoivent des signaux qui nous ont inaccessibles, des sons inaudibles au commun des mortels?

Gregory Batardon

Dès la scène d’ouverture, les danseurs apparaissent à l’avant-scène, dans la pénombre, entrelacés, lovés, agrippés les uns aux autres. À ce stade, les créatures louvoient encore dans le confort de leur nid. Bientôt viendra l’heure de l’éclosion, puis celle des vastes enjambées, des énergiques envolées, des puissants jetés et des grands écarts. Dans cette chorégraphie loufoque, exigeante en même temps que portée par une immense candeur, une naïveté assumée, chaque mouvement répond à la musique.

Allant à l’encontre de l’un des diktats de la danse contemporaine, selon lequel il ne faudrait pas danser sur la musique, les interprètes d’Inaudible traduisent chaque note, chaque rythme, miment le moindre accent, le moindre cri entendu dans le Concerto en fa de George Gershwin (1925), éminemment cinématographique, et le Ludus de Morte Regis de Mauro Lanza (2013), parcouru de voix, de bruits et de sonorités électroniques.

Pendant la première demi-heure, le procédé est réjouissant. Pas un seul instant, d’un bout à l’autre de ce vaste plateau nu, on ne quitte des yeux les danseurs dont les habits bariolés renforcent en quelque sorte l’animalité. Puis, il faut avouer que la fraîcheur laisse place à la redondance, que l’inventivité se mue en procédé, voire en exercice de style, et que le vocabulaire gestuel finit par paraître limité. Reste le plaisir indéniable d’avoir rencontré des oiseaux singuliers, des créatures bien attachantes.

Inaudible

Conception et mise en scène : Thomas Hauert. Création et interprétation : Fabian Barba, Thomas Hauert, Liz Kinoshita, Sarah Ludi, Gabriel Schenker et Mat Voorter. Musique : George Gershwin et Mauro Lanza. Éclairages : Bert Van Dijck. Costumes : Chevalier-Masson. Son : Bart Celis. Une production de la compagnie ZOO/Thomas Hauert. Au Théâtre Rouge du Conservatoire d’art dramatique de Montréal, à l’occasion du Festival TransAmériques, jusqu’au 4 juin 2017.

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