Entrevues

Le cirque québécois regarde vers l’avant

Les racines circassiennes du Québec ne sont pas aussi profondes que celles de la France ou de la Russie. Les spectacles créés ici soulèvent pourtant les foules depuis une trentaine d’années. Cette forme d’art serait d’ailleurs la plus exportée par notre pays selon le regroupement national des arts du cirque En Piste. Ses artistes n’ont cependant pas été épargné·es par les impacts de la COVID. Près d’un an après les premières restrictions et annulations, trois compagnies québécoises s’expriment sur leur avenir.

L’accent sera mis davantage sur la diffusion que sur la création en 2021 pour Andréanne Quintal de Spicy Circus. Diversifier ses activités pour trouver un équilibre dans une nouvelle réalité professionnelle sera essentiel. L’ambitieuse directrice s’est donc consacrée à la conception d’un numéro de changements de costumes rapides et d’une conférence destinée aux artistes et autres membres de l’industrie. Ces projets permettront d’attirer de nouveaux et nouvelles client·es et de combler certains vides au calendrier et au porte-feuilles. Andréanne Quintal prévoit également un travail de promotion plus important qu’à l’habitude pour les numéros de trampo-mur ayant fait le succès de la compagnie depuis 2013. Être à l’affût des lieux reprenant les représentations sera aussi primordial.

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Bien que reconnaissante pour l’aide gouvernementale octroyée, la jeune femme estime que c’est du public et de son réseau professionnel dont elle aura le plus besoin en 2021. « Les gens devront être au rendez-vous. Nous devrons regagner leur amour. Ce sont eux et mes contacts qui permettront à Spicy de redémarrer. La diversité de l’offre dans les milieux oblige et incite à entretenir des relations régulières. Une communication constante et un grand intérêt accordé à nos client·es,à nos spectateurs et spectatrices seront essentiels. »

Investir au Québec et différemment

Une énergie contagieuse résonne également dans l’église Saint-Charles-de-Limoilou, nouveau siège social de Machine de Cirque. Son directeur, Vincent Dubé, mettra les bouchées doubles en 2021 et en 2022 en vue d’une année 2023 d’après-guerre où la culture renaîtra pour rassembler et inspirer à nouveau. À l’instar de la trampoliniste de Saint-Basile, il compte investir prioritairement dans la diffusion de spectacles existants. La majorité des représentations annulées, à l’étranger, ayant été reprogrammées à la seconde moitié de 2021, il aspire à un début d’année au Québec. L’ancien acrobate croit à un retour en salles grâce au système de théâtres à capacité réduite et au public masqué, pratiques adoptées en Europe.

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Préoccupé par le nombre grandissant de circassien·nes songeant à tout arrêter. Vincent Dubé se réjouit d’avoir pu conserver une équipe solide. « Le spectacle «  COVID-proof  » Fleuve présenté à la Baie de Beauport a fait travailler tous nos gens en août dernier. La COVID nous a aussi poussé·es à investir dans d’autres projets, dont un court-métrage coproduit par le Musée national des beaux-arts de Québec, ce spectacle extérieur et notre lieu de création. Nos artistes sont là, aident à l’aménager et lui donnent vie en y créant et en s’y entraînant. Demeurer proactif, ça rapporte! »

L’art vivant à l’ère du numérique

Si 2020 aura été l’année où l’aide gouvernementale aura permis à bien des artistes de garder la tête hors de l’eau, 2021 sera celle du défi d’une reprise graduelle des activités, plus lente qu’ailleurs selon Patrick Léonard. Les 7 Doigts ayant déjà beaucoup investi dans le numérique et dans leur présence en ligne, la compagnie rejoindra son public en poursuivant la diffusion de ses spectacles sur le web. Une plus grande inclusion du multimédia, l’exploration du virtuel et de nouvelles collaborations avec des expert·es en la matière influenceront leurs projets. « Sans tourner le dos à l’expérience en salle, un bon usage de la technologie peut permettre à l’art de voyager beaucoup et à moindres coûts financiers et écologiques. » ajoute-t-il.

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Dans l’attente du feu vert gouvernemental quant à l’exportation, principal moteur de l’industrie, la compagnie fondée en 2002 investira dans la création pour rester vivante. Un soutien financier prolongé de l’État sera aussi crucial. « Les subventions nous ont grandement aidé·es à garder le studio en vie grâce à l’entraînement libre. Nous devrons faire preuve de résilience et apprendre à en faire plus avec moins. La créativité qui unit les six codirecteurs et codirectrices, nos partenaires et nos studios seront nos meilleurs outils jusqu’à ce que nous réintégrions le marché. Il faudra être vu et continuer à développer l’aspect technologique. » conclut-il.

Bien qu’incertaines quant au moment où leurs spectacles reprendront, les trois compagnies aspirent à jouer davantage « chez elles » et à amener le cirque en régions. Un peuple exposé à l’art vivant est plus inspiré, éduqué artistiquement et ouvert sur le monde. « Personne ne meurt d’une carence en cirque, mais il fait vivre de très fortes émotions qu’aucune autre forme d’art n’arrive à transmettre. Il y a un réel danger de mort qui lui est exclusif. » affirme Andréanne Quintal. Patrick Léonard poursuit en disant vouloir conscientiser les gens à la nécessité de l’art vivant, à ce que le cirque fait vivre et au statut d’emblème national qu’il a acquis. Vincent Dubé souligne quant à lui que le cirque ne peut se permettre de perdre tous ses joueurs et toutes ses joueuses s’il veut connaître une relance, et exhorte ses collègues à garder espoir, à continuer de créer. Somme toute optimistes malgré une année où tout s’est arrêté, ces trois compagnies sont unies par une réelle volonté d’innover, de rejoindre un plus grand public et de faire croître le marché québécois.

Passionné des arts de la scène, Martin Frenette entreprend très jeune une formation de danseur avant de joindre les rangs de l'École nationale de cirque de Montréal. Vivant son quotidien et sa passion sur scène depuis 2004, il consacre son temps libre à l'écriture sous diverses formes.

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