Critiques

Festival de Casteliers : Intime et fascinant

Malgré l’annulation des représentations publiques en salles, le Festival de Casteliers propose sa 16e édition en respectant les limitations imposées par le contexte de pandémie. Des activités virtuelles, un spectacle extérieur et des productions à visionner en ligne sont offertes pendant la durée l’événement, du 3 au 7 mars 2021. Deux films sont au programme : un documentaire de la marionnettiste française Noémie Géron, Les Marionnettes naissent aussi, et une série de courts-métrages créés exclusivement grâce à l’animation en volume, Le Stop motion aux Oscars.

Portraits partiels

Benoit Chieux

Les Marionnettes naissent aussi rend un hommage assumé à trois créatrices d’exception du monde des arts de la marionnette : Greta Bruggeman, Émilie Valantin et Maryse Le Bris. Au fil du documentaire, les trois marionnettistes racontent les diverses expériences d’artistes et de femmes qui ont jonché leurs itinéraires respectifs. Nous les suivons dans leurs ateliers, les observons coudre, scier, sculpter et… enseigner. La réalisatrice tente de souligner l’importance que chacune accorde, au-delà de la discipline à laquelle elles se sont consacrées, à la passation des savoirs.

Mentionnons que Noémie Géron connaît ces femmes pour avoir été l’élève de chacune. Or, cette facette, bien que riche en matière, est plutôt mal exploitée et on aborde trop peu ce propos captivant. On n’assiste pas, non plus, à la naissance de personnages à gaine ou à fils, comme le titre du film le laisse entendre. La réalisatrice dresse des portraits intimistes de ces femmes, mais ne les suit pas à travers des projets précis. Quel dommage de nous priver ainsi ! Après la présentation de ces protagonistes fascinantes, l’œuvre aurait gagné en intérêt et en dynamisme à nous donner accès aux résultats de leurs explorations. Cela colle peu à cet univers où, de l’avis même de la marionnettiste Maryse Le Bris, « tout est possible ». Le documentaire Les Marionnettes naissent aussi brosse un portrait convenable, mais incomplet de trois femmes plus grandes que le film dont elles font l’objet.

Palpitantes animations

Image par image, Le Stop motion aux Oscars présente les six courts-métrages retenus comme finalistes à la 93e cérémonie des Oscars. Sélectionnés parmi 96 productions, ces films nous convient au cœur d’univers aux contours bien définis, construits d’objets et de matériaux qui prennent vie sous nos yeux.

Luna Boutchan

Freeze Frame de Soetkin Verstegen juxtapose habilement l’arrêt sur image et l’animation dans un monde mécanique où l’on tente de conserver ce qui reste de l’humanité dans des blocs de glace : une inquiétante anticipation. De son côté, The Coin de Siqi Song nous laisse sur notre faim avec un mélodrame froid, mais techniquement irréprochable, sur l’importance de la mémoire des sens. À l’opposé, Benoît Chieux capte notre attention avec Cœur fondant, une superbe épopée où une enfant aveugle traverse la forêt afin d’offrir un gâteau d’anniversaire à son amie. Soulignons l’excellent travail en musique de Pablo Pico pour ce conte familial ingénu, drôle et chaleureux.

Siqi Song

Avec Kkum, Kim Kang-min demeure dans le même registre de bons sentiments. Si l’histoire de la mère protectrice dans un monde gris manque de force, ce film fascine par la technique d’animation efficace qui fait naître formes et personnages, soit la projection à reculons de pièces en mousse de polystyrène qui fondent. Ingénieux ! Héloïse Ferlay, dans À la mère poussière, jongle avec la santé mentale et le suicide. La réalisatrice et marionnettiste aborde avec justesse la solitude de chaque membre d’une famille dont la mère vit une importante dépression. Un court-métrage noir et poétique. The Fabric of You de Josephine Lohoar met tout aussi adroitement en scène des troubles psychologiques à travers l’histoire d’une souris tailleur qui fabule sur le client à qui elle fabrique un costume sur mesure. Malgré que les personnages soient des animaux, l’émotion n’est pas altérée, l’œuvre touche et prend au cœur par son propos cru et fataliste.

Ce collage inégal a le mérite de faire découvrir des productions de grande qualité et des artistes de la marionnette fascinants. On peut voir Le Stop motion aux Oscars et Les Marionnettes naissent aussi ainsi qu’assister à divers café-causeries avec des artistes de la marionnette dans le cadre du Festival de Casteliers.

Les marionnettes naissent aussi

Texte et réalisation : Noémie Géron. Images : Luna Boutchan. Prise de son : Sara Monimart, Phuong Lan N’Guyen et Florence Jaubertie. Montage : Myriam Ayçaguer. Disponible en webdiffusion sur le site du Festival de Casteliers jusqu’au 7 mars.

Le Stop motion aux Oscars

Cœur fondant | Melting Heart Cake, de Benoît Chieux (France, 2019), VO en français sous-titrée en anglais. À la mer poussière | To the Dusty Sea, de Héloïse Ferlay (France, 2020), VO en français sous-titrée en anglais. 硬 币 | The Coin, de Siqi Song (États-Unis, 2019), VO en chinois sous-titrée en anglais. Freeze Frame, de Soetkin Verstegen (Belgique/Allemagne, 2019), sans dialogue. The Fabric of You, de Josephine Lohoar Self (Royaume-Uni, 2019), en anglais. Kkum, de Kim Kang-min (Corée du Sud, 2020), VO en coréen sous-titrée en anglais. Disponibles en webdiffusion sur le site du Festival de Casteliers jusqu’au 7 mars.

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