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Critiques

Punch Line : L’humour sincère

Un micro sur pied, un tabouret de bois, une scène presque vierge et un public composé d’une dizaine de têtes tout au plus : c’est dans cet environnement tout en sobriété que se déploie le solo Punch Line du chorégraphe et interprète Jacques Poulin-Denis. L’ambiance est à la fébrilité dans la petite salle de l’Agora de la danse : le danseur est seul, devant nous, et nous le sommes tout autant, devant lui. Ce sentiment de proximité troublante persistera tout au long du spectacle, laissant ainsi la place à l’erreur et aux imperfections inévitables du vivant.

Dominique Skoltz

Sous forme de monologue tragicomique, Poulin-Denis se lance dans une succession de « mauvaises blagues » déjà maintes fois entendues et d’anecdotes qui tombent à plat. Il cherche à se raconter, à nous expliquer ce qui l’a conduit à être là, sous les projecteurs, mais en vain. Vu certaines longueurs dans le texte, on se demande s’il y aura une issue à cet enchaînement de punch lines, si ce malaise partagé des deux côtés de la scène mène quelque part. Mais ces questions ne restent pas en suspens, car c’est justement sur cette ligne finement tracée entre l’humour et la révélation de soi que l’interprète tangue tout au long du spectacle. Il tente de nous faire rire pour ne pas avoir à « ouvrir la porte » sur son histoire, à assumer une prise de parole honnête et personnelle.

Et finalement, la danse

Mais le danseur est seul. Il n’y a personne pour rigoler, rebondir avec lui et alimenter le subterfuge. Le comique se transforme alors en bande sonore, habilement conçue par l’artiste. La narration musicale s’empare du récit, trafique le texte de Poulin-Denis et interagit avec lui, semblant l’inciter à révéler ce qu’il pense. Entre son double sonore et son besoin de faire rire, il joue avec l’espace, il fait parler son corps, tente de l’habiter, de le faire sien. À travers les blagues se glissent donc des enchaînements de mouvements où, par des gestes vifs, saccadés et explosifs, l’interprète prend d’assaut les lieux pour parvenir à se sortir du cycle aliénant de l’ironie.

Dominique Skoltz

Tout en douceur, Punch Line met en scène l’humour pour mieux faire parler la douleur. Plus le personnage s’ouvre au public, plus la danse prend le dessus sur le texte. La pièce étant d’une courte durée, la fin arrive vite et les rares moments chorégraphiés laissent sur leur faim. Toutefois, avec une honnêteté touchante et presque désarmante, Jacques Poulin-Denis réussit, par les brèves scènes dansées et par une parole enfin libérée, à traverser les portes et à nous raconter ses blessures de parcours.

C’est d’ailleurs dans un dernier acte déterminant qu’une révélation de l’artiste donne à voir sa performance sous un éclairage nouveau. La sensualité se mêle alors à l’élégance; plus de dynamite ni de grands hoquets de rire, le punch est dans la faille et dans la force de l’authenticité. Littéralement mis à nu, le danseur narre finalement son corps et les brèches qui le composent grâce aux mouvements. Entre le théâtre, la danse et les confidences sur l’oreiller, ce spectacle donne à voir le comique comme une forme intime et sincère du discours.

Punch Line

Création et interprétation : Jacques Poulin-Denis. Œil extérieur : Sophie Breton et Brianna Lombardo. Dramaturgie : Gabriel Charlebois Plante. Costume et décor : Marilène Bastien. Éclairages : Claire Seyller. Électronique : Samuel Saint-Aubin. Son : Jacques Poulin-Denis. Confidente à la création : Julie Espinasse. Une production de Grand Poney présentée à l’Agora de la danse jusqu’au 24 avril 2021 et en webdiffusion du 23 au 30 avril 2021.

Un commentaire

  1. MAXIME COURVAL dit :

    Que c’est bien dit ! Bravo Alexie Ton Papy

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