Critiques

Le Scriptarium 2021 : Des enjeux, de l’éloquence, de l’espoir

Si l’on s’inquiète, à juste titre, à la fois de ce que le présent sème chez les adolescent·es et du futur qui leur sera légué, Le Scriptarium 2021 agit tel un baume providentiel sur ces angoisses collectives. Non que les problèmes sociaux comme le racisme, le sexisme et autres sources de mépris et d’exclusion s’en trouvent miraculeusement annihilées, mais les neuf prises de paroles signées par des jeunes du secondaire démontrent à quel point ceux-ci et celles-ci sont outillé·es pour les identifier, s’en indigner et les combattre. Cette troisième édition du Scriptarium, formule ayant succédé à celle des Zurbains, est quelque peu différente des premières, à l’instar de l’année singulière dans laquelle elle s’inscrit. Non seulement le spectacle est-il exclusivement audio, mais les saynètes sont remplacées par des billets d’humeur, orchestrés par Mathieu Gosselin, sous le commissariat de la maestra du genre, Manal Drissi.

Cette approche permet aux auteurs et autrices de se faire brièvement entendre avant qu’un·e comédien·ne donne voix à leurs réflexions, qui n’en sont ainsi que plus incarnées. Celles-ci abordent des thèmes variés dont les effets des divers modes de contraception sur le corps (et l’esprit) des femmes, la liberté d’expression, le racisme systémique, l’antisémitisme, le sexhuage (catcalling), la nomination de la partisane de la droite Amy Coney Barrett à la Cour suprême des États-Unis et l’impact sur les adolescent·es des préjugés circulant à leur égard. Des propos lucides, fervents, éclairés et fort bien tournés. Ils sont si captivants, en fait, que, quoiqu’Émilie Bibeau, en narratrice, s’acquitte très bien de la tâche qui lui a été confiée, les mises en situation qui relient les différents manifestes en paraissent souvent fades, longuettes et parfois inutilement édulcorées. C’est que les jeunes auteurs et autrices sont si éloquent·es que c’est à eux et à elles qu’on préfère tendre l’oreille. Et c’est un grand privilège que de pouvoir avoir ainsi accès non seulement à leurs préoccupations, mais aux façons dont ils et elles les appréhendent.

Le Scriptarium 2021

Textes : Eliott Bensoussan, Ève Chamberland, Cylia Djani, Marianne Locas-Ouimet, Alexandre Mainguy, Iles Ousmer, Adélaïde Patenaude-Provencher, Juliette Rivard et Émilia Simard. Collage et dramaturgie : Mathieu Gosselin. Commissaire invitée : Manal Drissi. Mise en scène : Benoît Vermeulen. Réalisation sonore et musicale : Francis Rossignol. Avec Patrick Emmanuel Abellard, Lamia Benhacine, Émilie Bibeau, Benoît Drouin-Germain, Rose-Anne Déry, Clara Prieur, Lauriane S. Thibodeau, André-Luc Tessier, Anthony Tingaud et Lesly Velázquez. Une production du Théâtre Le Clou, en collaboration avec le Théâtre jeunesse Les Gros becs et le Théâtre Denise-Pelletier présentée en webdiffusion jusqu’au 23 juin 2021.

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À propos de

Sophie Pouliot est journaliste culturelle depuis une vingtaine d'années. Elle est rédactrice en chef adjointe de Jeu, chroniqueuse des arts de la scène pour Elle Québec, chroniqueuse en théâtre jeunesse pour Lurelu et on a pu la lire ou l'entendre, au fil des ans, dans divers médias (Le Devoir, Télé-Québec, etc.). Elle est aussi présidente de l'Association québécoise des critiques de théâtre. Férue de théâtre, de littérature, de cinéma et de cirque, elle apprécie particulièrement lorsque ces disciplines se croisent.

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