Boîte à outils

Lisez votre contrat !

Alors que la vie culturelle s’apprête à renaître, créatrices et créateurs déploieront toute leur énergie. Si la mémoire musculaire facilite le retour sur les planches, quelques conseils pratiques pour la négociation des contrats peuvent aussi leur être bénéfiques.

Nous l’avons tous et toutes fait. Accepter les conditions d’utilisation d’un site web ou d’une application sans en lire tous les petits caractères est monnaie courante. C’est de cette nonchalante signature que plusieurs se déclarent entièrement responsables en cas d’accident sur un nouveau lieu de création. Pas étonnant qu’un·e artiste ne prenne plus le temps de lire chaque clause d’un contrat à l’ère de la balado et des livres audio. Après tout, il n’est question que de consacrer son temps et ses talents à un projet pour quelques semaines… Ou quelques mois !

Un·e acrobate n’entretient pas son corps durant une semaine de quatre représentations comme il ou elle le ferait pour une série de dix. Bien que plusieurs considèrent le spectacle comme suffisant pour maintenir un bon niveau de performance, celui ou celle qui s’entraîne inlassablement hors-scène revoit la durée et l’intensité d’activité physique à la baisse si le nombre de prestations demandées est à la hausse. Entraînement, échauffement et étirements sont d’importantes composantes de l’entretien corporel de tout artiste. Chacun.e s’adapte à chaque contrat. C’est pourquoi la ballerine responsable de ses repas s’arrête au marché ou à un comptoir pour un plat à emporter avant un « double ». L’alimentation étant un important aspect de pareil entretien, il est crucial de savoir qui en est responsable et dans quel contexte. Enfin, le ténor nouvellement père de jumeaux préfère louer un appartement à proximité de l’opéra à une chambre d’hôtel au lit simple, où les visites ne sont pas admises.

Bien que complaintes et coulisses forment souvent la paire et que se plaindre apparaisse comme un langage universel commun à toutes les nations, de telles habitudes ne sont d’aucune nécessité et peuvent être évitées. Certes, la vie est pleine de surprises, et tenter de prévoir l’imprévisible est le devoir et la réalité de tout·e artiste. Comédien·nes et acrobates doivent accepter que tout ne sera pas simple et n’ira pas toujours comme prévu. Que faire ? Si seulement il y avait une solution, un miraculeux conseil à offrir pour éviter déceptions et frustrations.

Un contrat qui engage

Lisez et relisez votre contrat. Assurez-vous qu’il soit extrêmement détaillé, au risque de vous sentir ridicule. Sinon, vous renoncez au droit de le contester. Si ce n’est pas mentionné, ça ne peut être espéré. Dresser une liste de priorités, personnelles et professionnelles, sauvera temps et énergie en négociations. Quelles sont les attentes de chaque partie ? Qu’est-ce qui importe, ou est essentiel ? De quoi votre bonheur quotidien dépend-il ? Quels points techniques et détails artistiques peuvent vous sauver ou vous ruiner ?

Chaque pays, chaque compagnie, chaque théâtre a sa culture, son propre code de conduite. Présumer que ce sera du pareil au même au théâtre local comme sur une tournée nationale, ou qu’Israëlien·nes et Italien·nes gèrent leur régie de la même manière, est une erreur pouvant être évitée par l’ajout de quelques clauses. Aussi superfétatoires puissent-elles paraître.

Le port d’une perruque, prévu en page 3, évitera à un acteur ou une actrice de littéralement s’arracher les cheveux si l’utilisation de coloration et de beaucoup trop de fixatif au quotidien risque d’entraîner des dommages capillaires pouvant lui faire regretter d’avoir accepté ce rôle. Plutôt que de tenir pour acquis « qu’ils me laisseront évidemment porter une perruque ressemblant à mes vrais cheveux », prendre les 30 secondes que nécessite l’ajout de ce point préviendra les conflits.

La confirmation écrite qu’un·e collègue accompagné·e d’un chien ne partagera pas la chambre d’hôtel d’un danseur ou d’une danseuse gravement allergique est synonyme d’un Noël sans larmoiements ni éternuements lors d’une comédie musicale des Fêtes. Le ou la propriétaire du chien voudra aussi s’assurer que les animaux sont admis où l’on jouera et dormira.

Qu’il s’agisse du nombre des représentations où des faux-cils doivent être portés, des frais de transport assumés par l’artiste ou par l’employeur, d’un véhicule assez grand pour la troupe et ses bagages surdimensionnés, d’un repas respectant des restrictions alimentaires, de l’option de présenter un extrait plutôt qu’un numéro intégral en conférence de presse… Et la liste ne s’arrête pas là !

Une preuve tangible de ce qui a été entendu est le meilleur moyen d’éviter les tensions et une mauvaise réputation. Même si l’entente est conclue entre ami·es. Surtout si elle est conclue entre ami·es ! « C’est ce que nous avions dit » ou « Ça semblait évident en réunion » n’a aucun poids face à un juge et ne règle aucun différend entre deux parties convaincues d’avoir raison.

Avant de signer

« Le temps, c’est de l’argent. » Architectes, avocat·es et artistes s’entendent sur ce point. Raison de plus pour s’assurer que vous serez justement rémunéré·e pour le vôtre. Certains lieux de diffusion prévoient plus de représentations durant le temps des Fêtes, sont friands des journées à deux spectacles, d’autres annulent les soirs de repos pour remplir plus de sièges durant cette période festive. Serez-vous payé·e à la journée ou à la représentation ? Un salaire journalier perd tout attrait quand « un spectacle par soir, 5 soirs par semaine » devient « 20 spectacles par semaine pour 3 semaines consécutives ».

Certain·es producteurs ou productrices rémunèrent différemment leurs employé·es pour les répétitions générales et les avant-premières, qui ont moins d’importance à leurs yeux. Apparitions télévisées, prestations promotionnelles en centre commercial, conférences de presse, etc. : ces engagements à des kilomètres de la scène connaissent également des variations salariales. Comme ils sont aussi exigeants, un montant exact ou le droit qu’a l’employeur de vous obliger à y prendre part gratuitement devrait donc être spécifié.

Une bonne vue d’ensemble est toutefois primordiale avant de refuser de monter sur scène « parce que ce n’est pas dans mon contrat » ou de décliner un rôle car pareilles performances ne paient pas suffisamment. Montrer ses talents à la télévision pour une fraction de son tarif régulier est un petit compromis à faire pour le jongleur ou la jongleuse à qui l’on garantit 100 représentations mensuelles pour au moins 3 mois.

Un nombre minimal de journées payées devrait apparaître dans tout contrat, peu importe les chiffres enregistrés à la billetterie ou l’importance d’un rôle. Des gens investissent dans les spectacles et les artistes, de la même manière que ceux-ci et celles-ci se donnent corps et âme. Vous dormirez mieux la nuit en sachant que les cachets seront couverts si la production connaissait une fin prématurée.

Enfin, négocier et rédiger un contrat est la profession de certaines personnes, et avoir recours à leurs services serait la chose à faire en présence de trop d’informations, de ces points encore flous à la quatrième lecture ou d’un employeur refusant catégoriquement l’ajout ou le retrait de certaines clauses. Exceller dans la peau d’un·e savant·e sur scène et faire valoir les droits de son interprète sont deux rôles complètement différents. Si les frais d’avocat·e peuvent parfois vous couper le souffle, pareille dépense pèse peu en regard d’un esprit tranquille pour ces quelques semaines… Ou quelques mois !

Relisez votre contrat et, si celui-ci soulève encore des questions, demandez à une personne compétente d’en faire autant. Ce ne sont pas des conditions d’utilisation d’iTunes ou de Netflix dont il s’agit ici. Il s’agit de votre carrière, de votre vie, et celles-ci méritent une lecture additionnelle et l’ajout d’ultimes points noir sur blanc !

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