Critiques

Festival international de la littérature : Un amour fou pour les mots

Depuis trois décennies, le Festival international de la littérature (FIL) propose au public de découvrir autrement les arts littéraires d’ici et d’ailleurs. Lectures, parcours, tables rondes, spectacles, cinéma et bien plus encore, le FIL célèbre les mots à travers divers styles de manifestations. À distance ou en présence, plus d’une quarantaine d’événements garnissent le calendrier de l’édition 2021 qui se tient du 24 septembre au 3 octobre 2021.

Je t’écris au milieu d’un bel orage

Cette production hybride, qui oscille entre le théâtre documentaire, la lecture publique et le drame biographique, est la parfaite illustration de ce qu’offre le FIL. Dany Boudreault a créé un collage d’extraits des correspondances entre la tragédienne Maria Casarès et l’auteur Albert Camus, dont il cosigne la mise en scène avec Maxime Carbonneau. Pendant 15 ans, les deux artistes qui entretenaient secrètement une relation amoureuse ont échangé des lettres. À partir de ces écrits, l’idéateur du projet a conçu un voyage intime auquel il convie spectateurs et spectatrices.

Aucune fioriture ne vient s’interposer entre l’auditoire et les interprètes. De subtils éclairages sur un large écran au fond de la scène font office de décor, complété par deux fauteuils, des micros sur pied, une guitare et un piano. La comédienne Macha Limonchik et le comédien et dramaturge Steve Gagnon servent de guides, assisté·es par le musicien Jesse Mac Cormack à l’habillage sonore.

Les extraits choisis forment un astucieux assemblage, une trame narrative qui expose ingénieusement la relation, le caractère et les démons de ces monstres sacrés. L’œuvre met en exergue le fort lien qui les unissait malgré les événements, les doutes et le spectre de la mort qui rôde et menace. On se laisse bercer par les mots de Casarès et Camus, par les voix chaudes et assurées de Limonchik et Gagnon. Les frontières et conventions n’existent pas dans ce spectacle où les interprètes lisent, animent, jouent un rôle et puis l’autre, mais aussi, font des apartés. Certains s’avèrent cocasses et aident le récit alors que d’autres sont maladroits, comme lorsqu’elle et il nous livrent leurs impressions personnelles. Cela brise un rythme bien enclenché qu’on peine ensuite à rattraper. La musique se colle en général assez bien au propos sauf pour la chanson larmoyante plaquée au beau milieu du périple, un entracte inutile. Je t’écris au milieu d’un bel orage est une œuvre intelligente qui, malgré un manque de fluidité, n’est certes pas diminuée d’intérêt.

Je t’écris au milieu d’un bel orage

Idée originale, choix et montage des textes (d’après Correspondance (1944-1959)
d’Albert Camus et Maria Casarès) : Dany Boudreault. Mise en scène : Dany Boudreault et Maxime Carbonneau. Musique : Jesse Mac Cormack. Assistance et régie : Dominique Cuerrier. Lumière : Anne-Marie Rodrigue-Lecours. Avec Steve Gagnon et Macha Limonchik. Une production du Festival international de la littérature présenté au Théâtre Outremont les 24 et 25 septembre 2021.

 Rêve et folie

Les mots frappent et résonnent en nous.  Puis, avant même que l’on puisse accuser les coups, la prose crépusculaire poursuit sa courbe tourmentée. On ne saurait affirmer ce qui fascine le plus de cette fable mortuaire entre la flamboyante interprétation de Sébastien Ricard, sinistre et terrifiant, l’habillage visuel et sonore ou l’œuvre expressionniste elle-même. Ce spectacle-performance, condensé d’émotions fortes et sombres, atteste que le collectif de créatrices et de créateurs, guidé·es par une Brigitte Haentjens inspirée, travaille ici en parfaite synergie. Tout concours à mettre en place l’ambiance angoissante idéale pour happer l’auditoire et lui servir ce texte lyrique du poète austro-hongrois Georg Trakl.

Sur de larges rideaux perlés qui se balancent doucement, des vidéos de boisés et de forêts denses sont projetées et noir et en gris. Seul sur les planches, Sébastien Ricard semble flotter à travers ce décor mouvant. Le regard se pose sur l’acteur qui joue avec tout son corps, mais aussi sur les images qui se transforment lentement en véritables tableaux métaphysiques. On y devine, parmi les ombres et les formes abstraites, les diverses menaces que la prose fait naître dans les esprits. Si le texte de Trakl s’abandonne au style et à l’allégorie, la mise en scène articule le récit de sa fine progression, ce qui donne un résultat transcendant. D’une durée de 35 minutes et suivi d’une discussion avec les artistes, Rêve et folie propose une soirée de poésie absolument réussie.

Rêve et folie

Texte : Georg Trakl. Mise en scène : Brigitte Haentjens. Assistance mise en scène : Vanessa Beaupré. Vidéo : Karl Lemieux. Environnement sonore : Roger Tellier-Craig. Lumières : Martin Sirois : Conception des costumes : Julie Charland. Coupe et confection : Yso. Maquillage et coiffure : Angelo Barsetti. Dramaturgie : Amélie Dumoulin. Mise en espace sonore : Frédéric Auger. Intégration vidéo : Dominique Hawry. Effets spéciaux vidéo : Patrick Bergeron. Montage vidéo : Guillaume Marin. Collaboration au mouvement : Anne-Marie Jourdenais. Avec Sébastien Ricard. Une production de Sibyllines, en collaboration avec le Festival international de la littérature (FIL) et le Théâtre français du Centre National des Arts (CNA), présentée, à l’occasion du FIL, à la Cinquième salle de la Place des Arts jusqu’au 27 septembre 2021, puis au CNA les 27 et 28 octobre 2021.

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