Critiques

Camping : Une escapade en été

Installé presque tout le mois de décembre au théâtre Diamant, Camping, du Théâtre à Tempo, présente un été sur un terrain de camping ponctué d’acrobaties, de poésie, de clownerie, baignant dans un environnement musical vif et inventif. Une proposition séduisante, avec des éléments forts, mais qui aurait gagné à être resserrée.

Il est rare de voir une si grande distribution et tant de déploiement dans un spectacle jeunesse, de cirque qui plus est, à Québec. Le Théâtre à Tempo, qui a pignon sur la rue Royale, a visiblement trouvé chaussure à son pied avec le Diamant, dont l’apport à l’offre de spectacles dans la capitale devient de plus en plus concret.

Emmanuel Burriel

La représentation de plus de deux heures commence en lion, en intégrant les moments de théâtre et les prouesses acrobatiques dans une trame narrative qui déjoue l’enchaînement traditionnel des numéros de cirque. Tous les personnages de ce camping atypique et pourtant familier sont présentés dans une chorégraphie fluide : un responsable de site capable d’effectuer des sauts périlleux, un hippie contrebassiste, un couple tonique dans une roulotte coquette, une paire de jongleurs-danseurs en planche à roulettes, une jeune randonneuse rêveuse, un duo d’aîné·es dégourdi·es, un postier à bicyclette à la mine impayable…

Tout ce beau monde danse beaucoup, au son d’un trio accordéon, contrebasse, percussions, auquel viendront se joindre un violon, d’autres percussions, un clavier. Chacun·e vient faire son tour pour montrer ses talents, et ceux de plusieurs interprètes sont diablement variés, ce qui est une grande force du spectacle. La mise en scène de Geneviève Kérouac est pleine de clins d’œil et de raccords amusants qui tissent une toile conviviale et dynamique. Chaque œillade, chaque mimique est appuyée juste ce qu’il faut, au bon moment.

Les numéros de groupe sont fort réussis et bien menés. On assiste à un match de volley-ball complètement fou de justesse et de détails, où acrobaties, jeu et mouvements sont coordonnés au quart de seconde. La séquence mêlant jonglerie, planche à roulettes et danse qui se termine de façon étonnante et la prestation de vélo, acrobatique et théâtrale à souhait, font aussi partie des moments forts.

Faire son de tout bois

Le bien nommé Théâtre à Tempo réussit à développer un environnement sonore amusant et riche alors qu’il y a très peu de paroles. Les jeunes enfants installé·es dans les chaises adirondack devant la scène (un ajout scénographique complété par du faux gazon, des fleurs et du mobilier guilleret qui contribue grandement à l’ambiance) y réagissent avec enthousiasme, répétant les interjections et les intonations des interprètes. Les raquettes de tennis deviennent des tambourins, et de la musique plus urbaine, voire hip-hop, s’intègre naturellement au tango et au swing. Un moment autour du feu se transforme en numéro de percussion corporelle visant à chasser les moustiques indésirables.

Emmanuel Burriel

Nous étions, jusque là, conquis·es. Mais un certain ralentissement s’opère avant l’entracte avec un concours de démonstration de force sur du petit bois, un numéro de roue Cyr romantique touchant, mais longuet, une chicane de couple et une chorégraphie aérienne de sangles exécutée par un personnage chargé de frustration et de dépit, bien que techniquement impressionnante.

On poursuit dans cette veine au retour de l’entracte. Les scènes s’étirent, les moments de jonglerie si dynamiques au premier tiers du spectacle semblent repris avec moins de rythme et sans les interactions et les riches détails de mise en scène du début. La ligne narrative du « macho » mis à la porte qui veut reconquérir sa belle manque de subtilité. Celle de l’homme mûr qui se remémore son amour perdu nous entraîne hors du camping, dans un cabaret des années 1920, pour revoir sa vie en accéléré. C’est bien livré, mais c’est malheureusement une digression qui a peu de pertinence par rapport à l’ensemble de la proposition.

On retrouve heureusement la fougueuse énergie de la troupe dans une course au hot-dog pleine de moments comiques et d’acrobaties et dans un numéro de bascule sur fond de party de piscine. Chorégraphier et exécuter tout cela, en utilisant efficacement les éléments de la scénographie d’Hugues Bernachez, a dû demander un travail qui force l’admiration.

Camping

Conseillers artistiques : Frédéric Lebrasseur et Olivier Forest. Mise en scène et idée originale : Geneviève Kérouac.  Scénographie et accessoires : Hugues Bernatchez et Geneviève Tremblay. Costumes : Huguette Lauzé. Éclairages : Émie Durette. Sonorisation : Jacob Villeneuve. Direction technique : Mathieu Hudon. Conception du matériel acrobatique : Frédéric Gérard. Direction de production : Andrée-Josée Milot. Avec Colin André-Heriaud, Aaron Dewitt, Arielle Lauzon, Florian Grobety, Nate Armour, Publio Alberto Rabago, Thomas Blacharz, Érika Hagen-Veilleux, Patrick Ouellet et Marion Bayle. Une production du Théâtre à Tempo, présentée au Diamant jusqu’au 30 décembre.

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