Critiques

Cadeau : ce qui me reste de toi : Petits deuils et grandes questions

La nouvelle création du Théâtre des Confettis a tout pour réenchanter le monde et inspirer les jeunes spectateurs et spectatrices à se l’approprier. Grâce aux mots agiles de Marcelle Dubois, à la mise en scène lumineuse de Véronique Côté et à l’interprétation sensible et drolatique de Sarah Villeneuve-Desjardins et Jean-Philippe Côté, ce spectacle engageant et engagé touche autant le cœur que l’esprit.

En attendant de pouvoir investir ses nouvelles installations à la Caserne Dalhousie, le Théâtre jeunesse Les Gros Becs est temporairement relocalisé au centre commercial Fleur de Lys, situé en bordure d’une autoroute et du centre Vidéotron, mais l’équipe a trouvé le moyen de rendre le local fonctionnel et accueillant. Une fois installé·es devant le cadre de scène noir habillé de velours noir, on oublie complètement les magasins et le bitume environnants. Sur scène, il y a des formes géométriques, des tissus doux, des rouleaux de papier colorés et des vases remplis de frites en mousse et de feuillage. Un nuage est suspendu à un mât. Une corde à linge surplombe une poutre inclinée. Une boîte aux lettres et des paquets emballés dans des tissus attendent leur heure à l’avant-scène. Ce fertile fouillis est un terrain de jeu pour les explorateurs et exploratrices en apprentissage. On a l’agréable impression de se trouver à l’intérieur de la tête d’un·e enfant heureux ou heureuse, où fourmillent les histoires, les émotions et les idées.

Taquineries, jeux et confidences établissent rapidement une complicité entre les personnages incarnés par Sarah Villeneuve-Desjardins et Jean-Philippe Côté. Elle porte des shorts et des espadrilles orangées et se coiffe d’une paire de « bobettes » rayées. Il a une casquette à palette levée et un ensemble en coton ouaté orné de cactus rouges – ou de pattes de poulet – tout ce qu’il y a de plus cool. Tous deux ont parfaitement intégré la gestuelle enfantine : sautillements, maladresses, poses comiques, airs concentrés et mimiques impayables qui sont le reflet immédiat de leurs émotions. Même malgré le masque que Jean-Philippe enfile chaque fois qu’il a à s’approcher de sa complice (la COVID court dans la communauté théâtrale de Québec, où les annulations se multiplient), on ne perd pas une réplique ni un faciès.

Sens en éveil

Les fameux « cadeaux » du titre, ce sont les mots, les concepts, qu’on se fait offrir et qui, peu à peu, aiguisent notre compréhension et nous donnent une meilleure prise sur ce qui nous entoure. Le texte est livré par bribes, condensées et vives, entre les affrontements avec les épées en mousse, les exercices d’équilibre, les dictées improvisées et la création d’une banderole prônant la protection de l’environnement. On y apprend ce qu’est du kimchi, qu’une main amicale sur une épaule peut ramener la joie à celui ou à celle qui a reçu des insultes, qu’il faut parfois composer avec une grand-mère qui ne nous aime pas beaucoup, que celui ou celle qui rêve d’avoir un chien récolte souvent un hamster, et que les deuils se font plus doucement lorsqu’on possède une bonne mémoire. Bienveillant et rigolo, le texte évoque avec justesse tous les courants qui traversent la vie des enfants, bien au-delà des clichés et des évidences.

La mise en scène et l’interprétation des comédien·nes sont inventives à souhait. Juché·es sur des caisses de lait, les deux acolytes jouent les adultes qui les entourent. Allongé·es sur des coussins ou gambadant tel·les des gazelles, il et elle parlent de leurs ami·es, de leur famille, de leurs découvertes sur l’espace, les animaux. Des sujets plus complexes, comme le colonialisme, l’intimidation et le deuil sont aussi évoqués, de manière sensible et sensée. Pluie de confettis, jolis tissus suspendus et rigoles de papier de toilette représentant la mer rappellent qu’on peut faire du beau avec des éléments simples.

La trame audio conçue par Josué Beaucage inclut de nombreux sons d’instruments à cordes qui enveloppent la pièce dans une ambiance sautillante et feutrée. Lorsque Jean-Philippe Côté utilise un microphone pour déformer le mot « betterave » à la manière d’un chanteur de musique métal, on rigole ferme. Les comédien·nes produisent aussi plusieurs bruits avec leur bouche, voire des mots avec leurs mains, dans une scène sur le langage des signes où, on l’avoue, on n’a pas eu l’impression de comprendre grand-chose. Outre ce (très) léger bémol, l’expérience théâtrale est un vrai baume sur l’âme.

Cadeau : ce qui me reste de toi

Texte : Marcelle Dubois. Mise en scène : Véronique Côté. Environnement sonore et musique : Josué Beaucage. Éclairages : Christian Fontaine. Scénographie : Erica Schmitz. Avec Sarah Villeneuve-Desjardins et Jean-Philippe Côté. Une production du Théâtre des Confettis, présentée au Théâtre jeunesse Les Gros Becs jusqu’au 7 avril 2022.

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