Critiques

Le Fils de sa mère : Chaos intime

Julien Storini interprète partageant

Julien Storini, interprète partageant sa vie entre la France et le Québec, présente jusqu’au 14 avril une performance solo ludique et sensible dans la toute petite salle intime du Théâtre Prospero, en collaboration avec sa complice Louise Dupuis, avec qui il codirige La Très Neuve Compagnie. Du haut de sa quarantaine, il se révèle d’abord en adulte, mais ce n’est que pour mieux nous guider dans ce qu’il reste de son enfance : les souvenirs, les gestes répétés et les dessins qui lui servaient alors de moyen d’expression. Dès ses premières minutes sur scène, tandis que les lumières de la salle sont encore allumées, Storini fixe les spectateurs et les spectatrices un·e à un·e dans les yeux : c’est en partenariat avec elles et eux que l’histoire se déploie, c’est par la symbiose qu’elle se dévoile, sans pudeur ni quatrième mur.

« Ma mère m’appelle dix fois par jour », lance-t-il pour introduire la protagoniste absente. C’est effectivement au son des multiples messages vocaux laissés par ses parents sur son répondeur, comme une trace de leur intense amour et de leur inquiétante dépendance, que l’acteur se meut dans l’espace, en caleçon blanc. À la fois homme et garçon, il valse entre une attitude naïve, moments où les souvenirs jaillissent, et une posture de jugement dans laquelle le discours de sa famille est analysé, replacé dans son contexte. Accusant avec son corps les cris de désespoir de son père et imitant le ton frénétique et compulsif des messages de sa mère, Storini réagit aux propos de ses parents sans créer de continuité entre les diverses scènes. Les véritables enjeux du spectacle sont donc difficiles à cerner…

Julien Storini interprète partageantLouise Dupuis

La bande-son étant de piètre qualité, vu l’origine des messages enregistrés, ce qui est dit par les parents arrive à nos oreilles de manière hachurée et peu fluide. C’est ainsi Storini qui devient la réelle matière première de la performance, exposant son point de vue de la situation familiale, son jugement sur les comportements de ses parents, mais aussi nous confiant son trac et le plaisir qu’il a à jouer. La figure maternelle est, de son côté, difficile à définir. Elle fait rire avec ses expressions loufoques et son ton alarmiste, mais elle n’est pas racontée avec les nuances et la complexité que le comédien accorde à son personnage. 

Humour gentil

Si ce n’est pas par les archives et le travail documentaire qu’il nous captive, le comédien, humble et charismatique, se rattrape avec maîtrise et sensibilité dans ces moments précieux où il s’adresse directement au public. Entre confidences, encouragements et joutes de Twister, nous sommes amené·es à faire partie de son discours, jouant malgré nous le rôle de la mère qui écoute et accueille. En moins d’une heure, le performeur arrive à se créer une nouvelle famille, constituée d’inconnu·es, certes, mais dont l’implication dans son récit est beaucoup plus incarnée que celle de ses parents, à l’autre bout du téléphone. Un spectateur ou une spectatrice l’aide à réciter un poème, un·e autre fait circuler un message, question que tout le public l’ait tenu dans ses mains. La petitesse du lieu et la sobriété du décor portent à cette complicité entre salle et scène, et à cette intimité touchante, provoquée par le rire et la confiance. 

Le spectacle se trouve donc à mi-chemin entre le récit familial, le stand-up comique et la performance. Le tout est orchestré d’une manière un peu trop chaotique; les différents passages se liant maladroitement les uns aux autres, ce qui rend la tâche d’interprétation plus complexe. Nous étions averti·es dès le début : « Si vous ne comprenez pas ce qui se passe, sachez que moi non plus. » Mais l’incongru a tout de même sa propre logique, et dans le cas du Fils de sa mère, elle est parfois difficile à cerner.    

Le Fils de sa mère

Texte : Julien Storini et Louise Dupuis. Mise en scène et scénographie : Louise Dupuis. Lumières : Albane Augnacs. Son : Julien Fezans. Collaboration artistique : François Bernier. Scénographie : Élodie Dauguet. Régie : Catherine Fournier-Poirier. Avec Julien Storini et les voix d’Alcide et Micheline Storini. Une production de La Très Neuve Compagnie, présentée à la salle intime du Théâtre Prospero jusqu’au 14 avril 2022.

Un commentaire

  1. MAXIME COURVAL dit :

    C’est un peu lourd le un, une et on peut tomber vite dans l’absurde. Maxime Courval

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