Critiques

Festival St-Ambroise Fringe de Montréal : La relève démasquée

Festival Fringe renaît programmation

Le Festival Fringe renaît avec une programmation amincie et un déploiement plus modeste, mais le même esprit d’audace et de risque. Le plus démocratique des festivals de théâtre montréalais offre des trouvailles et, surtout, des plateformes pour des membres de la relève depuis deux ans privé·es de tremplins pour plonger dans la vie professionnelle. Bonne nouvelle : la pandémie aura été un terreau fertile pour de nouvelles voix qui, on l’espère, ne resteront pas confinées à l’ombre.

Ma vie en pénurie : À l’école de la pandémie

Connaissez-vous Joëlle Thouin ? Tous les espoirs sont permis, pour celle qui signe le texte de Ma vie en pénurie et tient le rôle principal de cette pièce comico-absurde – et incroyablement réaliste – sur les hauts et les bas d’une suppléante au secondaire, en temps de pandémie et de pénurie de main-d’œuvre.

Écriture futée, regard franc et incisif sur les failles de l’éducation, forte présence sur scène, mise en scène rythmée, propos pertinents et actuels. Tout cela, en évitant toute lourdeur ou didactisme barbant… Ma vie en pénurie est à la fois une critique sociale et un récit autobiographique sur le destin non prémédité d’une comédienne fraîchement sortie de l’école, qui se destinait à une carrière d’actrice. Pas de chance : une pandémie mondiale frappe sur la planète, elle doit se réinventer en suppléante au secondaire.

En 55 minutes qui défilent sans temps mort, Ma vie en pénurie nous captive totalement avec ses personnages truculents qui, on s’en doute bien, sont inspirés des collègues et élèves que Thouin a côtoyé·es pendant ces mois où elle a enseigné à des étudiant·es dissipé·es qui étaient à peine plus jeunes qu’elles.

Des ados souffrant de troubles anxieux et autres maux de notre époque, aux complices fumeurs et fumeuses de marijuana du restaurant de sushis où elle continue de travailler, du directeur d’école qui la propulse sans formation dans la cage aux lion·nes, à l’équipe responsable d’une audition qui lui a encore glissée entre les doigts « parce que le rôle a été donné à Marie-Pier Morin »… Joëlle Thouin ne se prive d’aucun plaisir d’observation en retraçant ses aventures professionnelles en dents de scie en temps de pandémie. Ce faisant, elle s’entoure d’une très belle assemblée de comédien·nes aussi doué·es qu’elle, qui se métamorphosent à la vitesse de l’éclair pour entrer dans la peau d’une série de personnages.

Sorte de rencontre entre l’émission Virginie et le film Bad Teacher, ces 55 minutes dans l’univers de Joëlle et sa bande nous laissent avec un large sourire, le sentiment d’avoir assisté à la naissance de nouveaux talents et surtout l’espoir que cette pièce puisse déployer ses ailes de façon plus élaborée, au bénéfice du public d’une scène majeure du circuit montréalais.

Ma vie en pénurie

Texte : Joëlle Thouin. Mise en scène : création collective. Concepteurs et conceptrices : Carl-Éric Cardinal Buissière et Marianne Laurin. Avec Frédéric Desormiers, Marie-Ève Grégoire, Myriam Pellerin et Kevin Tremblay. Une production des Associées Inc., présentée à l’occasion du Festival St-Ambroise Fringe au Studio Jean-Valcourt du Conservatoire jusqu’au 19 juin 2022.

 

Festival Fringe renaît programmationKathleen Aubert

Le Fait français en Canada : Des chiffres et des lettres

En proposant une création solo sur la situation du français d’un océan à l’autre, Kathleen Aubert fait preuve d’ambition et, surtout, d’une mission clairement énoncée. Rencontre entre le théâtre, le documentaire et la conférence, le spectacle de cette comédienne au prénom à consonance anglophone, qui connaît plusieurs recoins du Canada pour y avoir fait de la tournée, entend faire le tour de la question avec aplomb et autorité.

S’appuyant sur une bonne recherche documentaire, sur une foule de chiffres et de statistiques et même sur de petits découpages en papier et en feutre qui synthétisent visuellement ses conclusions, Kathleen Aubert prouve qu’elle a fait ses devoirs. Le hic, c’est qu’elle se cache un peu trop derrière les données, faits et extraits d’entrevues, plutôt que de raconter son propre vécu – les conversations qu’elle a eues, les gens qu’elle a rencontrés, les incompréhensions, les malentendus – autour de l’expérience francophone sur ce territoire où la question de la langue est si sensible.

Si elle nous entretient longuement de son amour pour la langue française dans son entrée en matière, cette déclaration s’étiole rapidement au profit de chiffres, graphiques et preuves qui, finalement, ne disent pas grand-chose à propos des citoyen·nes qui gardent en vie la culture francophone.

Le fait français en Canada

Texte, mise en scène, scénographie et interprétation : Kathleen Aubert. Une production de Kathleen Aubert, présentée à l’occasion du Festival St-Ambroise Fringe au Théâtre MainLine Theatre jusqu’au 19 juin 2022.

 

Festival Fringe renaît programmationToxique Trottoir

Arbracadabra : D’arbres en arbres

Une curiosité à découvrir, pourvu que vous ne craigniez pas les moustiques. La compagnie Toxique Trottoir investit le seuil du Mont-Royal avec une pièce enchanteresse, comique et poétique sur la vie mystérieuse des arbres. Le théâtre masqué rencontre la marionnette dans cette mise en scène déambulatoire de Robert Drouin d’un texte de Simon Boudreault, qui sollicite l’engagement des spectateurs et spectatrices à l’endroit des enjeux climatiques. L’aspect visuel et poétique est particulièrement réussi, dans ces 75 minutes d’excursion théâtrale à la brunante, qui s’accomplit dans un esprit ludique et de belle convivialité.

Arbracadabra

Texte : Simon Boudreault. Mise en scène : Robert Drouin. Direction artistique : Muriel de Zangroniz. Costumes et accessoires : Barbara Ménard. Scénographie : Michel Gauthier. Marionnettes : Pavla Mano. Éclairages : Stéphane Ménigot. Avec Xavier Malo, Claude Tremblay, Murel de Zangroniz, Zed Cézard, Catherine Viens. Une production de Toxique Trottoir, présentée à l’occasion du Festival Saint-Ambroise Fringe jusqu’au 18 juin 2022. Point de rencontre : Monument George- Étienne Cartier du Parc Jeanne-Mance.

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