Critiques

Victor et le cadeau des songes : Périple fantastique vers l’équilibre

jeune homme surdimensionné dort

Un jeune homme – surdimensionné – dort, la tête appuyée sur une pile de livres. C’est ce que voient tout d’abord les spectatrices et spectateurs, petit·es et grand·es, venu·es découvrir la toute dernière création du Théâtre de la Dame de cœur. Sommes-nous seuls dans l’univers ?, Les Recettes de Grand-mère, L’Art de ralentir, et surtout, Dompter son hamster, constituent le cadeau d’anniversaire offert par Grand-mamie à son petit-fils pour ses 25 ans et inspireront les affabulations oniriques de ce dernier. Au cours de celles-ci, le hamster s’agitant dans l’esprit de Victor, inspiré du Pensouillard du docteur Serge Marquis, ouvrage dit de décroissance personnelle, s’évertuera à alimenter ses insécurités et à le pousser toujours davantage vers la performance à outrance. S’y opposera la sage figure de l’aïeule, s’efforçant à lui démontrer le bien-fondé d’une vie équilibrée, nourrie de loisirs, de périodes de repos et de relations humaines.

S’il faut admettre que Victor et le cadeau des songes n’a pas la subtilité d’autres productions de la Dame de cœur, dont la précédente, Le Grand Bric-à-brac, que son propos est explicite, voire un brin didactique, le spectacle compense en faisant la part belle à la fantaisie, territoire intrinsèquement lié à celui du rêve. Une fois les prémisses de l’histoire posées – une amorce quelque peu fade –, la magie explose et se décline en une trame foisonnante de couleurs, de formes, de musique, de lumières, de fumée et de fluorescence. Dindons de la farce s’étant vu promettre des avantages professionnels qui ne s’avéreront pas, Victor et son rongeur interne s’affronteront dans un combat non de coqs, mais de dindes, arborant de superbes costumes de volatiles aux pattes impressionnantes de réalisme et au plumage luxuriant.

Place à l’émerveillement

S’inaugure ainsi un déferlement d’éléments merveilleux, prenant de toutes parts le public d’assaut, que ce soit sur la scène circulaire qui entoure la salle, au centre de cette dernière, soit au milieu des spectateurs et spectatrices, dans l’espace aérien situé entre leurs têtes et le toit, et même depuis le sol, d’où, nouveauté cette année, émergent des suppléments de décor féeriques dont nous préserverons l’enchantement en en taisant la nature précise. Funambule à l’envers, immense escargot ainsi que soucoupe volante et extra-terrestre – deux composantes qui n’ont, en vérité, de lien narratif avec l’ensemble que le livre abordant ce sujet sur lequel le héros sommeille – en mettent plein la vue. 

Il convient de saluer la qualité exceptionnelle des créations marionnettiques et scénographiques qui donnent vie au récit. La paire de pantoufles géantes qui repose sur la scène et qui subira une transformation sidérante dont, encore une fois, nous ne dirons rien qui puisse éroder l’ébaubissement qu’elle suscite, reproduit de mystifiante façon la texture, la forme et la mollesse de chaussons de laine traditionnels, affectueusement tricotés. 

Somme toute, la créativité et l’adresse déployées par l’équipe du Théâtre de la Dame de cœur laissent pantois·e et font de Victor et le cadeau des songes une escale fantasmagorique à nulle autre pareille.

Victor et le cadeau des songes

Direction artistique et mise en scène : Richard Blackburn. Scénarisation : Richard Blackburn, Tommy Bourassa, Danny Carbonneau, René Charbonneau, Frédéric Nadeau. Élise Lessard-Mercier et Carl Veilleux. Dialogues : Marilyn Perreault. Dramaturgie : Maryse Pelletier. Musique : Tristan Alantar. Scénographie et marionnettes : Tommy Bourassa. Éclairages : Michel Saint-Amand. Direction du jeu marionnettique, assistance à la mise en scène et direction de la formation marionnettique : Sylvain Gagnon. Son : Studio O-Son et Michaël Binette. Manipulation : Mathieu Aumont, Danny Carbonneau, Béatrice Deschênes-Gagnon, Catherine Dicaire, Élise Lessard-Mercier, Jod Léveillé-Bernard, Frédéric Nadeau, Myranda Plourde et Carl Veilleux. Voix : Mathieu Aumont, Alain Gendreau, Sylvie Legault, Myranda Plourde, Marc St-Martin et Carl Veilleux. Une production du Théâtre de la Dame de cœur, présentée au Théâtre de la Dame de cœur jusqu’au 21 août 2022.

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