Critiques

Double Murder : La comédie humaine d’Hofesh Shechter

chorégraphies relèvent jaillissement Explosions

Ses chorégraphies relèvent du jaillissement. Explosions d’énergie brute, partitions tonitruantes, effusions de tableaux contrastés, entre l’amour et la mort. Pour sa cinquième participation à la programmation de Danse Danse, Hofesh Shechter revient en force avec Double Murder, deux pièces présentées ensemble. D’abord Clowns, créée en 2016 et plutôt sidérante, suivie d’un nouvel opus intitulé The Fix (« la réparation »), un deuxième chapitre permettant de faire retomber la pression et de laisser partir le public sur une note de douceur. 

Quasiment oubliée, la pandémie est vite revenue faire un tour dès l’introduction de la soirée, quand la salle fut invitée à hurler sans masque « Hip hip hip hourra ! Hip hip hip hourra ! » pour célébrer le retour sur scène des artistes, un retour pourtant amorcé depuis belle lurette. Il s’agissait peut-être plus de réveiller l’énergie collective avant de se laisser (trans)porter par la succession de tableaux pouvant procurer une sensation d’électrochoc.  

Il faut dire qu’il y a, dans les créations d’Hofesh Shechter, un côté explosif qui bombarde à bout portant et que l’on retrouve dans Clowns, sous la forme d’une mascarade où les décapitations mimées succèdent à des scènes de danses folkloriques. En costumes d’époque, collerettes et chemises à jabot, les interprètes rejouent un champ de bataille avec l’enthousiasme révolutionnaire d’un tableau d’Eugène Delacroix. Rarement aura-t-on vu des danseurs et des danseuses aussi expressifs, expressives et visiblement investi·es de tout leur être sur un plateau !

Le collectif apparaît dans un clair-obscur tel un bataillon en marche, prêt à en découdre sous des guirlandes de bal masqué. Puis, ni vu ni connu, la mort s’infiltre sur le plateau comme une bonne blague que l’on rejoue à différentes sauces, tantôt à l’épée, au couteau ou au pistolet. Les victimes deviennent les bourreaux et, quand la lumière tombe, la tribu se reforme. Les bras tendus vers le ciel, la joie explose dans une danse de fin du monde époustouflante. Hofesh Shechter tire le plus grand bénéfice des éclairages tamisées et des brusques passages au noir qui se révèlent des alliés essentiels dans ces projections de l’imagination auxquelles il donne forme. 

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Dose de bienveillance

En deuxième partie de programme, The Fix se présente tel le contrepoint tout en douceur de la fureur de Clowns. La musique percussive (le chorégraphe, percussionniste de formation, a créé lui-même la trame sonore du spectacle) laisse place à un bourdonnement organique. Lumières chaudes, pas de danse étouffés par des bas, gestes arrondis et caressants… La menace, matérialisée par le bruit en crescendo d’un train en marche, ne semble avoir aucune prise. Face à elle, les corps se figent et la laissent passer. Plus tard, on se croirait presque autour d’un feu de camp, à écouter un guitariste envoûter son audience en oubliant que son instrument n’est qu’un vulgaire bâton. Les étreintes finales avec le public viendront sceller une soirée où le charme d’Hofesh Shechter et de sa compagnie a, une fois de plus, opéré.     

Les cinéphiles pourront prolonger le plaisir en visionnant le dernier film de Cédric Klapisch, En corps, une incursion dans les répétitions de la Hofesch Shechter Company, qui montre bien comment la fragilité peut être érigée en force.  

Double Murder

Chorégraphie et musique : Hofesh Shechter.  Conception lumières : Tom Visser, Lee Curran et Richard Godin. Costumes : Peter Todd et Chrishna Cunningham.  Une production de la Hofesh Schter Company, de Sadler’s Wells, du Théâtre de la Ville Paris, de Brighton Dome & Brighton Festival et des Théâtres de la Ville de Luxembourg, présentée au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts jusqu’au 5 novembre 2022.

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