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The Loony Bin : Les grands succès de Ronnie Burkett

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The Loony Bin, asile psychiatrique en français, marque le retour à Montréal du maître ès marionnettisme Ronnie Burkett. Présentée dans le cadre de la biennale CINARS à la Maison internationale des arts de la marionnette (MIAM), cette pièce intime de 75 minutes sert avant tout de vitrine aux personnages fétiches du grand artiste torontois, qui a pensé et créé ce projet pendant la pandémie. À la MIAM, il ne s’agit que des toutes premières représentations de ce spectacle encore au stade exploratoire.

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C’est aussi, pour lui, la réappropriation de la marionnette à gaine, plutôt qu’à fils, une technique qu’il pratiquait au tout début de sa carrière. Le personnage principal de cette courte forme destinée à un auditoire adulte est Vealma Abattoir, une vache inspirée de la comptine anglaise Hey Diddle Diddle dont le haut fait d’armes est d’avoir sauté par-dessus la lune. Le mince fil narratif de ce Loony Bin place Vealma au cœur d’une malheureuse déroute financière dont le méchant banquier Wank de la Spank Bank tire les fils – jeu de mots volontaire. 

Le récit sert, en fait, de prétexte à la présentation sur la scène d’un petit castelet accueillant diverses marionnettes qu’un public averti reconnaîtra : l’adorable fée Schnitzel, l’actrice has been Esmé Massengill, la vieille dame des prairies canadiennes, Edna Rural, et la morte vivante mal aimée, Dead Mona, qui fait l’amour à la lune toutes les nuits.

Ronnie Burkett improvise une bonne partie du spectacle en faisant apparaître et disparaître lesdits personnages. Plusieurs concluent leur présence sur scène par une chanson, mais très peu ont à voir avec les déboires de Vealma Abattoir. On oublie toutefois très vite cette histoire bancale en raison des grands talents d’improvisateur de Ronnie Burkett, seul aux commandes. 

Ironie

Sa connaissance sur le bout des doigts de la personnalité de ses marionnettes et sa grande technique vocale lui permettent de changer de peau rapidement pour chanter, notamment, et offrir des dialogues et des monologues où l’ironie triomphe. L’artiste en profite également pour se rire d’événements de l’actualité impliquant des figures publiques comme Donald Trump et Pierre Poilievre ou encore les aléas de la pandémie, et pousser, à d’autres moments, des blagues grivoises bien relevées. On rit énormément.

Le marionnettiste aborde, par la bande, l’art et la création. Un moment touchant survient d’ailleurs quand son personnage favori, Schnitzel, explique qu’il préfère être une marionnette à gaine qu’à fils puisqu’il se sent ainsi en contact avec son manipulateur et, dans un théâtre de poche ne pouvant accueillir que 50 personnes, plus proche du public. Ronnie Burkett demande l’aide de spectateurs ou de spectatrices à deux reprises pour pouvoir changer le costume de Vealma Abattoir, des intermèdes longuets s’avérant futiles à nos yeux. 

Le grand artiste canadien plusieurs fois primé fait dire à l’une de ses marionnettes qu’il met en ce moment la dernière main à un autre spectacle, Little Willy, son adaptation du Roméo et Juliette de Shakespeare, qui sera présentée en 2023 au Théâtre Centaur. Après plus de 40 ans de carrière, Ronnie Burkett n’a donc pas jeté l’éponge ni la marionnette. Il aime Montréal et la ville le lui rend bien.

The Loony Bin

Marionnettes et scénographie : Ronnie Burkett. Costumes : Kim Crossley. Assistance en studio : Alexander Mantia. Construction de la scène : Christian Bellsmith. Draperies de scène : Sondra Richter. Une production du Ronnie Burkett Theatre of Marionnettes, présentée par Casteliers à la MIAM (Maison internationale des arts de la marionnette) jusqu’au 12 novembre 2022.

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