Critiques

Dirty Laundry : Montréal complètement drag

© Jean-François Savaria

« Je vous avertis toute la gang, ce n’est pas une heure du conte, même si on sait que c’est ma spécialité. Ce soir, c’est 18 ans et plus. Détendez-vous pis soyez pas trop choqué·es, c’est rien qu’un petit verre de vin peut pas vous faire oublier. Pis si vous êtes fins et fines pis que vous participez au tirage, vous allez voir qu’il y a un super prix à gagner ce soir! » Après cette entrée en scène complètement authentique de la désormais célèbre Barbada, la soirée était lancée. Nudité, tours de magie, acrobaties au cerceau, couleurs néons et numéros éclatés étaient au rendez-vous pour la première médiatique de Dirty Laundry, sous la direction de la drag queen australienne Fez Faanana et exécuté par son ensemble Briefs Factory International.

Laver son linge sale en famille. Le thème est simple : aucun tabou et beaucoup de rires. Dès l’arrivée du public dans la salle de l’Espace Saint-Denis, des membres du groupe se promenaient avec des paniers à linge servant à amasser nos confessions les plus croustillantes sur des morceaux de papier qui seraient lus sur scène par Barbada et Fez Faanana (mieux connue sous le nom de Shivanana) entre les deux parties du spectacle.

« Je me suis donné le défi de coucher avec des gars de tous les signes astrologiques, et j’ai réussi. Je ne porte pas de sous-vêtements ce soir. », a écrit une personne parmi l’assistance.

© Jean-François Savaria

Toutes les confessions étaient permises et même encouragées. N’allez cependant pas croire que le spectacle n’était que superficialité et légèreté. Le public a pu découvrir avec bonheur l’artiste engagé·e qu’est Fez Faanana. Celle-ci a d’ailleurs tenu à souligner que la représentation se déroulait sur un territoire autochtone non cédé et Fez a également fait une allocution percutante sur le droit des personnes LGBTQ+ aux États-Unis.

Pendant que des numéros impressionnants d’acrobaties au cerceau ou encore de chorégraphies à la fois rigolotes et burlesques s’enchaînaient, le public attendait avec impatience de connaître le gagnant ou la gagnante du prix annoncé par Barbada en début de soirée. Lorsqu’un homme d’environ 65 ans qui accompagnait son épouse et sa fille, a été appelé sur scène, il ne s’attendait certainement pas à recevoir un lapdance servi par quatre acrobates musclés, une danse que certain·es pourraient qualifier de digne des meilleures années du club 281.

Avec ce spectacle, la troupe australienne a réussi à créer un univers déjanté qui nous promène du Cabaret Mado au 281 et dans une buanderie, mais surtout dans un espace dénué de tout préjugé où il fait bon oublier nos différences.

© Jean-François Savaria

Dirty Laundry

Direction : Fez Faanana et l’ensemble Briefs Factory International. Membres : Mark Winmill, Thomas Worrell, Louis Biggs, Brett Rosengreen, Dale Woodbridge Brown, Luke Hubbard & Dylan Rodriguez. Invitée spéciale : Barbada. Une production de la troupe australienne Briefs, présentée en collaboration avec le magazine Fugues à l’Espace Saint-Denis dans le cadre du festival Montréal complètement cirque du 6 au 16 juillet 2023.

Flavie Boivin-Côté

À propos de

Flavie Boivin-Côté est étudiante en communication (journalisme) à l’UQAM et se passionne depuis toujours pour le théâtre et les arts de la scène en général. Elle écrit pour JEU depuis le printemps 2020 et adore son expérience puisqu’elle considère que faire du théâtre et parler du théâtre, c’est créer la vie. Amoureuse de la langue française et surtout des émotions fortes, elle estime qu’écrire sur le théâtre et prendre part à l’univers des arts vivants au Québec est un immense privilège.