Critiques

Les Forteresses : Récits de roc et de ciel

© Agnès Mellon

Couverte de tapis persans, la scène du théâtre Diamant est transformée en salon de thé, où une partie du public peut aller s’installer. Les sourires sont larges, la musique est légère. Le spectacle Les Forteresses nous accueille à bras ouverts, pour nous étreindre jusqu’à sentir les cœurs qui battent, les souvenirs qui tordent le ventre et les voix qui résonnent, enfin.

Rapidement, les récits de trois sœurs nous emportent. Juchées sur des chaises, elles racontent des moments de leur enfance en Iran (le ramadan, le goût des sciences, le sentiment d’être invisible), de leur jeunesse (la fac, les mariages précoces, les actions militantes). Alors que leurs vies sont pleines de promesses, l’instauration de la république islamiste les brise, une à une.

Leurs histoires, confiées à Gurshad Shaheman, créateur du spectacle et seul interprète masculin, sont enracinées dans les sens, montrent un regard aiguisé sur des dérives insidieuses des dynamiques de pouvoir et suscitent des images et des émotions parfois fulgurantes.

Le flot de paroles, livré avec force et nuances par les comédiennes, en français, est entrecoupé d’interludes musicaux, où Shaheman prend le micro pour chanter en persan, en dansant avec trois autres femmes qui, on le devine après quelques scènes, sont en fait sa mère et ses deux tantes. Alors qu’habituellement, des océans les séparent, le spectacle les réunit.

Avec quelques gestes simples, quelques accessoires et costumes, elles incarnent ce qui est raconté. Pour l’épilogue, elles viennent rejoindre leurs doubles, qui traduisent en français des paroles adressées à Shaheman en persan qui changent à chaque représentation. Le réel et le théâtre se fondent, sans avoir eu recours aux procédés de théâtre documentaire, avec du souffle et une humanité lumineuse.

© Agnès Mellon

Les Forteresses

Texte et mise en scène : Gurshad Shaheman. Assistance à la mise en scène : Saeed Mirzaei. Création sonore : Lucien Gaudion. Scénographie : Mathieu Lorry Dupuy. Lumières : Jérémie Papin. Costumes : Nina Langhammer. Avec Guilda Chahverdi, Mina Kavani, Shady Nafar, Gurshad Shaheman et les femmes de sa famille. Une production de la Compagnie La Ligne d’Ombre et les Rencontres à l’échelle – B/P présentée au Diamant dans le cadre du Carrefour international de théâtre de Québec du 6 au 8 juin 2024.

Josianne Desloges

À propos de

Josianne Desloges est chroniqueuse en arts visuels au journal Le Soleil et collabore à diverses publications culturelles, tout en étant rédactrice et éditrice dans une agence. Elle écrit pour JEU et fait partie de l’Association québécoise des critiques de théâtre (AQCT) depuis plus de 15 ans.