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Corps en jeu et récits intimes : les Chantiers construction artistique dévoilent leur programmation à Québec

À Québec, en marge du Carrefour international de théâtre, les Chantiers construction artistique reprennent du 27 mai au 13 juin avec une promesse fidèle à leur ADN : ouvrir au public les coulisses de la création. Plus d’une centaine d’artistes y dévoileront des œuvres encore en devenir, dans une formule de « banc d’essai » qui privilégie le risque, l’inachèvement et l’échange direct avec les spectateur·rices.

Portés principalement par Premier Acte, en partenariat avec le Carrefour, les Chantiers s’imposent comme un laboratoire parallèle au festival : là où les œuvres abouties occupent les scènes officielles, ici, ce sont les processus, les doutes et les élans premiers qui prennent le devant. Chaque présentation est d’ailleurs suivie d’une « période d’excavation », moment de discussion avec le public qui devient partie prenante du geste artistique.

Corps, identités, liens : une scène en mouvement

La programmation 2026 fait la part belle aux écritures du corps et aux questions d’identité, notamment à travers plusieurs propositions chorégraphiques. Avec Je parlerai sans qu’on me passe sur le corps, Josiane Bernier explore un geste entre manifeste et performance, où mouvement, voix et texte affirment une forme de dignité incarnée. Le duo Banc-al de Cloé Arias et Rachel Amozigh, né d’une rencontre entre deux artistes expatriées, interroge quant à lui la fragilité des ancrages et des liens.

Dans Corps à Cœur, Lila Dubois-Pagesse et Emma Walsh composent une danse hypnotique où les corps s’entrelacent au rythme du violon, tandis que Constellations de Jean-Michel Girouard mise sur l’improvisation pour faire émerger, en direct, des trajectoires humaines sensibles et imprévisibles.

Récits intimes, fractures sociales

Plusieurs chantiers plongent du côté de la fiction théâtrale pour explorer des trajectoires individuelles traversées par des tensions sociales ou générationnelles. 27 de Philippe Rivard suit un jeune homme en crise identitaire, entre dérive et quête de sens, alors que sockerbit sur gazon du Théâtre du Refuge met en scène des retrouvailles d’enfance dans une banlieue marquée par le non-dit.

Le théâtre jeunesse trouve aussi sa place avec Talkie-Walkie de Marie Nowak, récit d’une amitié née à travers les ondes, tandis que Père divorcé : un opéra rock d’Anne-Virginie Bérubé et Charles Brunelle aborde avec humour et musique les recompositions familiales contemporaines.

Formes hybrides et éclats ludiques

Fidèles à l’esprit d’expérimentation des Chantiers, plusieurs propositions brouillent les frontières disciplinaires. Le collectif Les Pommes, avec Compotes, mêle danse, théâtre et cirque dans une enquête absurde surgissant au cœur d’un spectacle. Pap&truc, signé par Romy Bouchard, Janie Faucher-Roy et Anaelle Boily-Talbot, investit quant à lui une boutique pour faire éclater une révolte adolescente, entre humour et colère.

Les univers se teintent parfois de fantastique ou d’étrangeté : Les sorcières de Saint-Léon du Collectif Porte Débarrée s’amorce autour d’une disparition inquiétante, tandis que Morille de feu du collectif Dites-le pas à ma mère explore les liens entre théâtre et art numérique, dans une perspective encore énigmatique.

Un espace pour voir naître les œuvres

En réunissant ces propositions à différents stades d’élaboration, les Chantiers construction artistique offrent un rare accès à la fabrique du spectacle vivant. Plus qu’une vitrine, l’événement agit comme un terrain d’essai où les œuvres se confrontent à leur premier public — et où ce public, à son tour, participe à leur transformation.