Le comédien Marc Messier est mort à 78 ans des suites d’une courte maladie, a annoncé l’agence Goodwin. Figure marquante du petit et du grand écran québécois, il laisse derrière lui des personnages devenus cultes : Marc Gagnon dans Lance et compte, Réjean Pinard dans La petite vie, Bob Chicoine dans Les Boys. Au théâtre, il restera indissociable de Broue, qu’il a jouée plus de 3000 fois pendant près de quarante ans aux côtés de Marcel Gauthier et Michel Côté, devant plus de 3,3 millions de spectateurs — jusqu’à la dernière représentation de la mouture originale, le 22 avril 2017.
Né à Granby en 1947, Messier étudie l’interprétation au Cégep de Saint-Hyacinthe avant de multiplier les petits rôles au théâtre. C’est Broue, créée en 1979, qui le fait connaître : une série de sketches signés Claude Meunier, Francine Ruel, Louis Saïa et Jean-Pierre Plante, mettant en scène des habitués d’une taverne fictive. Il a aussi fait partie de l’aventure de la pièce Les voisins, autre comédie culte née entre autres de l’imaginaire de Louis Saïa.

La distribution originale de Broue © Jean-François Gratton
Sa percée télévisuelle survient avec Lance et compte, où son entraîneur-chef au caractère bouillant lui vaut deux Gémeaux (1988, 1989) et une réplique restée légendaire — Sacrament, Suzie! En 1993, il enfile la perruque rousse de Réjean Pinard dans La petite vie, rôle qu’il tiendra jusqu’en 1998 et qui contribuera à de la série un phénomène culturel suivi par jusqu’à 4 millions de téléspectateurs. Au cinéma, on le retrouve notamment chez Denys Arcand (Jésus de Montréal, 1989) avant qu’il n’incarne Bob Chicoine dans Les Boys (1997) et ses suites, autre franchise populaire tournant autour du hockey.
Marc Messier dans Jeu et sur revuejeu.org
Si le petit et le grand écran ont fait de Marc Messier une figure familière du grand public, c’est au théâtre que ses racines demeurent les plus profondes — et la revue Jeu en a suivi plusieurs jalons au fil des décennies, de la légende Broue jusqu’à ses derniers rôles dramatiques.
1986 : la critique la plus mordante jamais publiée sur Broue
Il faut remonter à 1986 pour trouver, dans les pages de Jeu, l’un des textes les plus singuliers jamais consacrés au phénomène Broue. Sept ans après la création du spectacle, le critique Michel Vaïs reconnaît dans son ouverture que la revue n’avait jusque-là jamais consacré une seule ligne à cette pièce culte, malgré ses tournées, sa millième représentation et son adaptation anglophone Brew. Pour réparer cette absence, Vaïs choisit un exercice de style radical : il rédige deux critiques contradictoires, l’une célébrant Broue comme une réussite, l’autre la condamnant comme un ramassis de clichés sexistes, sans jamais trancher lui-même entre les deux.
Marc Messier y est présenté, aux côtés de Michel Côté et Marcel Gauthier, comme l’un des piliers de cette « performance quasi athlétique » qui aura permis au trio de faire vieillir ses personnages devant un même public pendant sept ans. Le texte de Vaïs, écrit en miroir, illustre à quel point Broue a toujours suscité un rapport ambivalent — entre admiration pour la précision du jeu des trois comédiens et malaise devant la crudité de certains sketches.
2018 : Neuf [titre provisoire], face à la mort

Henri Chassé, Marc Messier et Pierre Lebeau dans Neuf [titre provisoire] © Valérie Remise
Dans
Neuf [titre provisoire] de Mani Soleymanlou, présenté au Théâtre d’Aujourd’hui, Marc Messier fait partie d’une distribution de comédiens de 60 ans et plus réunis autour d’un cercueil, chacun incarnant un rapport différent à la mortalité. Selon la
critique de Sophie Pouliot, Messier y campe celui qui utilise l’humour comme rempart face à la Grande Faucheuse — une posture qui, avec le recul, prend une résonance particulière. La critique salue par ailleurs son indéniable talent de conteur.
2021 : Seul… en scène !, le solo sous la direction de Soleymanlou

Cinq ans plus tard, c’est Mani Soleymanlou, cette fois à la mise en scène, qui accompagne Marc Messier dans un exercice périlleux : le seul-en-scène. Sophie Pouliot, encore une fois signataire de la critique pour Jeu, y relève un texte tiraillé entre stand-up et récit autobiographique, mais souligne que les segments les plus personnels — notamment le récit de sa vocation théâtrale née de son passage comme servant de messe — constituent le cœur battant du spectacle. Elle y voit aussi l’écho de l’influence d’Yvon Deschamps, une figure que Messier admirait profondément.
2024 : Le père, un sommet de fin de carrière

Marc Messier dans Le père, au TNM en 2024 © Yves Renaud
C’est toutefois avec Le père de Florian Zeller, mis en scène par Édith Patenaude au Théâtre du Nouveau Monde, que Marc Messier signe l’une de ses performances les plus saluées par la critique de Jeu. Dans le rôle d’André, un homme aux prises avec la démence, le critique Philippe Mangerel évoque une interprétation d’une rare finesse, capable de couvrir tout le registre du rire aux larmes. Il qualifie cette performance de marquante, de celles dont on se souvient longtemps — un jugement qui, à la lumière du décès de l’acteur, prend valeur de dernier grand rôle salué par notre revue.
De la taverne de Broue au salon feutré du Père, en passant par le vestiaire des Boys et la cuisine de La petite vie, Marc Messier aura habité pendant près d’un demi-siècle les lieux les plus familiers de l’imaginaire québécois. Il laisse le souvenir d’un comédien capable de faire rire une salle entière d’un seul regard, tout en sachant, le moment venu, la faire pleurer avec la même économie de moyens.
Le comédien Marc Messier est mort à 78 ans des suites d’une courte maladie, a annoncé l’agence Goodwin. Figure marquante du petit et du grand écran québécois, il laisse derrière lui des personnages devenus cultes : Marc Gagnon dans Lance et compte, Réjean Pinard dans La petite vie, Bob Chicoine dans Les Boys. Au théâtre, il restera indissociable de Broue, qu’il a jouée plus de 3000 fois pendant près de quarante ans aux côtés de Marcel Gauthier et Michel Côté, devant plus de 3,3 millions de spectateurs — jusqu’à la dernière représentation de la mouture originale, le 22 avril 2017.
Né à Granby en 1947, Messier étudie l’interprétation au Cégep de Saint-Hyacinthe avant de multiplier les petits rôles au théâtre. C’est Broue, créée en 1979, qui le fait connaître : une série de sketches signés Claude Meunier, Francine Ruel, Louis Saïa et Jean-Pierre Plante, mettant en scène des habitués d’une taverne fictive. Il a aussi fait partie de l’aventure de la pièce Les voisins, autre comédie culte née entre autres de l’imaginaire de Louis Saïa.
La distribution originale de Broue © Jean-François Gratton
Sa percée télévisuelle survient avec Lance et compte, où son entraîneur-chef au caractère bouillant lui vaut deux Gémeaux (1988, 1989) et une réplique restée légendaire — Sacrament, Suzie! En 1993, il enfile la perruque rousse de Réjean Pinard dans La petite vie, rôle qu’il tiendra jusqu’en 1998 et qui contribuera à de la série un phénomène culturel suivi par jusqu’à 4 millions de téléspectateurs. Au cinéma, on le retrouve notamment chez Denys Arcand (Jésus de Montréal, 1989) avant qu’il n’incarne Bob Chicoine dans Les Boys (1997) et ses suites, autre franchise populaire tournant autour du hockey.
Marc Messier dans Jeu et sur revuejeu.org
Si le petit et le grand écran ont fait de Marc Messier une figure familière du grand public, c’est au théâtre que ses racines demeurent les plus profondes — et la revue Jeu en a suivi plusieurs jalons au fil des décennies, de la légende Broue jusqu’à ses derniers rôles dramatiques.
1986 : la critique la plus mordante jamais publiée sur Broue
Il faut remonter à 1986 pour trouver, dans les pages de Jeu, l’un des textes les plus singuliers jamais consacrés au phénomène Broue. Sept ans après la création du spectacle, le critique Michel Vaïs reconnaît dans son ouverture que la revue n’avait jusque-là jamais consacré une seule ligne à cette pièce culte, malgré ses tournées, sa millième représentation et son adaptation anglophone Brew. Pour réparer cette absence, Vaïs choisit un exercice de style radical : il rédige deux critiques contradictoires, l’une célébrant Broue comme une réussite, l’autre la condamnant comme un ramassis de clichés sexistes, sans jamais trancher lui-même entre les deux.
Marc Messier y est présenté, aux côtés de Michel Côté et Marcel Gauthier, comme l’un des piliers de cette « performance quasi athlétique » qui aura permis au trio de faire vieillir ses personnages devant un même public pendant sept ans. Le texte de Vaïs, écrit en miroir, illustre à quel point Broue a toujours suscité un rapport ambivalent — entre admiration pour la précision du jeu des trois comédiens et malaise devant la crudité de certains sketches.
2018 : Neuf [titre provisoire], face à la mort
Henri Chassé, Marc Messier et Pierre Lebeau dans Neuf [titre provisoire] © Valérie Remise
2021 : Seul… en scène !, le solo sous la direction de Soleymanlou
Cinq ans plus tard, c’est Mani Soleymanlou, cette fois à la mise en scène, qui accompagne Marc Messier dans un exercice périlleux : le seul-en-scène. Sophie Pouliot, encore une fois signataire de la critique pour Jeu, y relève un texte tiraillé entre stand-up et récit autobiographique, mais souligne que les segments les plus personnels — notamment le récit de sa vocation théâtrale née de son passage comme servant de messe — constituent le cœur battant du spectacle. Elle y voit aussi l’écho de l’influence d’Yvon Deschamps, une figure que Messier admirait profondément.
2024 : Le père, un sommet de fin de carrière
Marc Messier dans Le père, au TNM en 2024 © Yves Renaud
C’est toutefois avec Le père de Florian Zeller, mis en scène par Édith Patenaude au Théâtre du Nouveau Monde, que Marc Messier signe l’une de ses performances les plus saluées par la critique de Jeu. Dans le rôle d’André, un homme aux prises avec la démence, le critique Philippe Mangerel évoque une interprétation d’une rare finesse, capable de couvrir tout le registre du rire aux larmes. Il qualifie cette performance de marquante, de celles dont on se souvient longtemps — un jugement qui, à la lumière du décès de l’acteur, prend valeur de dernier grand rôle salué par notre revue.
De la taverne de Broue au salon feutré du Père, en passant par le vestiaire des Boys et la cuisine de La petite vie, Marc Messier aura habité pendant près d’un demi-siècle les lieux les plus familiers de l’imaginaire québécois. Il laisse le souvenir d’un comédien capable de faire rire une salle entière d’un seul regard, tout en sachant, le moment venu, la faire pleurer avec la même économie de moyens.