Critiques

Moi et une love letter : Si tu me quittes, est-ce que je peux venir avec toi?

Cinq jeunes femmes, nues, assises sur une chaise. Lentement, elles se coiffent d’une perruque blonde platine, enfilent des chaussures à talons, une culotte, une robe couleur chair. Poupée Barbie ou Marylin? Prototypes identiques d’une seule femme dont l’image se démultiplie à l’envi. Voix plurielles proférant une parole singulière et qui, dans un cri étouffé ou un chuchotement, demandent : Comment survivre à la peine, celle d’un amour qui nous a quitté?

Dans une succession de tableaux, comme autant de réponses possibles à une lettre de rupture, ces femmes font le douloureux apprentissage de la solitude, lente traversée d’un deuil qui reste à faire. Après le choc, vient le déni : ce n’est pas à moi que cela arrive. Puis la colère, qu’ai-je fait que je n’aurais pas dû faire, qu’ai-je dit que je n’ai pas su dire? Et la culpabilité : que faire de ce que je ne pouvais pas dire? Qu’aurais-je dû être? Femmes miroir l’une de l’autre, parées de cet uniforme, dérisoire, de l’éternel féminin, elles se débattent dans les affres du chagrin. D’amour ou d’amour propre?

Dans cette mise à nu littérale, elles se parent et se défont d’oripeaux devenus trop pesants, rejettent perruques et chaussures, puis se recoiffent et se rechaussent, revêtent leur robe comme une deuxième peau. Valse hésitante des sentiments contradictoires. Une mise à nu pour renaître à la vie, puisqu’il n’y a pas d’autre alternative.

Alexa-Jeanne Dubé, auteure du texte, a su traduire cet émoi souffrant, cet effroi profond qui saisit devant l’abandon. Elle a choisi pour sa mise en scène une scénographie dépouillée (pauvre?) à l’extrême, un décor fait d’une bâche en plastique blanc, dont on joue des crissements, dont on se recouvre, sous laquelle on se cache. Les éclairages hésitants, parfois tremblotants, changent de couleur comme on change d’humeur. Le travail sur le mouvement – de Mélanie Demers – mêle et démêle les corps, ces corps qui se cherchent, se blottissent, se rassurent. Les cinq jeunes comédiennes, d’une beauté grave – Marie-Philip Lamarche, Marie Favreau, Catherine Paquin-Béchard, Fanny Migneault-Lecavalier et Marie-Emmanuelle Boileau, démontrent une sincérité touchante pour interpréter ce chœur de corps éperdus.

Cependant, quelques maladresses tendent à alourdir le propos, comme le grésillement des walkies talkies qui brouillent la communication, le pléonasme des lumières ou l’image rebattue du ruban collant, avec le mot fragile écrit en rouge, dont les comédiennes se servent pour se fermer la bouche… Quelques détails, comme des erreurs de jeunesse, que l’on pardonne facilement.

Oui, un spectacle fragile… D’une fragilité aussi attendrissante que les premiers pas d’un enfant. 

Moi et une love letter. Texte et mise en scène d’Alexa-Jeanne Dubé. Une production À deux. Au théâtre La Chapelle jusqu’au 21 septembre 2013.

 

 

À propos de

Rédactrice indépendante, membre de la rédaction de JEU de 2009 à 2019, rédactrice en chef de la publication Marionnettes, elle collabore avec diverses entreprises culturelles du grand Montréal.

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