Critiques

D’après une histoire vraie : Redéfinir la masculinité

Huit danseurs, deux batteurs: dix hommes aux personnalités distinctes, pourtant unis par une même volonté. La scène devient tour à tour aire de jeu, surface de combat, point de rencontre, lieu d’exclusion. Des groupes se forment et se déforment, des corps se liguent ou s’affrontent, s’agglutinent ou se percutent comme des électrons, des mains se lient, des bras entourent des épaules, les torses s’imbriquent, animaux bataillant pour un territoire ou collègues menant un même assaut.

Huit hommes sont en mouvement, ramassés sur eux-mêmes, pugilistes prêts à décocher. On les imagine à la recherche de l’essence de leur nature, unis par une volonté de faire éclater les clichés de leur identité. Les spectateurs pourraient se sentir en retrait, à la limite voyeurs. Il n’en est rien. Portés comme les danseurs par deux batteries, aux textures parfois aériennes, parfois violentes, entre déphasages complémentaires à la Steve Reich et énergie brute de concert rock, ils ont l’impression de reconnaître les pas de ce folklore inventé. Pas de bourrée, farandole, promenade, jambes qui se déploient, horizontalité qui se conjugue à la verticalité deviennent autant de gestes séculaires qui instillent un désir commun de transe, d’appartenir à une même tribu, de ne plus faire qu’un avec la musique, de sentir son cœur battre, de laisser parler un certain instinct tribal, de ressentir le plaisir farouche d’être en vie, même quand un corps allongé rappelle le rejet du groupe ou la mort qui peut faucher à tout moment.

Créée au dernier festival d’Avignon, cette chorégraphie de Christian Rizzo, qui a d’abord œuvré comme chanteur rock et plasticien, séduit assurément. L’arc narratif reste d’une redoutable efficacité, comme l’interprétation époustouflante des batteurs Didier Ambact et King Q4. Quand la dernière ronde se referme, que les instrumentistes se taisent, on se dit que le chorégraphe a peut-être bien réussi à unir dans une même gestuelle l’énergie explosive des danses guerrières, la fièvre mystique des derviches tourneurs et la hardiesse du langage contemporain.

D’après une histoire vraie

Chorégraphie, scénographie et costumes de Christian Rizzo. Une production de L’association Fragile. Présenté au Théâtre Jean-Duceppe, dans le cadre du FTA, les 30 et 31 mai 2014.

 

À propos de

Décédée en 2016, elle était professeure, journaliste et rédactrice spécialisée en musique classique, en théâtre et en nouvelle littérature québécoise.

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