Critiques

Être Norvégien : Silences et dialogues

En formule 5 à 7, inspirée du concept écossais A play, a pint and a pie, repris ici d’abord par le Théâtre La Licorne, le Théâtre La Bordée offre aux spectateurs et spectatrices Être Norvégien de David Greig, un auteur joué dans le monde entier et que l’on a pu découvrir par des pièces comme Yellow Moon, Midsummer et Les Événements, présentées au Québec par le Théâtre de La Manufacture. C’est en toute intimité, dans une salle utilisée pour les répétitions, que l’on est accueilli·es, au cœur d’un espace aménagé dans un style cabaret, pour assister au spectacle créé à La Licorne en 2019, mais offert ici avec une nouvelle distribution.

Vincent Champoux

Marc-André Thibault, metteur en scène de la pièce, est aussi le directeur artistique et fondateur du Théâtre Bistouri, qui la produit. Il a créé un théâtre d’histoires où les relations humaines sont mises de l’avant en mélangeant divertissement et réflexion sur les différentes façons de voir la vie. Être Norvégien est présenté dans une ambiance intime, aux jeux de lumière variant les intensités, suivant celle des diverses scènes où se succèdent le choc de deux êtres en peine et le retour au calme où alternent silences et dialogues. Les deux individus en question sont Sean, qui sort tout juste de prison, et Lisa, que l’on peut soupçonner d’être atteinte d’un trouble de la personnalité limite étant donné sa ferveur démesurée tant en ce qui concerne le lien qu’elle souhaite établir avec Sean qu’en ce qui a trait à ses origines norvégiennes.

Adoucir la solitude

Être Norvégien est une rencontre entre deux personnes désirant adoucir leur solitude, qui se retrouvent chez l’une d’entre elles – Sean, interprété par Éric Leblanc –, dans un logement plein de boîtes, qu’il cherchera toujours à fouiller pour éviter tout rapprochement avec Lisa, incarnée par Sophie Thibeault. Cette femme répète sans cesse qu’elle est norvégienne, assez pour nous faire douter de ses origines, mais le public lui permet de bon gré de poursuivre cette probable mascarade puisqu’elle est attachante, douce et drôle.

Vincent Champoux

Lisa tente d’attirer Sean qui la repousse et se ferme à ses avances et à son jeu de séduction, qui, pourtant, portent presque leurs fruits. L’homme traîne un lourd passé incluant un séjour en prison et sa séparation de son fils et de son ex-femme, ce qui l’empêche de vivre pleinement ce moment avec Lisa. Il est tiraillé entre l’envie de se rapprocher et le désir de ne pas être vulnérable. Lisa lui dira que dans son pays, qui est plongé dans la noirceur pendant des mois, alors qu’on peut penser qu’il a plus de suicide qu’ailleurs, on sait en fait mieux vivre dans le noir.

Au fil d’une ribambelle de malaises entre elle et lui, parfois drôles, parfois semant des questionnements sur la difficulté de communiquer, le comédien et la comédienne arrivent à suggérer une romance naissante, à susciter des émotions d’empathie, mais aussi de confusion, grâce à un jeu brillant et à une mise en scène réussie. On notera, par exemple, la scène troublante où Sean repousse férocement Lisa alors qu’elle se livre en toute tendresse. Cette pièce est donc un mélange de maladresse (intentionnelle), de sensualité et de moments comiques qui ne manque pas de charmer son public.

Être Norvégien

Texte : David Greig. Traduction et mise en scène : Marc- André Thibault. Éclairages : Étienne Marquis. Collaboration à la scénographie : Alice Poirier. Régie : Mélissa Bouchard. Avec Éric Leblanc et Sophie Thibeault. Une production du Théâtre Bistouri présentée dans la salle de répétition Jean-Jacqui Boutet du Théâtre La Bordée jusqu’au 10 septembre 2021.

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