Critiques

Féministe pour Homme : Réflexion décomplexée et bienveillante

Créé à Paris par l’actrice et dramaturge Noémie de Lattre, Féministe pour Homme renaît sur la scène de l’Usine C dans une adaptation québécoise. Pour l’occasion, Rébecca Déraspe, qui signe cette version, y ajoute le sous-titre Guide de survie pour tous(tes). Ce solo déconstruit des idées préconçues, met en lumière les réalités auxquelles sont confrontées les femmes de façon drôle et touchante, et prouve sans équivoque que le combat contre le sexisme n’est pas terminé.

David Ospina

La talentueuse Sophie Cadieux a le mandat de livrer cette performance fusionnant le théâtre, le stand-up et le manifeste. Dans un espace coloré illustrant abstraitement une salle de gym, la comédienne se présente à nous pleine d’étincelles et d’énergie. « Vous voyez, je souris. Je ne suis pas fâchée », lance-t-elle, imposant d’entrée de jeu l’ironie ainsi que l’absence de moralisation qui régneront tout au long de la pièce. On le sent : celle-ci n’a pas pour objectif de sermonner, mais bien d’éduquer et de faire réfléchir.

De façon entièrement décomplexée, on aborde sous un angle féministe empreint d’autodérision une panoplie de sujets tels que le paraître, la sexualité, les relations de couple, la parentalité, la carrière, les menstruations, le langage épicène, la publicité sexiste et les féminicides, pour ne nommer que ceux-là. Bien qu’on parle de tout, le texte s’étend parfois un peu trop sur certains thèmes déjà traités fréquemment dans notre société contemporaine (les standards de beauté ou les stéréotypes de genre, par exemple) alors qu’il passe rapidement sur d’autres, comme les violences sexuelles ou obstétricales, qu’il serait peut-être bénéfique d’approfondir davantage. Malgré tout, il serait étonnant que quelqu’un quitte la salle sans avoir appris ou réfléchi à quelque chose de nouveau.

Quoi qu’il en soit, l’humour prime tout au long du spectacle, et le public s’en réjouit. Les rires sont francs, forts et très nombreux. Les passages plus poignants sont souvent brillamment désamorcés par un gag ou par la mise en scène dynamique à saveur de cours de Zumba imaginée par la créative Alix Dufresne. Bien que le comique revienne toujours à la charge, les moments bouleversants ne perdent pas de puissance et de pertinence pour autant. L’équilibre est impeccable. Le texte réussit, avec brio, à nous envoyer plusieurs claques au visage sans nous faire basculer dans un état de pessimisme.

Monologue inclusif

David Ospina

Il est important de souligner le souci d’inclusivité bien présent dans l’œuvre. En plus d’encourager le public à participer à l’ambiance de revendication festive (pensons au moment où nous sommes convié·es à taper des mains ou à celui où nous sommes invité·es à lever un doigt d’honneur aux sénateurs du Texas ramenant une loi qui interdit le droit à l’avortement), l’autrice de la pièce prend soin de s’adresser à tout le monde et fait l’effort de n’oublier les causes de personne. Dans la dernière portion de la soirée, Sophie Cadieux, dans son personnage d’humoriste-conférencière, rappelle qu’elle est une femme blanche, cisgenre, hétérosexuelle, aisée, au physique répondant aux standards de beauté et qualifie donc les propos qu’elle a tenus depuis plus d’une heure de « féminisme bourgeois ». Le texte n’entrera pas plus en profondeur dans les réalités des femmes marginalisées, mais le fait de nommer que celles-ci existent amène à réaliser que ce qui nous ébranlait depuis le début du spectacle n’est que la pointe de l’iceberg de la lutte contre le sexisme et la misogynie.

Par l’absence d’un quatrième mur, un ton rassembleur et un jeu habile entre le divertissant et le préoccupant, Féministe pour Homme parvient à créer un espace dans lequel les femmes se sentiront bien, en sécurité, comprises, honorées, épaulées, et où la prise de conscience collective est inévitable. Un spectacle qui fait parfois mal, mais qui fait aussi beaucoup de bien. Une œuvre à la pertinence indéniable, qui devrait être vue par tout le monde, tous genres et générations confondues.

Féministe pour Homme

Texte : Noémie de Lattre. Adaptation : Rébecca Déraspe. Mise en scène et décor : Alix Dufresne. Assistance à la mise en scène et direction de production : Emanuelle Kirouac. Direction technique : Pascal Harvey. Costumes : Elen Ewing. Coupe et confection du costume : Atelier Julie Sauriol et Zone Tangible. Éclairages : Marie-Aube Saint-Amant Duplessis. Régie : Amélie-Claude Riopel et Pascal Harvey. Mise en beauté : Justine Denoncourt-Bélanger. Conception sonore : Sarah Laurendeau. Sonorisation : Guillaume Briand. Avec Sophie Cadieux. Une production d’ENCORE Spectacle, présentée à l’Usine C jusqu’au 31 octobre 2021.

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