Critiques

Il n’y aura plus d’éléphant : Droit devant

Agréable découverte, par un beau matin d’automne au cœur du parc Lafontaine, que celle du théâtre ambulant Tortue Berlue ! Stationné devant l’école du Plateau pour trois représentations aux élèves de 2e année, l’autobus scolaire joyeusement coloré, désormais vert tortue et non plus orange, présentait son nouveau spectacle à l’occasion d’une grande tournée à travers le Québec.

Marc-Antoine Zouéki

Parfaitement adapté aux petites jauges, le concept imaginé par la comédienne Caroline Gendron, directrice artistique de la compagnie, constitue une offre culturelle clés en main pour les écoles ou les garderies : les enfants n’ont que quelques pas à faire pour vivre une expérience théâtrale digne de ce nom. Caroline et sa marionnette Tortue Berlue les accueillent sur le trottoir avec leur billet : chacun·e a dessiné une feuille de laitue pour la gourmande végétarienne. Bienveillante et rigolote, la tortue les accompagne dans ce qui est pour plusieurs leur première « sortie » au théâtre. Visiblement, on ne lésine pas sur l’encadrement, et le cahier pédagogique est bien utilisé par les enseignantes : en plus d’avoir préparé leur « billet », les élèves ont appris le comportement à adopter pendant la représentation, connaissent par cœur la chanson du spectacle et l’entonnent avec la comédienne.

Une fois son jeune public – un peu intimidé mais fasciné – installé à l’intérieur du véhicule, aménagé en un chaleureux théâtre-cocon, Tortue Berlue raconte qu’elle sillonne les routes depuis 200 ans. Dans les livres entassés sur les rayons qui couvrent les « murs », elle garde les centaines d’histoires qu’elle a recueillies. C’est celle de Maxime, un petit garçon passionné par les éléphants, qu’on entendra.

Affronter l’inconnu

Écrit et mis en scène par Fabien Fauteux, Il n’y aura plus d’éléphant distille déjà, par son titre, une certaine anxiété. On ne fera pas croire aux enfants d’aujourd’hui que tout va parfaitement bien dans le meilleur monde… Mais on peut, et c’est le pari de Tortue Berlue, leur insuffler une dose de courage et de plaisir imaginatif. Enfermé dans sa chambre, rechignant à manger et à faire sa toilette, Maxime reste collé à Balourd, son toutou éléphant, qui le protège contre des ennemi·es potentiel·les. Il se réfugie dans l’univers fascinant des éléphants : il sait tout de leur gestation, de leur alimentation, de leur comportement et, bien sûr, des dangers qui les guettent et de leur disparition inexorable. Surmontant la peur de l’inconnu, le petit garçon trouvera la volonté de sortir, d’abord pour aller à l’école, mais aussi beaucoup plus loin, plus tard. Peut-être même à la défense des éléphants d’Afrique ?

Marc-Antoine Zouéki

Plusieurs éléments de mise en scène ponctuent la quarantaine de minutes que dure la représentation : marionnettes, projections et jeux d’éclairages, bibliothèque dont les titres changent grâce à un système de panneaux coulissants, guirlande déployée au plafond pour évoquer la végétation de la savane… Les enfants en ont plein la vue !

Caroline Gendron (ou Éloi Cousineau, en alternance) réussit le tour de force de jouer, de manipuler les marionnettes, d’assumer l’accueil et la régie, en plus de conduire l’autobus ! Elle y est comme un… éléphant dans l’eau (on apprend que le pachyderme raffole des bains) ! Excellente interprète, à la voix suave et à la diction impeccable, elle défend un texte dont le niveau de langue soutenu fait plaisir à l’oreille, niveau qu’elle maintient dans ses interventions improvisées avec le public avant et après la représentation.

Bien qu’il soit en partie éducatif, le spectacle s’adresse à l’intelligence émotive des enfants. Il leur dit que même si, un jour, il n’y aura plus d’éléphants, il faut continuer, « sur le chemin qui [les] mènera jusqu’à demain/droit devant… », comme on le chante à la fin, en convoquant un courage et une résilience dont les enfants d’aujourd’hui ont bien besoin.

Il n’y aura plus d’éléphant

Texte et mise en scène : Fabien Fauteux. Musique originale : Carl-Éric Hudon. Scénographie et marionnettes : Jako Lanterne (Emily Bélanger et Laurent Canniccioni). Éclairages : Maxime Privé. Vidéo : Sébastien Croteau. Intégration visuelle et sonore : Bianca Bernier. Avec, en alternance, Éloi Cousineau et Caroline Gendron. Une production de Tortue Berlue, présentée à la Maison de la culture Rosemont-La Petite-Patrie les 6 et 20 novembre puis en tournée.

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