Critiques

Le Sacre du printemps / common ground[s] : Faire exulter les corps et les cultures

soirée rare beauté offre

C’est une soirée d’une rare beauté que nous offre la série Danse Danse, qui amorce sa saison avec une association entre la Fondation Pina Bausch, l’École des Sables et Sadler’s Wells. L’Afrique et ses polarités est au cœur de la juxtaposition de deux pièces, common ground[s] et Le Sacre du printemps, lesquelles se complètent et s’opposent. L’ancrage, l’élégance, la dignité de l’âge mûr se jouxtent avec l’athlétisme et l’énergie féroce de la jeunesse. L’harmonie est là, de même que l’intelligence et l’héritage de Pina Bausch et de ses complices du Tanztheater Wuppertal.

soirée rare beauté offreMaarten Vanden Abeele

Dans un premier temps, ce sont les interprètes Germaine Acogny et Malou Airaudo qui, dans un duo aux lignes épurées, exécutent une sorte de danse rituelle qui évoque le passage vers le statut d’aînées, le lien avec les ancêtres, l’initiation symbolique vers une dimension qui convoque le mystique, l’éternité. On y reconnaît le grand respect de Pina Bausch pour la force et le langage féminins, la transmission d’un savoir millénaire qui s’installe dans le mouvement des corps, aussi minimaliste soit-il. Et, bien sûr, dans la rencontre de ces deux femmes qui, chacune à leur façon, ont révolutionné la danse, on voit la célébration d’une vocation de plusieurs décennies.

Elles sont toutes deux imposantes, puissantes, impressionnantes, voire iconiques. À 78 ans, la Sénégalaise Germaine Acogny, figure de proue de la danse contemporaine africaine, illumine la scène par sa présence et son charisme. Malou Airaudo, sa cadette, à 74 ans, l’accompagne avec une prestance tout aussi énergique, dans ce bref pas de deux qui évoque l’entraide, l’amitié, la sororité, la maternité.

En sol africain

Après un entracte marqué par l’intrusion sur scène d’une équipe de technicien·nes dont le travail consiste à maculer le plancher de la scène du Théâtre Maisonneuve d’une épaisse couche de terre, les agiles danseurs et danseuses, issu·es de 14 pays africains et formé·es à l’École des Sables de Dakar, prennent place. La musique de Stravinsky remplace les sonorités africaines, mais la chaleur brûlante de leur continent d’origine monte d’un cran.

soirée rare beauté offreMaarten Vanden Abeele

Dans des envolées vertigineuses, adroites, athlétiques, la trentaine d’interprètes qui exécutent Le Sacre du printemps de Pina Bausch offrent une performance absolument inoubliable. La chorégraphie, maîtrisée au quart de tour, est livrée avec une précision et un rythme impeccables.

La fougue qui est ici déployée nous parle d’un monde où la jeunesse est impatiente, féroce, motivée par l’instinct et la fureur des corps. Ceux-ci s’embrassent, se déchirent, se jettent de part et d’autre, s’unissent, s’opposent… Le tout, dans un crescendo d’une intensité torride, d’une extrême sensualité, qui culmine vers une conclusion explosive.

Deux générations, des cultures qui s’harmonisent et s’entrechoquent et l’indéniable présence en esprit de Pina Bausch composent cette soirée d’une exquise humanité.

common ground[s]

Chorégraphie et interprétation : Germaine Acogny et Malou Airaudo. Dramaturgie : Sophiatou Kossoko. Musique : Francis Bouillon LaForest. Costumes : Petra Leidner. Éclairages : Zeynep Kepekli. Une coproduction de la Fondation Pina Bausch, de l’École des Sables et de Sadler’s Wells, présentée au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts jusqu’au 8 octobre 2022.

Le Sacre du printemps

Chorégraphie : Pina Bausch.  Musique : Igor Stravinsky.  Décor et costumes : Rolf Borzik. Collaboration: Hans Pop. Avec Rodolphe Allui, Sahadatou Ami Touré, Anique Ayiboe, Korotimi Barro, D’Aquin Evrard Élisée Bekoin, Gloria Ugwarelojo Biachi, Khadija Cisse, Sonia Zandile Constable, Rokhaya Coulibaly, Inas Dasylva, Astou Diop Tousa, Serge Arthur Dodo, Franne Christie Dossou, Estelle Foli, Aoufice Junior Gouri, Lucény Kaabral, Zadi Landry Kipre, Bazoumana Kouyaté, Profit Lucky, Vuyo Mahashe, Baracar Mané, Vasco Pedro Mirine, Stêphanie Mwamba, Florent Nikiema, Shelly Ohene-Nyako, Brian Otieno Oloo, Harivola Rakotondrasoa, Oliva Randrianasolo Nanie, Asanda Ruda, Amy Collé Seck, Pacôme Landry Seka, Gueassa Eva Sibi, Carmelita Siwa, Amadou Lamine Sow, Didja Kady Tiemanta et Aziz Zoundi. Une coproduction de la Fondation Pina Bausch, de l’École des Sables et de Sadler’s Wells, présentée au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts jusqu’au 8 octobre 2022.

Un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *