Critiques

Dracula, un nouveau règne du mal : Exsangue

Le pacte avec le diable. Maxime Denommée et Simon Landry-Désy. © Victor Diaz Lamich

Aux oubliettes la grande cape noire, les canines surdimensionnées, le légendaire cercueil et les envolées vampiriques nocturnes, le Dracula de Marie-Claude Verdier n’est pas du tout dans la même veine.

Même si lautrice s’inspire du roman de Bram Stoker, son adaptation très libre de l’œuvre nous fait quitter la Transylvanie pour nous transporter au cœur de la Silicon Valley. Car c’est en fait le milliardaire Peter Thiel, co-fondateur de PayPal qui est le véritable élément déclencheur de ce nouvel opus.

Personnage controversé, proche de la droite radicale, Peter Thiel s’intéresse tout particulièrement à un domaine de recherche ayant pour objectif de ralentir le vieillissement, voire provoquer le rajeunissement de l’être humain grâce à la parabiose. Ce concept biologique permettrait de transfuser du sang de jeunes adultes dans l’organisme de plus âgé·es : une véritable cure de jouvence frayant même avec espoir d’immortalité.

L’espoir d’une jeunesse. Simon Landry-Désy, Noémie O’Farrell, Mariama Charron, Charlie Monty et Justin Simon. © Victor Diaz Lamich

Dans la pièce imaginée par Marie-Claude Verdier, le bonze machiavélique de la haute technologie est David Rand,incarné par Maxime Denommée. Obnubilé par l’intelligence artificielle et toujours en quête de nouveaux outils pour atteindre l’éternité, Rand invite Jonathan (Simon Landry-Désy) à le rencontrer dans son fastueux domaine californien.  Le jeune chercheur a créé, avec sa collègue Sophie (Mariama Charron), une bague susceptibl de percevoir et d’analyser le sang humain. La cupidité et la gloire instantanée étant irrésistibles, Jonathan succombe à l’offre diabolique.

De plus, le visionnaire sans scrupule, toujours à la recherche de sang neuf, a un œil sur les recherches de Mina, amoureuse de Jonathan (Noémie Farrel). Cette prodige de l’informatique quantique détient peut-être la clé de voûte sur laquelle repose ses aspirations surnaturelles. S’inquiétant de la longue absence de son amoureux, elle part à sa recherche.

Jeunes dépassé.es par les événements. Mariama Charron, Noémie O’Farell, Simon Landry-Désy et Justin Simon. © Victor Diaz Lamich

Malheureux caillots

Sur papier, la trame narrative de Marie-Claude Verdier créait beaucoup d’attentes. Transposer la fable du mythique vampire dans l’univers hyper sophistiqué des nouvelles technologies de plus en plus inquiétantes, aspirait à pouvoir glacer le sang.

Les frissons espérés ne sont malheureusement pas au rendez-vous. Le récit d’horreur supposément dévorant tombe dans la science-fiction anecdotique. Le premier chapitre du spectacle aux allures d’un épisode de Chambre en ville 2.0 alors que le groupe de jeunes tergiversent sur la prodigalité de leur avenir n’est en rien pertinent. Quant à la deuxième partie, susceptible de nous propulser dans un monde cruellement orwellien, nous fait plutôt glisser du côté d’Une galaxie près de chez vous, l’humour en moins.

Charlie Monty et Eveline Gélinas au cœur d’un dispositif scénique aux lignes néon qui évoque l’esthétique froide et contrôlée de ce Dracula transposé à l’ère technologique. © Victor Diaz Lamich

Le manque de profondeur des personnages et les dialogues ampoulés n’aident en rien les interprètes qui tentent tant bien que mal à défendre cette partition bancale.

On retient toutefois les décors impressionnants de Pierre-Étienne Locas qui utilise à merveille la profondeur de la scène du TDP, créant ainsi une allusion métaphorique convaincante à l’illusion d’une vie éternelle. Cette maestria scénographique conjuguée aux somptueux éclairages de Renaud Pettigrew et à la subtile musique de Frédéric Auger sauvent un peu la donne.

En espérant que les étudiant·es adhèrent un brin à cette critique imaginaire de l’I.A. Ce qui serait un peu étonnant, tant ce jeune public est exposé à des productions diablement plus effrayantes et spectaculaires.

L’impressionnante scénographie de Pierre-Étienne Locas © Victor Diaz Lamich

Dracula, un nouveau règne du mal

D’après l’œuvre de Bram Stoker. Texte : Marie-Claude Verdier. Mise en scène : Frédéric Dubois. Dialogue artistique : Claude Poissant. Assistance à la mise en scène et régie : Andrée-Anne Garneau. Scénographie : Pierre-Étienne Locas. Costumes : Linda Brunelle, Assistance aux costumes : Mila Molotchnikoff. Lumières : Renaud Pettigrew. Conception sonore : Frédéric Auger. Maquillages et coiffures : Véronique St-Germain.Accessoires : Maude Janvier. Stagiaire : Hugolin Jodoin-Michaud. Interprétation : Mariama Charron, Maxime Denommée, Eveline Gélinas, Simon Landry-Désy, Jean-Moïse Martin, Charly Monty, Noémie O’Farrell et Justin Simon. Une production du Théâtre Denise Pelletier présentée au Théâtre Denise-Pelletier du 17 mars au 14 avril 2026.

Dominique Denis

À propos de

Anthropologue et comédien, Dominique Denis a enseigné le français, l'histoire et l'art dramatique à la formation générale des adultes. Il est critique pour la revue JEU et donne régulièrement des conférences sur l'histoire du théâtre québécois.