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Éric Noël ouvre un nouveau chapitre au Jamais Lu et dévoile une 25e édition sous le signe des récits en mouvement

Eric Noel © Gabriel Pedro Couturier, arrière-plan affiches du Jamais Lu 2025, qu'il dirige depuis peu.
Pour sa toute première édition à la direction artistique, Éric Noël donne le ton : le 25e Festival du Jamais Lu Montréal sera celui d’un passage de relais. Du 1er au 9 mai, au Théâtre Aux Écuries, la programmation anniversaire — 25 projets pour 25 ans — s’organise autour d’un mot d’ordre clair : « réparer nos transmissions ». Une ligne éditoriale qui résonne autant avec le départ de la fondatrice Marcelle Dubois qu’avec l’urgence contemporaine de faire circuler les récits autrement.

 

D’emblée, le festival regarde derrière pour mieux relancer la machine. Le marathon inaugural Un quart de siècle au quart de tour — huit heures de lectures et de collisions entre générations d’auteur·rices — agit comme un geste de mémoire active. Des signatures majeures comme Fanny Britt, Olivier Choinière ou Rébecca Déraspe y côtoient de nouvelles voix dans un grand collage vivant, mis en scène par Martin Faucher.

Mais c’est surtout vers l’avant que regarde cette édition. En guise d’ouverture officielle, Jamais Lune déplace le théâtre hors les murs : un rituel nocturne gratuit au Parc Frédéric-Back, imaginé par Noël, où une constellation d’autrices et de musiciennes — dont Soleil Launière et Marie-Louise Bibish Mumbu — livrent textes et chants sous la pleine lune. Plus qu’un spectacle, une expérience collective pensée comme un geste d’élan.

Xenia Gould fait partie de la distribution du spectacle d’ouverture, avec, entre autres, Gabrielle Chapdelaine et Mireille Camier © Anne-France Noël

Des écritures en prise avec le réel

Cœur battant du festival, les 13 lectures de textes inédits — choisies parmi un nombre record de 178 propositions — dessinent un paysage dramaturgique traversé par les questions d’identité, de mémoire et de résistance.

Certaines œuvres creusent l’intime pour mieux rejoindre le politique. Un 6 décembre 1996 de Éléonore Brieuc revisite une décision d’avortement à la lumière de l’histoire récente, tandis que Papillons de Stéphanie Labbé fait imploser une réunion de parents sur fond d’effondrement social. D’autres interrogent les héritages et les racines : 493 kilomètres de Sara Karel Chiasson explore le retour au territoire, et Maison pas de porte de Kariane Lachance met en scène les carcans du genre en milieu rural.

La programmation laisse aussi une place marquée aux écritures issues de la diversité et aux formes hybrides. Avec J’irai jouir sur vos tombes, Tamara Nguyen orchestre une prise de parole collective de femmes asiatiques entre pop, danse et théâtre. À l’autre extrémité du spectre, Tout ce qui monte de Thomas Dufour propose une fable initiatique jeune public, preuve que le festival continue d’élargir ses territoires.

Intimités, expérimentations et écarts

En marge des grandes lectures, les « lectures-apéro » au café-bar privilégient une adresse directe, presque sans filtre. Mathieu Renaud y livre un texte traversé par le deuil, tandis que Maxime Brillon s’attaque à la « merdification du web » avec une proposition éclatée.

Le festival cultive aussi les écarts géographiques et linguistiques. La journée des francophonies, le 9 mai, fait dialoguer la Guyane, la Guadeloupe, la France et le Québec, notamment avec Un lamantin rose bonbon de Thibaut Nogara Granier et le projet transatlantique Braver les orages, créé dans l’urgence avec des auteur·rices des deux côtés de l’Atlantique.

Le poète et auteur dramatique Mathieu Renaud

Transmettre, encore — et célébrer

Au-delà des lectures, la programmation multiplie les gestes de médiation et de transmission : projets jeunesse en milieu scolaire, panel sur l’accompagnement des auteur·rices réunissant notamment le Centre des auteurs dramatiques et l’École nationale de théâtre du Canada, sans oublier la remise du prix Michel-Tremblay.

La clôture, elle, assume pleinement la dimension festive et prospective de l’événement. Le cabaret Cimetière des chars à gaz et espèces en voie d’apparition invite des duos d’auteur·rices à imaginer ce qui doit disparaître… et ce qui pourrait naître. Avant de basculer dans Danse Mission, un party de fin de festival où la parole cède la place aux corps.

À 25 ans, le Jamais Lu ne se contente pas de célébrer son histoire. Il se reconfigure, interroge ses propres fondations et, surtout, continue de faire ce qu’il a toujours fait de mieux : ouvrir des passages.