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Programation du OFFTA 2026 : pour ses 20 ans, un festival entre mémoire, intime et politique

Athena Lucie Assamba, au cœur de NKUL NNAM, orchestre un rituel afrofuturiste où parures, regards et gestes composent un espace de souveraineté et de mémoire. © Amsatou Ndiaye
La programmation complète a été dévoilée le 31 mars lors d’un lancement au Quai des Brumes. Le OFFTA célèbre ses 20 ans avec une programmation qui revendique plus que jamais ses lignes de force : pratiques indisciplinées, corps politiques et formes qui débordent. Du 29 mai au 7 juin 2026, le festival montréalais déploie 11 propositions scéniques et performatives — auxquelles s’ajoute une série d’activités gratuites — dans un geste à la fois intime et combatif.

 

D’emblée, l’édition s’ouvre sur un signal clair : NKUL NNAM d’Athena Lucie Assamba, présenté les 29 et 30 mai à Tangente. Ce rituel afro-contemporain, à la croisée du club et du village, fait du corps un espace de mémoire, de guérison et de souveraineté. Sous ses allures festives, l’œuvre affirme une portée politique nette, inscrivant la danse dans une dynamique d’émancipation et de transmission.

Ce fil — où l’intime devient politique — traverse l’ensemble de la programmation. Avec A practise : Misinterpretation (a performance) XXL, le collectif Real Sweat Performance Group propose une expérience radicale de huit heures autour de la performativité de la blanchité : une plongée dans l’endurance, l’absurde et le grotesque, où le travail devient théâtre et critique sociale. À l’autre extrémité du spectre, Al Warda de Flame déploie une autofiction chorégraphique sensible sur l’exil et la mémoire, tissant archives politiques et souvenirs familiaux dans un espace scénique en constante mutation.

Dans Al Warda, un espace domestique se fissure sous la poussée des souvenirs, laissant affleurer une mémoire hantée par l’exil. © Sandra Lynn Bélanger

Le festival accueille des artistes de diverses générations. Le retour de L’opéra d’or, porté par Geneviève Matthieu après le décès de son complice en 2025, agit comme un geste de continuité autant que de transformation. Ce « manifeste de liberté radicale », entre opéra rock et rituel baroque, incarne l’une des tensions fécondes de cette édition : faire coexister héritage et recommencement.

Ailleurs dans la programmation, les œuvres explorent des zones de friction sociale et symbolique. JUDITH, de Sarah Chouinard-Poirier, interroge les imaginaires liés à la consommation de drogues et aux biopolitiques contemporaines en convoquant figures zombies et culture populaire. Except the bloodline d’Alegría Gobeil s’aventure aux frontières du body art pour déconstruire les récits entourant le suicide, tandis que Seeing Double de Ghinwa Yassine mêle guerre, intimité et science-fiction dans une performance aux accents oniriques.

Dans Except the bloodline, Alegría Gobeil traverse des figures multiples, exposant un corps devenu terrain d’enquête sur les récits du suicide. © Noah Ndorisiyoni

À ces propositions s’ajoutent des formes hybrides et immersives, comme Sundogs de Flavie Lemée, installation sensorielle inspirée de phénomènes météorologiques rares, ou encore autoportrait d’un produit culturel de l’artiste dada, qui brouille les frontières entre conférence, concert et performance poétique.

Fondé en 2007 pour pallier le manque de plateformes dédiées à la relève, le OFFTA s’est imposé en deux décennies comme un laboratoire essentiel des arts vivants à Montréal. Plus de 1 500 artistes y ont été accompagnés, parmi lesquels des figures aujourd’hui incontournables comme Mani Soleymanlou, Émilie Monnet ou Étienne Lepage. Cette 20e édition ne se contente pas de souligner cet héritage : elle le met en tension avec le présent, en invitant des artistes déjà passés par le festival aux côtés de nouvelles voix.

Au Quai des Brumes, le OFFTA a dévoilé la programmation de sa 20e édition devant une salle comble © David Wong

« À la conformité malveillante et à la cruauté normalisée, on oppose l’affirmation du fièrement étrange », résume Claudel Doucet, directrice artistique et codirectrice générale de LA SERRE — arts vivants, qui produit le festival. Une déclaration d’intention qui traverse l’ensemble de la programmation : ici, la création ne se contente pas de représenter le monde — elle cherche à en ouvrir les brèches.