Ce collectif de danse urbaine ancré dans la pratique du breaking a été consacré jeudi 2 avril, au Palais des congrès de Montréal. Une distinction majeure, assortie d’une bourse de 40 000 $, qui consacre des artistes de spectacle vivant issus d’une scène encore trop rarement primée à ce niveau.
Actif depuis plusieurs années, le Mouvement Pas d’Excuses Pas de Limites développe une approche du break dance qui conjugue virtuosité physique, engagement social et exploration des identités. Leurs performances — vues notamment lors des Jeux Invictus à Vancouver ou encore dans leur propre festival NO LIMITS à la Maison de la culture Maisonneuve — mettent en scène des corps atypiques, loin des normes dominantes, et déplacent les codes du breaking vers un terrain chorégraphique élargi.
Avec ILL-Abilities, Luca Patuelli défend une vision où la limite — physique, sociale ou symbolique — devient moteur de création. Sur scène, cela se traduit par un langage hybride, où la puissance acrobatique du breaking dialogue avec une présence incarnée, souvent traversée par des récits de vie et des enjeux d’accessibilité.

Sous les applaudissements, Luca « Lazylegz » Patuelli, figure centrale du Mouvement Pas d’Excuses Pas de Limites, reçoit le Grand Prix, consacrant le break dance au cœur du paysage artistique montréalais. © Karel Chladek
Cette approche s’est imposée bien au-delà des cercles spécialisés. En 2024, des membres du collectif ont performé aux Jeux olympiques de Paris 2024 et aux cérémonies paralympiques, devenant les seuls danseurs en situation de handicap à fouler la scène olympique. En 2025, leur présence aux Jeux Invictus de Vancouver a confirmé ce rayonnement international, tout en contribuant à redéfinir les contours d’une danse inclusive à grande échelle.
Mais c’est aussi sur le terrain local que le Mouvement déploie son impact. Solidement implanté à Hochelaga-Maisonneuve, il multiplie les initiatives : festival NO LIMITS à la Maison de la culture Maisonneuve, ateliers dans plus de 40 écoles au Québec et en Ontario, programmes de danse inclusive en partenariat avec l’Académie de danse de Montréal et la Place des Arts. En 2025, des dizaines de jeunes et d’adultes — dont plusieurs accompagnés par des organismes communautaires — ont ainsi accédé à la pratique et à la scène.
Le jury du Conseil des arts de Montréal a souligné une démarche marquée par le dépassement de soi et une capacité à transformer la différence en véritable moteur de création chorégraphique, tout en rejoignant activement des publics diversifiés sur le territoire montréalais.
La cérémonie, animée par Édith Cochrane devant plus de 900 convives, a également vu Ciné-Quartier repartir avec le Prix du jury et le Prix du public Télé-Québec, pour son travail de diffusion cinématographique au cœur des communautés.

Dans l’émotion du moment, Luca « Lazylegz » Patuelli partage la joie de cette reconnaissance, entouré de ses proches lors de la remise du Grand Prix. © Karel Chladek
Huit finalistes étaient en lice, dont Agora de la danse, Montréal, arts interculturels et le Musée des beaux-arts de Montréal, chacun recevant une bourse de 5 000 $.
En consacrant un collectif de break dance, le Conseil des arts de Montréal entérine un déplacement significatif : les danses urbaines, longtemps périphériques, s’imposent désormais comme des forces vives du spectacle vivant — capables de renouveler ses esthétiques, mais aussi ses imaginaires sociaux.