L’autrice et metteuse en scène québécoise Érika Tremblay-Roy et le chorégraphe français Christophe Garcia créent ensemble depuis plus de 10 ans maintenant. Cette collaboration internationale leur a déjà valu plusieurs prix et nominations. Leur plus récente coproduction Va falloir toujours toujours est présentée ces jours-ci à Québec.
Devant la situation économique des arts vivants, les coproductions se multiplient. Comment en êtes-vous venu.es à ce partenariat ?
Si on travaille ensemble, c’est surtout parce qu’il y a une vraie histoire artistique entre nous. Nous avons développé une complicité artistique au fil des créations et des tournées. On s’est rencontrés sur le terrain, et très vite, il y a eu une évidence. Dans notre cas, ce n’est donc pas vraiment une histoire d’économie, même si, oui, on partage des ressources. En réalité, travailler à l’international, ça demande souvent encore plus de moyens, et la coécriture danse-théâtre, c’est énormément de temps en studio. Donc, au contraire, c’est plutôt un investissement.
On a déjà créé plusieurs spectacles ensemble, et chaque fois, ça a renforcé notre façon de dialoguer entre la danse et le théâtre, entre la France et le Québec. On a appris à se faire confiance, à se challenger aussi, et à construire un langage commun. En répétition, c’est très fluide. On se comprend vite, on rit beaucoup, et surtout, on a l’impression que chacun amène l’autre ailleurs. C’est ça qui rend cette collaboration essentielle pour nous: elle nous pousse à être meilleurs, à aller plus loin.

Dans ce terrain de jeu à la fois ludique et impitoyable, les interprètes enchaînent défis et figures, oscillant entre désir de performance et inévitable débordement. © Jean-Michel Naud
Vous arrivez de France et avez fait quelques allers-retours depuis l’automne avec votre spectacle. Peut-on comparer la réception publique de chaque côté de la grande mare ?
Oui… et non ! l y a des petites différences, bien sûr, mais ce qui nous frappe surtout, c’est à quel point les publics réagissent de manière très proche, des deux côtés. En France comme au Québec, les gens se reconnaissent vraiment dans ce qu’on raconte. Cette idée qu’on fait tous de notre mieux pour vivre ensemble, même quand ça résiste, même quand le vent est dans la face. Le spectacle touche à quelque chose de très universel: la vie de famille, l’énergie que ça demande, les émotions à gérer, la patience qu’il faut pour continuer à avancer.
Après, les nuances sont plutôt dans la couleur des réactions. Il y a des choses qui font davantage rire en France, d’autres ici. Certains élans, certaines colères ne sont pas reçues exactement de la même façon. Et puis il y a la question de l’accent aussi. En France, l’accent québécois surprend encore, ça crée parfois un effet comique.
Compétition, échecs, réussites… voilà de beaux et complexes sujets dans Va falloir toujours toujours qui paraissent propres à notre époque. Mis à part votre recours à l’absurde, comment réussit-on à en parler à un aussi jeune public ?
On a d’abord abordé ça par le jeu. La forme du spectacle, c’est comme un grand terrain de jeu, où apprendre à vivre en famille passerait par une série d’épreuves, comme des niveaux à franchir. Les personnages sont dans une quête un peu folle: être parfaits, ne jamais se tromper. Et ça, c’est quelque chose auquel on se frotte tous, peu importe l’âge. En poussant cet idéal-là, on arrive à faire ressortir l’essentiel: rater, c’est normal. Personne n’est infaillible.
Et puis, il y a le chaos qui s’installe… et ça, ça parle énormément aux enfants. Ça leur rappelle leur quotidien: les matins pressés, les routines du soir qui dérapent, les moments où tout le monde est fatigué et où ça déborde un peu. Les enfants — et leurs parents aussi — se reconnaissent là-dedans. Ils peuvent se projeter, rire, mais aussi se sentir compris. Et c’est souvent par cette reconnaissance-là qu’on arrive à aborder des sujets complexes, sans les alourdir.

Nina-Morgane Madelaine propulse le jeu vers une démesure assumée, où l’excès et le débordement deviennent moteurs de sens © Jean-Michel Naud
La fusion mouvement-texte représente toujours un beau défi s’avérant parfois exigeant pour les interprètes. Comment se pratique ce lien dans votre spectacle, entre les séquences et à l’intérieur de chaque ?
Chez nous, le texte et le mouvement naissent ensemble. On ne part pas d’un texte figé qu’on viendrait ensuite illustrer. On passe par des phases de recherche où on explore des états de corps, des dynamiques, des relations. Et souvent, ce sont ces explorations-là qui font naître les scènes. Par exemple, on s’est amusés à chercher différentes façons de « rater » une action: en en faisant trop, en abandonnant, en s’opposant… et ça a nourri directement l’écriture.
À partir de là, le lien se tisse assez naturellement. Un principe chorégraphique devient une situation dramatique. Le fait d’être constamment interrompu dans son action pour aider l’autre, par exemple, est devenu une scène sur la patience. Le fait d’exclure systématiquement quelqu’un d’une séquence a fait émerger une dynamique entre trois sœurs. Un travail de contrepoids s’est transformé en moment de nuit agitée. Le mouvement nourrit le sens, et le texte vient parfois préciser, parfois décaler, parfois contredire ce qu’on voit.
On ne peut pas apercevoir le nom de Monique Miller au générique sans être curieux de la contribution de cette grande dame de théâtre au spectacle ?
Dans le spectacle, il y a un prologue et un épilogue portés par une « très vieille voix » — une voix sage, un peu malicieuse, qui regarde les ratés avec tendresse, comme quelque chose de profondément humain. On cherchait une présence qui puisse porter ça avec justesse, sans lourdeur, avec à la fois de l’humour et de la profondeur. Et très vite, le nom de Monique Miller s’est imposé. Elle nous a fait le grand cadeau de prêter sa voix au spectacle, le temps d’un enregistrement en studio. Avec toute son expérience et sa sensibilité, elle donne une résonance très particulière à ces mots-là. Depuis, elle nous accompagne partout. Sa voix ouvre et referme le spectacle, comme un fil qui relie toutes ces petites et grandes « ratées » de la vie.
Va falloir toujours toujours est présenté à La caserne – scène jeune public, à Québec du 12 au 19 avril 2026, dans le cadre de la saison La Rotonde.
L’autrice et metteuse en scène québécoise Érika Tremblay-Roy et le chorégraphe français Christophe Garcia créent ensemble depuis plus de 10 ans maintenant. Cette collaboration internationale leur a déjà valu plusieurs prix et nominations. Leur plus récente coproduction Va falloir toujours toujours est présentée ces jours-ci à Québec.
Devant la situation économique des arts vivants, les coproductions se multiplient. Comment en êtes-vous venu.es à ce partenariat ?
Si on travaille ensemble, c’est surtout parce qu’il y a une vraie histoire artistique entre nous. Nous avons développé une complicité artistique au fil des créations et des tournées. On s’est rencontrés sur le terrain, et très vite, il y a eu une évidence. Dans notre cas, ce n’est donc pas vraiment une histoire d’économie, même si, oui, on partage des ressources. En réalité, travailler à l’international, ça demande souvent encore plus de moyens, et la coécriture danse-théâtre, c’est énormément de temps en studio. Donc, au contraire, c’est plutôt un investissement.
On a déjà créé plusieurs spectacles ensemble, et chaque fois, ça a renforcé notre façon de dialoguer entre la danse et le théâtre, entre la France et le Québec. On a appris à se faire confiance, à se challenger aussi, et à construire un langage commun. En répétition, c’est très fluide. On se comprend vite, on rit beaucoup, et surtout, on a l’impression que chacun amène l’autre ailleurs. C’est ça qui rend cette collaboration essentielle pour nous: elle nous pousse à être meilleurs, à aller plus loin.
Dans ce terrain de jeu à la fois ludique et impitoyable, les interprètes enchaînent défis et figures, oscillant entre désir de performance et inévitable débordement. © Jean-Michel Naud
Vous arrivez de France et avez fait quelques allers-retours depuis l’automne avec votre spectacle. Peut-on comparer la réception publique de chaque côté de la grande mare ?
Oui… et non ! l y a des petites différences, bien sûr, mais ce qui nous frappe surtout, c’est à quel point les publics réagissent de manière très proche, des deux côtés. En France comme au Québec, les gens se reconnaissent vraiment dans ce qu’on raconte. Cette idée qu’on fait tous de notre mieux pour vivre ensemble, même quand ça résiste, même quand le vent est dans la face. Le spectacle touche à quelque chose de très universel: la vie de famille, l’énergie que ça demande, les émotions à gérer, la patience qu’il faut pour continuer à avancer.
Après, les nuances sont plutôt dans la couleur des réactions. Il y a des choses qui font davantage rire en France, d’autres ici. Certains élans, certaines colères ne sont pas reçues exactement de la même façon. Et puis il y a la question de l’accent aussi. En France, l’accent québécois surprend encore, ça crée parfois un effet comique.
Compétition, échecs, réussites… voilà de beaux et complexes sujets dans Va falloir toujours toujours qui paraissent propres à notre époque. Mis à part votre recours à l’absurde, comment réussit-on à en parler à un aussi jeune public ?
On a d’abord abordé ça par le jeu. La forme du spectacle, c’est comme un grand terrain de jeu, où apprendre à vivre en famille passerait par une série d’épreuves, comme des niveaux à franchir. Les personnages sont dans une quête un peu folle: être parfaits, ne jamais se tromper. Et ça, c’est quelque chose auquel on se frotte tous, peu importe l’âge. En poussant cet idéal-là, on arrive à faire ressortir l’essentiel: rater, c’est normal. Personne n’est infaillible.
Et puis, il y a le chaos qui s’installe… et ça, ça parle énormément aux enfants. Ça leur rappelle leur quotidien: les matins pressés, les routines du soir qui dérapent, les moments où tout le monde est fatigué et où ça déborde un peu. Les enfants — et leurs parents aussi — se reconnaissent là-dedans. Ils peuvent se projeter, rire, mais aussi se sentir compris. Et c’est souvent par cette reconnaissance-là qu’on arrive à aborder des sujets complexes, sans les alourdir.
Nina-Morgane Madelaine propulse le jeu vers une démesure assumée, où l’excès et le débordement deviennent moteurs de sens © Jean-Michel Naud
La fusion mouvement-texte représente toujours un beau défi s’avérant parfois exigeant pour les interprètes. Comment se pratique ce lien dans votre spectacle, entre les séquences et à l’intérieur de chaque ?
Chez nous, le texte et le mouvement naissent ensemble. On ne part pas d’un texte figé qu’on viendrait ensuite illustrer. On passe par des phases de recherche où on explore des états de corps, des dynamiques, des relations. Et souvent, ce sont ces explorations-là qui font naître les scènes. Par exemple, on s’est amusés à chercher différentes façons de « rater » une action: en en faisant trop, en abandonnant, en s’opposant… et ça a nourri directement l’écriture.
À partir de là, le lien se tisse assez naturellement. Un principe chorégraphique devient une situation dramatique. Le fait d’être constamment interrompu dans son action pour aider l’autre, par exemple, est devenu une scène sur la patience. Le fait d’exclure systématiquement quelqu’un d’une séquence a fait émerger une dynamique entre trois sœurs. Un travail de contrepoids s’est transformé en moment de nuit agitée. Le mouvement nourrit le sens, et le texte vient parfois préciser, parfois décaler, parfois contredire ce qu’on voit.
On ne peut pas apercevoir le nom de Monique Miller au générique sans être curieux de la contribution de cette grande dame de théâtre au spectacle ?
Dans le spectacle, il y a un prologue et un épilogue portés par une « très vieille voix » — une voix sage, un peu malicieuse, qui regarde les ratés avec tendresse, comme quelque chose de profondément humain. On cherchait une présence qui puisse porter ça avec justesse, sans lourdeur, avec à la fois de l’humour et de la profondeur. Et très vite, le nom de Monique Miller s’est imposé. Elle nous a fait le grand cadeau de prêter sa voix au spectacle, le temps d’un enregistrement en studio. Avec toute son expérience et sa sensibilité, elle donne une résonance très particulière à ces mots-là. Depuis, elle nous accompagne partout. Sa voix ouvre et referme le spectacle, comme un fil qui relie toutes ces petites et grandes « ratées » de la vie.
Va falloir toujours toujours est présenté à La caserne – scène jeune public, à Québec du 12 au 19 avril 2026, dans le cadre de la saison La Rotonde.