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Angelica Liddell contestée en France : Vudú (3318) Blixen accusé d’imaginaire colonial

Présenté à l’Odéon – Théâtre de l’Europe à partir du 27 mars 2026, Vudú (3318) Blixen s’inscrit dans une série de représentations événementielles du travail d’Angélica Liddell en France. © Luca del Pia

La metteuse en scène et performeuse espagnole Angélica Liddell se retrouve au cœur d’une controverse en France, alors que son spectacle Vudú (3318) Blixen, présenté à l’Odéon-Théâtre de l’Europe, est vivement dénoncé par l’association Décoloniser les arts, qui l’accuse de mobiliser un imaginaire colonial et raciste.

Dans une tribune publiée sur Sceneweb.fr., l’organisation qualifie l’œuvre de « cas d’école de l’imaginaire colonial […] raciste, profondément négrophobe ». Elle critique notamment l’usage de références au vaudou et à l’Afrique, jugées exotisantes et problématiques, ainsi que certaines images scéniques perçues comme violentes ou humiliantes pour les personnes noires. Le texte insiste également sur l’effet de réception du spectacle, évoquant une expérience potentiellement « dévastatrice » pour les spectateurs racisés.

Une composition frontale dominée par des coulées rouges dans une imagerie à la fois picturale et violente, caractéristique de l’esthétique de Liddell. © Luca del Pia

Présenté dans une version de plus de cinq heures, Vudú (3318) Blixen s’inscrit dans la continuité du travail de Liddell, régulièrement marqué par une forte intensité physique et symbolique, et par une exploration des limites du représentable. L’artiste, déjà familière des scènes québécoises, y poursuit une démarche qui mêle autobiographie, spiritualité et figures de la transgression.

Face aux critiques, Liddell ne s’est pas engagée dans une réponse détaillée point par point, mais elle a réaffirmé, dans des entretiens récents, sa conception du théâtre comme lieu d’expérience radicale. Dans la presse, plusieurs analyses rappellent par ailleurs la cohérence d’une œuvre historiquement fondée sur la transgression et l’exposition des limites du représentable, sans pour autant constituer une réponse directe à la tribune.

On pourra rappeler que la trajectoire d’Angélica Liddell est loin d’être étrangère au public québécois. L’artiste a notamment marqué sa première venue en Amérique du Nord au Festival TransAmériques en 2014 avec Todo el cielo sobre la tierra (El síndrome de Wendy), spectacle alors accueilli par la critique de JEU comme un objet « hérétique et sacré », traversé par une tension constante entre violence et désir d’amour . Plus récemment, elle revenait à Montréal avec Liebestod, présenté à l’Usine C en 2024, une œuvre où se déploie une esthétique de l’excès, mêlant tauromachie, mystique et pulsions de vie et de mort, dans une performance qualifiée de « vibrante » et profondément ambivalente .

La revue JEU a suivi ce parcours au long cours, tant sur son site web — avec des critiques consacrées à ces œuvres — que dans ses pages imprimées, où son théâtre a été analysé comme une pratique travaillée par la douleur, le sacré et la transgression.