Et si derrière son apparente bienveillance, la formule Ouvert à toute diversité corporelle dégageait tout sauf l’empathie ? C’est le postulat de base du monologue de Vincent Millard, comédien catalogué « gros » depuis l’enfance. Plus qu’un plaidoyer en faveur des interprètes aux physiques atypiques ou gourmands — expressions peu élégantes des castings — Millard délivre un théâtre documentaire, proche de l’essai littéraire, pour faire valoir — non pas son point — mais un point crucial : le mal-être des personnes grosses est réel et perpétuel. Tout comme la grossophobie dont elles sont victimes en permanence, dans tous les pans de la société.
Rire pour dire l’inconfort
C’est par le prisme de l’humour que Vincent Millard fait son entrée sur scène. Prétextant devoir raccrocher avec sa mère, car il est en show, on comprend vite que cette mention n’est pas anodine. Sa maman, et bien d’autres personnes issues de différents milieux ont nourri la réflexion du comédien durant cinq ans. Ainsi, son objectif n’était pas de rapporter des situations cocasses ou franchement dégradantes accumulées au fil de ses années d’expérience, mais plutôt d’extrapoler son propos à la perception de la société sur les personnes grosses et sur les clichés qui leur sont accolés.
La narration est donc construite comme un enchevêtrement de souvenirs d’enfance, de réponses négatives liées à son physique, de remarques discutables de la profession sur ses mensurations, loin de l’idéal véhiculé par les séries et les films québécois. Millard se questionne sur la probabilité que « les gens qui donnent les rôles ne prennent pas le métro ». À ce moment, cette observation a le potentiel de faire écho au ressenti d’autres diversités, notamment culturelles ou de genre. C’est là toute la force des mots et du raisonnement du comédien : il y a plusieurs diversités, mais clairement, la télé et le cinéma n’en ont pas conscience.
Vincent Millard illustre chaque déception — et l’on comprend qu’il en a eu plusieurs — en jetant un objet symbolique à la poubelle. Il ne s’agit pas d’une marque de protestation, mais plutôt une forme de résignation. En dépit de son travail d’investigation, ses questions n’ont pas forcément trouvé de résolution heureuse.

L’enfant « gros » se demande quand est-ce que les gens dans la télé vont lui ressembler. @ Danny Taillon
Corps atypiques, non. Jugement erroné, oui
L’autre maillon de son analyse porte sur plusieurs témoignages, qui ont fait avancer sa compréhension des idées reçues que nous formulons sur le poids. Par le fait même, ils ont aussi fait reculer ses espoirs d’une meilleure considération des souffrances vécues par les personnes touchées.
Il retranscrit entre autres les propos de Katia Lévesque et Debbie Lynch-White. Comédiennes s’élevant régulièrement contre la marginalisation des corps, elles conspuent le classement que leur physique inspire, en créant leurs propres projets artistiques, avec de vrais traits de caractère, pas juste la mention « fille enrobée ». Il porte également plus haut la voix de Stéphanie Léonard, psychologue, et Benoit Arsenault chercheur spécialisé dans les risques cardiométaboliques. En quelques minutes, plusieurs croyances sont démontées. Non, être gros ou grosse, n’est pas un choix ; c’est le résultat d’une convergence de plusieurs facteurs, souvent mal évalués, quand ils ne sont tout simplement pas ignorés.
De son propre aveu, ses recherches présentent tellement de ramifications liées à l’industrie de l’amaigrissement, aux mesures de masse corporelle arbitraires, à l’étude biaisée des compagnies d’assurances, qu’il aurait de la matière pour un deuxième spectacle. Le public a quant à lui de la matière pour réfléchir à ses propres préjugés.
Tantôt avec légèreté, tantôt avec sérieux, mais toujours avec justesse, Vincent Millard révèle un comportement banalisé envers les personnes grosses. Et surtout, il parvient à semer la graine de la réconciliation avec son corps. Il n’est pas une erreur; en revanche, la méconnaissance et le jugement gratuit le sont. C’est pourquoi cette possibilité de deuxième spectacle est plus que requise.
Texte et interprétation : Vincent Millard. Mise en scène : Stéphanie Desrochers. Conceptions et collaborations : Maude-Antoine Daneau-Demers, Roxanne Gallant, Mathieu Gosselin, Xavier Madore, Amélie Marchand. Une production du Théâtre de la Lune Rouge présentée aux 5 à 7 Duceppe jusqu’au 8 mai 2026.
Et si derrière son apparente bienveillance, la formule Ouvert à toute diversité corporelle dégageait tout sauf l’empathie ? C’est le postulat de base du monologue de Vincent Millard, comédien catalogué « gros » depuis l’enfance. Plus qu’un plaidoyer en faveur des interprètes aux physiques atypiques ou gourmands — expressions peu élégantes des castings — Millard délivre un théâtre documentaire, proche de l’essai littéraire, pour faire valoir — non pas son point — mais un point crucial : le mal-être des personnes grosses est réel et perpétuel. Tout comme la grossophobie dont elles sont victimes en permanence, dans tous les pans de la société.
Rire pour dire l’inconfort
C’est par le prisme de l’humour que Vincent Millard fait son entrée sur scène. Prétextant devoir raccrocher avec sa mère, car il est en show, on comprend vite que cette mention n’est pas anodine. Sa maman, et bien d’autres personnes issues de différents milieux ont nourri la réflexion du comédien durant cinq ans. Ainsi, son objectif n’était pas de rapporter des situations cocasses ou franchement dégradantes accumulées au fil de ses années d’expérience, mais plutôt d’extrapoler son propos à la perception de la société sur les personnes grosses et sur les clichés qui leur sont accolés.
La narration est donc construite comme un enchevêtrement de souvenirs d’enfance, de réponses négatives liées à son physique, de remarques discutables de la profession sur ses mensurations, loin de l’idéal véhiculé par les séries et les films québécois. Millard se questionne sur la probabilité que « les gens qui donnent les rôles ne prennent pas le métro ». À ce moment, cette observation a le potentiel de faire écho au ressenti d’autres diversités, notamment culturelles ou de genre. C’est là toute la force des mots et du raisonnement du comédien : il y a plusieurs diversités, mais clairement, la télé et le cinéma n’en ont pas conscience.
Vincent Millard illustre chaque déception — et l’on comprend qu’il en a eu plusieurs — en jetant un objet symbolique à la poubelle. Il ne s’agit pas d’une marque de protestation, mais plutôt une forme de résignation. En dépit de son travail d’investigation, ses questions n’ont pas forcément trouvé de résolution heureuse.
L’enfant « gros » se demande quand est-ce que les gens dans la télé vont lui ressembler. @ Danny Taillon
Corps atypiques, non. Jugement erroné, oui
L’autre maillon de son analyse porte sur plusieurs témoignages, qui ont fait avancer sa compréhension des idées reçues que nous formulons sur le poids. Par le fait même, ils ont aussi fait reculer ses espoirs d’une meilleure considération des souffrances vécues par les personnes touchées.
Il retranscrit entre autres les propos de Katia Lévesque et Debbie Lynch-White. Comédiennes s’élevant régulièrement contre la marginalisation des corps, elles conspuent le classement que leur physique inspire, en créant leurs propres projets artistiques, avec de vrais traits de caractère, pas juste la mention « fille enrobée ». Il porte également plus haut la voix de Stéphanie Léonard, psychologue, et Benoit Arsenault chercheur spécialisé dans les risques cardiométaboliques. En quelques minutes, plusieurs croyances sont démontées. Non, être gros ou grosse, n’est pas un choix ; c’est le résultat d’une convergence de plusieurs facteurs, souvent mal évalués, quand ils ne sont tout simplement pas ignorés.
De son propre aveu, ses recherches présentent tellement de ramifications liées à l’industrie de l’amaigrissement, aux mesures de masse corporelle arbitraires, à l’étude biaisée des compagnies d’assurances, qu’il aurait de la matière pour un deuxième spectacle. Le public a quant à lui de la matière pour réfléchir à ses propres préjugés.
Tantôt avec légèreté, tantôt avec sérieux, mais toujours avec justesse, Vincent Millard révèle un comportement banalisé envers les personnes grosses. Et surtout, il parvient à semer la graine de la réconciliation avec son corps. Il n’est pas une erreur; en revanche, la méconnaissance et le jugement gratuit le sont. C’est pourquoi cette possibilité de deuxième spectacle est plus que requise.
Ouvert à toute diversité corporelle
Texte et interprétation : Vincent Millard. Mise en scène : Stéphanie Desrochers. Conceptions et collaborations : Maude-Antoine Daneau-Demers, Roxanne Gallant, Mathieu Gosselin, Xavier Madore, Amélie Marchand. Une production du Théâtre de la Lune Rouge présentée aux 5 à 7 Duceppe jusqu’au 8 mai 2026.