L’ambiance est paisible, feutrée. Les fauteuils installés à même le sol, engageants. Avec les plantes disposées partout dans la salle, la lumière tamisée, et surtout, le lit double bien centré, on se croirait presque dans une retraite introspective. C’est un peu l’invitation que nous propose Ghinwa Yassine, d’origine libanaise. Autant dire qu’elle a beaucoup à exposer, voire à exorciser. Pourtant, dans cette performance qualifiée d’apocalyptique, l’immersion se fera en douceur.
L’artiste se présente à nous en combinaison et perruque futuristes. Son personnage se situe à l’intersection de différents centres d’intérêt et de revendications : la féministe, la forme extraterrestre, l’amante, la Barbie girl comme elle aime se nommer. Plusieurs facettes vont donc être égrenées tout au long du spectacle. Car il semble que Ghinwa Yassine ne veuille pas se résumer à un trauma de guerre, contexte qui a sans aucun doute perturbé son existence dès l’enfance. Elle souhaite trouver la force de s’en extraire, même si le chemin pour y arriver est tortueux.
Sous forme de chapitres, elle entrecroise les récits, les anecdotes et les dédales de son imagination. Elle parle de son mari, de sa grand-mère, de cette femme à la peau douce, du film The Shape of Water qui l’a profondément marqué, de ses désirs charnels et militants. Mais elle reste marquée par ces conflits qu’elle a connus, et qui perdurent encore. Savamment distillées dans ses élocutions ou dans des projections présentées en vision nocturne, les blessures sont toujours présentes. Et cette création se traduit comme une échappatoire, une fuite, une dépression aussi. Qu’elle évoque ses souvenirs ou ses rêves, elle réfléchit en permanence à la place qu’elle pourrait occuper, entre enfance ravagée et vie adulte en sursis.
La voir osciller entre nostalgie et phantasme pour tenter une (re)construction nous apparait alors douloureux et vain à la fois.
Une distance contemplative qui peine à servir le propos
La proposition de Ghinwa Yassine est exigeante pour l’attention. Tous les sens sont sollicités, car il faut écouter, voir, ressentir. La conjugaison des disciplines – enregistrements, vidéos, musique, expression corporelle – tend cependant à nous perdre et à flouter l’analyse que Yassine fait d’elle-même. Pourtant, en nous invitant dans son espace propice à la communion, on aurait pu s’attendre à ce qu’elle nous guide vers une forme de partage ou de recueillement.
Or, tout au long de la représentation, l’artiste garde une distance avec le public. Voix enregistrée, rythme très étiré, longues pauses, mouvements répétés, position couchée sur le lit en mode apathique, regard fuyant lors des (rares) monologues : les moyens d’échanges sont dilués dans des procédés de performance qui maintiennent l’audience en retrait.

Le travail d’introspection – qui se confond avec la dépression – est au cœur de la performance. @ David Wong
Par conséquent, on veut tout interpréter, pour avoir la certitude de saisir le sous-texte. Parce que, définitivement, mêler intime et politique, horreur et sensualité, banalité et fiction est un objectif hautement pertinent.
Sans totalement se détacher de son vécu et de ses réflexions, on repart tout de même avec un petit goût d’inassouvi. Pour tenter de comprendre l’ampleur de ses séquelles, libre à nous alors, de combler les espaces vacants laissés par l’artiste.
Concept, performance et direction : Ghinwa Yassine. Co-cr.ation, conseil dramaturgique, répétition : Aryo Khakpour. Direction technique, conception sonore : Arman Paxad. Avec le soutien du British Arts Council. Une production de LA SERRE – arts vivants présentée à Tangente au Festival d’arts vivants OFFTA les 1er et 2 juin..
L’ambiance est paisible, feutrée. Les fauteuils installés à même le sol, engageants. Avec les plantes disposées partout dans la salle, la lumière tamisée, et surtout, le lit double bien centré, on se croirait presque dans une retraite introspective. C’est un peu l’invitation que nous propose Ghinwa Yassine, d’origine libanaise. Autant dire qu’elle a beaucoup à exposer, voire à exorciser. Pourtant, dans cette performance qualifiée d’apocalyptique, l’immersion se fera en douceur.
L’artiste se présente à nous en combinaison et perruque futuristes. Son personnage se situe à l’intersection de différents centres d’intérêt et de revendications : la féministe, la forme extraterrestre, l’amante, la Barbie girl comme elle aime se nommer. Plusieurs facettes vont donc être égrenées tout au long du spectacle. Car il semble que Ghinwa Yassine ne veuille pas se résumer à un trauma de guerre, contexte qui a sans aucun doute perturbé son existence dès l’enfance. Elle souhaite trouver la force de s’en extraire, même si le chemin pour y arriver est tortueux.
Sous forme de chapitres, elle entrecroise les récits, les anecdotes et les dédales de son imagination. Elle parle de son mari, de sa grand-mère, de cette femme à la peau douce, du film The Shape of Water qui l’a profondément marqué, de ses désirs charnels et militants. Mais elle reste marquée par ces conflits qu’elle a connus, et qui perdurent encore. Savamment distillées dans ses élocutions ou dans des projections présentées en vision nocturne, les blessures sont toujours présentes. Et cette création se traduit comme une échappatoire, une fuite, une dépression aussi. Qu’elle évoque ses souvenirs ou ses rêves, elle réfléchit en permanence à la place qu’elle pourrait occuper, entre enfance ravagée et vie adulte en sursis.
La voir osciller entre nostalgie et phantasme pour tenter une (re)construction nous apparait alors douloureux et vain à la fois.
Une distance contemplative qui peine à servir le propos
La proposition de Ghinwa Yassine est exigeante pour l’attention. Tous les sens sont sollicités, car il faut écouter, voir, ressentir. La conjugaison des disciplines – enregistrements, vidéos, musique, expression corporelle – tend cependant à nous perdre et à flouter l’analyse que Yassine fait d’elle-même. Pourtant, en nous invitant dans son espace propice à la communion, on aurait pu s’attendre à ce qu’elle nous guide vers une forme de partage ou de recueillement.
Or, tout au long de la représentation, l’artiste garde une distance avec le public. Voix enregistrée, rythme très étiré, longues pauses, mouvements répétés, position couchée sur le lit en mode apathique, regard fuyant lors des (rares) monologues : les moyens d’échanges sont dilués dans des procédés de performance qui maintiennent l’audience en retrait.
Le travail d’introspection – qui se confond avec la dépression – est au cœur de la performance. @ David Wong
Par conséquent, on veut tout interpréter, pour avoir la certitude de saisir le sous-texte. Parce que, définitivement, mêler intime et politique, horreur et sensualité, banalité et fiction est un objectif hautement pertinent.
Sans totalement se détacher de son vécu et de ses réflexions, on repart tout de même avec un petit goût d’inassouvi. Pour tenter de comprendre l’ampleur de ses séquelles, libre à nous alors, de combler les espaces vacants laissés par l’artiste.
Seeing Double
Concept, performance et direction : Ghinwa Yassine. Co-cr.ation, conseil dramaturgique, répétition : Aryo Khakpour. Direction technique, conception sonore : Arman Paxad. Avec le soutien du British Arts Council. Une production de LA SERRE – arts vivants présentée à Tangente au Festival d’arts vivants OFFTA les 1er et 2 juin..