Sur le papier, les attentes sont grandes. Sept femmes issues de la diversité. Certaines ont été adoptées ; d’autres ont inscrit Montréal comme une étape dans leur parcours de vie. Toutes ont une identité à construire dans cette société qui n’est pas celle dans laquelle elles sont nées. Toutes ont choisi de s’exprimer et de porter leur richesse culturelle par le biais de la danse.
Le propos se concentre davantage sur l’histoire de Meihan Carrier-Brisson. D’origine chinoise, l’artiste est la tête pensante du projet. Elle, qui oscille entre deux appartenances, a souhaité témoigner par le mouvement, de l’adoption, des questionnements associés, de son besoin de se connecter. Elle le fera tout au long de la représentation, en effectuant un échange dansé avec chacune des interprètes.
La chorégraphie est organisée comme une rencontre. Après avoir situé leur provenance sur une carte imaginaire, un premier duo avec Meihan se forme et l’exploration commence. Le lien se tisse avec douceur, mais aussi avec complexité. L’acceptation de l’autre – et de soi – dans un contexte de déracinement culturel n’est sans doute pas évidente à apprivoiser, encore moins à accueillir sans une certaine forme de résistance. Alors, les duos souffrent également de contrariétés, d’incompréhensions, de refus parfois.
Bien entendu, la sororité est une pierre angulaire d’Entre-Deux. Mais l’une de ses réussites est de montrer qu’elle est exigeante, qu’elle s’entretient et qu’elle peut s’opérer à l’issue de plusieurs dialogues.
La scénographie appuie ce cheminement par un fond de scène sans décor, tirant vers le blanc. Elle laisse ainsi la place entière aux danseuses qui déambulent à leur guise, à la fois observatrices et actrices des échanges intimes qui se nouent devant elles. Chacune à ses couleurs, avec haut et chaussettes assortis. Métaphore vestimentaire d’un parcours similaire, mais d’une personnalité unique avec sa propre quête et ses propres réflexions à mener.
Le rythme des rencontres s’instaure selon une logique réelle. D’abord lent et posé, il s’accélère avant de finir sur le groupe qui a su reconnaître ses affinités et travailler sur ses spécificités individuelles. « Le tout est plus que la somme des parties » : c’est ce qu’on dit, mais ce qu’il faut retenir du spectacle, c’est que ces danseuses ont autant de forces, qu’elles soient seules ou en collectif.
Le fond rassemble, la forme désassemble
En dépit d’un postulat de départ à la croisée d’expériences légitimes et peu évoquées sous cet angle, Entre-Deux peine à conserver son esprit de collaboration. En cause ? Le cœur même de sa narration. Certes, c’est l’histoire de Meihan Carrier-Brisson qui est mise en lumière, mais à bien des égards, cela se fait aux dépens des autres artistes. Très en retrait, parfois à la limite de la figuration, elles prennent une place modeste dans la dramaturgie, alors qu’elles ont – pour la plupart – apporté leur pierre à l’édifice chorégraphique.
Le danger du mode « attente » est souvent le sentiment de décrochage qui semble émerger. Que ce soit dans le corps, le regard ou l’attitude générale, l’attention et l’implication de celles qui ne sont pas mobilisées ne sont pas régulières. Et dans l’occupation de l’espace, elles donnent de temps en temps l’impression de restreindre les mouvements des protagonistes en action.
Cela dit, la problématique la plus visible se trouve dans la technique et la synchronisation. Le contemporain ne semble pas être le style de prédilection de toutes les interprètes, et cela se ressent dans la flexibilité, la finition, mais aussi dans l’endurance. Ces disparités n’étaient certainement pas les éléments que la pièce voulait mettre de l’avant. Pourtant, elles se remarquent.
Autrement dit, la démarche créative reste pertinente, tant par son sujet, que par les réalités qu’elle peut ouvrir. Mais elle gagnerait à être techniquement plus solide, et quelque part, plus collective, autant dans son idéation que dans sa concrétisation.
Chorégraphie : Claudi Chan Tak. Idéation, interprétation et collaboration à la chorégraphie : Meihan Carrier-Brisson. Interprétation et collaboration à la chorégraphie : Mary-Lee Brunet, Chanel Cheiban, Noguaye Dubois, EmmÖtional Damage, Coralie Plante, Jeanne Théroux-Laplante. Conception sonore : Elsasoa Jousse (NGL Flounce). Conception d’éclairage : Tiffanie Boffa. Costumes : Jessica Poirier-Chang. Direction de répétitions : Jessica Serli. Dramaturgie : Dédé Chen. Maquillage : Natacha Filiatrault. Une production déléguée Lorganisme présentée au MAI jusqu’au 6 juin.
Sur le papier, les attentes sont grandes. Sept femmes issues de la diversité. Certaines ont été adoptées ; d’autres ont inscrit Montréal comme une étape dans leur parcours de vie. Toutes ont une identité à construire dans cette société qui n’est pas celle dans laquelle elles sont nées. Toutes ont choisi de s’exprimer et de porter leur richesse culturelle par le biais de la danse.
Le propos se concentre davantage sur l’histoire de Meihan Carrier-Brisson. D’origine chinoise, l’artiste est la tête pensante du projet. Elle, qui oscille entre deux appartenances, a souhaité témoigner par le mouvement, de l’adoption, des questionnements associés, de son besoin de se connecter. Elle le fera tout au long de la représentation, en effectuant un échange dansé avec chacune des interprètes.
La chorégraphie est organisée comme une rencontre. Après avoir situé leur provenance sur une carte imaginaire, un premier duo avec Meihan se forme et l’exploration commence. Le lien se tisse avec douceur, mais aussi avec complexité. L’acceptation de l’autre – et de soi – dans un contexte de déracinement culturel n’est sans doute pas évidente à apprivoiser, encore moins à accueillir sans une certaine forme de résistance. Alors, les duos souffrent également de contrariétés, d’incompréhensions, de refus parfois.
Bien entendu, la sororité est une pierre angulaire d’Entre-Deux. Mais l’une de ses réussites est de montrer qu’elle est exigeante, qu’elle s’entretient et qu’elle peut s’opérer à l’issue de plusieurs dialogues.
La scénographie appuie ce cheminement par un fond de scène sans décor, tirant vers le blanc. Elle laisse ainsi la place entière aux danseuses qui déambulent à leur guise, à la fois observatrices et actrices des échanges intimes qui se nouent devant elles. Chacune à ses couleurs, avec haut et chaussettes assortis. Métaphore vestimentaire d’un parcours similaire, mais d’une personnalité unique avec sa propre quête et ses propres réflexions à mener.
Le rythme des rencontres s’instaure selon une logique réelle. D’abord lent et posé, il s’accélère avant de finir sur le groupe qui a su reconnaître ses affinités et travailler sur ses spécificités individuelles. « Le tout est plus que la somme des parties » : c’est ce qu’on dit, mais ce qu’il faut retenir du spectacle, c’est que ces danseuses ont autant de forces, qu’elles soient seules ou en collectif.
Le fond rassemble, la forme désassemble
En dépit d’un postulat de départ à la croisée d’expériences légitimes et peu évoquées sous cet angle, Entre-Deux peine à conserver son esprit de collaboration. En cause ? Le cœur même de sa narration. Certes, c’est l’histoire de Meihan Carrier-Brisson qui est mise en lumière, mais à bien des égards, cela se fait aux dépens des autres artistes. Très en retrait, parfois à la limite de la figuration, elles prennent une place modeste dans la dramaturgie, alors qu’elles ont – pour la plupart – apporté leur pierre à l’édifice chorégraphique.
Le danger du mode « attente » est souvent le sentiment de décrochage qui semble émerger. Que ce soit dans le corps, le regard ou l’attitude générale, l’attention et l’implication de celles qui ne sont pas mobilisées ne sont pas régulières. Et dans l’occupation de l’espace, elles donnent de temps en temps l’impression de restreindre les mouvements des protagonistes en action.
Cela dit, la problématique la plus visible se trouve dans la technique et la synchronisation. Le contemporain ne semble pas être le style de prédilection de toutes les interprètes, et cela se ressent dans la flexibilité, la finition, mais aussi dans l’endurance. Ces disparités n’étaient certainement pas les éléments que la pièce voulait mettre de l’avant. Pourtant, elles se remarquent.
Autrement dit, la démarche créative reste pertinente, tant par son sujet, que par les réalités qu’elle peut ouvrir. Mais elle gagnerait à être techniquement plus solide, et quelque part, plus collective, autant dans son idéation que dans sa concrétisation.
Entre-Deux
Chorégraphie : Claudi Chan Tak. Idéation, interprétation et collaboration à la chorégraphie : Meihan Carrier-Brisson. Interprétation et collaboration à la chorégraphie : Mary-Lee Brunet, Chanel Cheiban, Noguaye Dubois, EmmÖtional Damage, Coralie Plante, Jeanne Théroux-Laplante. Conception sonore : Elsasoa Jousse (NGL Flounce). Conception d’éclairage : Tiffanie Boffa. Costumes : Jessica Poirier-Chang. Direction de répétitions : Jessica Serli. Dramaturgie : Dédé Chen. Maquillage : Natacha Filiatrault. Une production déléguée Lorganisme présentée au MAI jusqu’au 6 juin.